Deux albums de la formation Askak Maboul à saisir chez Chocorêve... (J'écoutais ça il y a très très longtemps, sans trop y faire attention, enfin si, mais dans le flot des nouvelles musiques des années 80, et ça m'a beaucoup étonné de réentendre ces pièces, leur précision, leur modernité.)

« Des petits crânes brisés du sang coule, un peu de cervelle.
— Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné ?
Grand frère Félix dit :
— C'est positif qu'il ne les a pas réussies comme les autres fois.»
(Jules Renard, Poil de Carotte, chapitre « Les Perdrix »)

Faisant fi des dangers de la date, je me suis lancé suant à l'assaut d'un fier vélo statique et d'une devillienne Amérique centrale. Je ne regrette rien, pas même le kilo perdu... Ai ensuite déjeuné avec David au Downey — c'était l'heure débile où les oreilles vont siffler. Et puis le train qui fore l'Est, la somnolence qui croise les poils des carottes... Et après le dîner, je les démêle et je les trie un peu pour le cours, pendant que les commentaires se croisent entre le JLR et Lignes de fuite... Nos temps et espaces se superposent et nous faisons des journées de 40 heures.

« On peut concevoir la mémoire comme une calamité et envier les amnésiques. D'avoir dormi trop longtemps en plein après-midi, puis d'avoir compulsé mes vieux journaux, j'avais fini de m'égarer dans les dates et les lieux, et je n'aurais pas été surpris de me réveiller dans le corps d'un enfant, ou au milieu du XIXe siècle.
Je transporte avec moi, depuis le début de mon entreprise, deux catégories de vieux journaux : les très anciens achetés sur Internet, dont je manipule chaque jour des photocopies, et d'un peu moins anciens, que j'ai classés dans une autre chemise, ceux qui ont paru entre l'année 1957 et hier, et qui me rappellent tout ce qui a pu se passer pendant que j'avais le dos tourné. Parce que cette seconde moitié du XXe siècle n'est finalement pas du tout la période qui m'est la plus familière. Avec cette différence, pourtant, que c'est pendant celle-ci que j'aurai été vivant.
Ouvrir l'un de ces journaux-là, comme déboucher une bouteille de vin millésimée, m'amène toujours à me demander à quel endroit je me trouvais à l'époque des vendanges ou de la parution.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 207-208)