vendredi 13 octobre 2006
Est-ce assez cochonné ?
Par Berlol, vendredi 13 octobre 2006 à 23:45 :: General
« Des petits crânes brisés du sang coule, un peu de cervelle.
— Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné ?
Grand frère Félix dit :
— C'est positif qu'il ne les a pas réussies comme les autres fois.» (Jules Renard, Poil de Carotte, chapitre « Les Perdrix »)
Faisant fi des dangers de la date, je me suis lancé suant à l'assaut d'un fier vélo statique et d'une devillienne Amérique centrale. Je ne regrette rien, pas même le kilo perdu... Ai ensuite déjeuné avec David au Downey — c'était l'heure débile où les oreilles vont siffler. Et puis le train qui fore l'Est, la somnolence qui croise les poils des carottes... Et après le dîner, je les démêle et je les trie un peu pour le cours, pendant que les commentaires se croisent entre le JLR et Lignes de fuite... Nos temps et espaces se superposent et nous faisons des journées de 40 heures.
« On peut concevoir la mémoire comme une calamité et envier les amnésiques.
D'avoir dormi trop longtemps en plein après-midi, puis d'avoir compulsé mes
vieux journaux, j'avais fini de m'égarer dans les dates et les lieux, et je
n'aurais pas été surpris de me réveiller dans le corps d'un enfant, ou au
milieu du XIXe siècle.
Je transporte avec moi, depuis le début de mon entreprise, deux catégories de
vieux journaux : les très anciens achetés sur Internet, dont je manipule chaque
jour des photocopies, et d'un peu moins anciens, que j'ai classés dans une
autre chemise, ceux qui ont paru entre l'année 1957 et hier, et qui me
rappellent tout ce qui a pu se passer pendant que j'avais le dos tourné. Parce
que cette seconde moitié du XXe siècle n'est finalement pas du tout la période
qui m'est la plus familière. Avec cette différence, pourtant, que c'est pendant
celle-ci que j'aurai été vivant.
Ouvrir l'un de ces journaux-là, comme déboucher une bouteille de vin
millésimée, m'amène toujours à me demander à quel endroit je me trouvais à
l'époque des vendanges ou de la parution.» (Patrick Deville, Pura Vida,
p. 207-208)