Réamorcer la pompe à claques
Par Berlol, samedi 14 octobre 2006 à 23:44 :: General :: #422 :: rss
« Moi, j'sais faire les frites... des belles frites... Moi, quand c'est qu'j'ai un morceau d'viande, j'le mijote, j'le cochonne pas.» (René Benjamin, Gaspard, 1915, p. 56.) Ces frites sont prémonitoires de celles que nous mangerons, T. et moi, tout à l'heure. J'ajoute que le monsieur, totalement inconnu de moi, a obtenu le Goncourt en 1915.
Les trois premiers chapitres de Poil de Carotte exposent en sourdine le principe des fonctions de chacun dans la famille : l'enfant roux qui « joue à rien » sous la table devient fermeur des poules, puis bourreau des perdrix, indices d'autres fonctions qu'il n'est pas besoin de détailler — tout cela bien malgré lui, mais y'a pas, faut grandir... Peu après, il apprend à tricher, à simuler qu'il fait bien ce qu'on attend de lui, ce qui signifie qu'il en maîtrise le fonctionnement et la perception des autres. Ce sont ses premiers apprentissages dans le théâtre familial, servis par la langue pleine de raccourcis et de discours indirects libres de Jules Renard. Je crois que détail après détail — expliquant ici que « raffiner » et « cochonner » ont, pour une fois, le même sens, là l'origine tragique de la fidélité du chien Pyrame — j'ai réussi à bien faire comprendre cela.
Après le Saint-Martin, l'agneau et les merguez — avec des frites — que T. et moi y prenons, vente de livres d'occasion à l'Institut. J'en ramène, pour une somme ridicule, le Manuel du savoir-mourir d'André Ruellan avec des dessins « paniques » de Topor (chez Pierre Horay, 1963), La Pierre et l'oreiller (1955) de Christian Dotremont (Gallimard, L'Imaginaire, 2004), Du même Auteur chez le même éditeur de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard, L'arbalète, 2004) et Les Jouets vivants de Jean-Yves Cendrey (L'Olivier, 2005). Ai regardé si le Despentes (King Kong Théorie) était à la librairie de l'Institut mais on ne savait même pas de quoi je parlais — j'ai laissé l'info sur un bout de papier. S'il arrive d'ici trois semaines, ce sera grâce à moi.
Vais ajouter cet
Émile Benveniste,
l'invention du discours de Gérard Dessons à ma commande Amazon et puis
la faire acheminer, sinon je n'aurai pas mes livres avant d'aller en France, ce
qui serait fort dommage.
En revanche, en voici un que je ne commanderai pas mais qui risque de réamorcer la
pompe à claques :
Ôte-moi d'un
doute... L'énigme Corneille-Molière, par Jean-Paul Goujon et
Jean-Jacques Lefrère.
Cynthia 3000, c'est
Cel et Bartlebooth (ex-lecteurs regrettés du JLR) qui se lancent dans
l'édition. Je leur souhaite bonne chance, même si je reste circonspect quant
aux publications livresques tirées du réticule.
Je recommande vivement l'écoute de
Masse critique du jour sur Wikipédia, bien, clair, rond à
l'oreille — quand vous y
allez, vous êtes le 14.000ème à la seconde... (Voir aussi le
dernier billet d'Olivier Ertzschied, très clair sur ce sujet.)
Et quand j'écoute les propos sur les blogs, incidemment, dans l'émission
suivante, juste après, le
Répliques avec Kristeva et Fumaroli (« La France est-elle encore
aimable ? », déjà, rien que le titre, hein...), je me dis qu'il doit y
avoir quelque chose comme 500 galaxies de distance entre les deux propos. C'est
triste de voir ces deux pointures de l'esprit égarées par des médias
traditionnels auxquels elles font confiance pour savoir ce qu'il en est de
l'internet et des blogs (on notera en effet qu'à aucun moment Kristeva ou
Fumaroli n'a fait état d'un usage personnel de l'ordinateur, d'une expérience
de surf sur internet ou d'une lecture de blogs : ils se fient entièrement à ce
qu'on leur en dit ailleurs, dans Le Monde ou Libération, etc.,
les seules sources d'informations qu'ils sont capables d'utiliser alors
qu'ailleurs... — ça me
rappelle le
débat
qui a tourné court le mois dernier sur Litor).
Je reprends mon bâton de pélerin de l'intime, le voyage sera long jusqu'au mois prochain (Ah tiens !, le programme est en ligne. Qu'on se le dise !)
Je vais tester Torpak, pour surfer anonymement.
Commentaires
1. Le samedi 14 octobre 2006 à 11:09, par brigetoun :
"l'enigme Corneille-Molière" vous croyez qu'en dehors d'un producteur d'émission littéraire en panne d'idées, cela peut intéresser quelqu'un. Torpak c'est trop beau (quoique pour moi..) pour durer
2. Le dimanche 15 octobre 2006 à 00:04, par BrunoB :
"... ils se fient entièrement à ce qu'on leur en dit ailleurs, dans Le Monde ou Libération, etc., les seules sources d'informations qu'ils sont capables d'utiliser alors qu'ailleurs..."
Bizarre phrase où le "alors qu'ailleurs (du Monde ou Libération) " renvoie à un article de Libération !?
3. Le dimanche 15 octobre 2006 à 03:13, par Berlol :
Oui, petite pointe de perversité de ma part — je vois qu'il y a des lecteurs attentifs. "Ecrans" est un "site de Libération" qui ne paraît plus sous forme papier. Par économie et pour que le titre garde encore quelques mois la tête hors de l'eau ?... L'article renvoie à son tour au Financial Times pour étude du cabinet Jupiter Research qui montre que pour un large pannel d'Européens "Internet passe devant la presse papier"...
4. Le dimanche 15 octobre 2006 à 04:44, par le consul :
il y avait un magnifique Heidseck a l institut... mais vous ne l avez pas achete... rigolo de se croiser, moi je vous sais mais pas vous... eh eh....
5. Le dimanche 15 octobre 2006 à 06:16, par Berlol :
Mais m'avez-vous vu ? Il eut certes été plus drôle que vous vous dévoilassiez, à cette occasion ! Nous serions deux à en rire sous cape. Notez que je n'en pleure pas...
Pour Heidsieck, pas vu... Et j'en ai déjà un gros... Qu'est-ce que vous avez pris, vous ?
6. Le dimanche 15 octobre 2006 à 08:48, par Frédéric :
Merci pour l'annonce de Cynthia 3000. Je suis allé à une lecture justement dans le cadre de ce salon des revues. Mais je les ai loupés.
Tant pis, je vous recommande la lecture de Sports de Dominique Quélen qui lisait, samedi, dans une salle quasi vide, l'extrait d'un oratorio contraint de e où le narrateur, fameuse réjouissance et vengeance crue, baisait ses parents, les mangeait, les enterrait. On a ri.
7. Le dimanche 15 octobre 2006 à 12:56, par Cynthia 3000 :
> Berlol : D'abord merci pour la pub et les bons voeux.
Si nous n'étions plus jusqu'à maintenant des commentateurs de ton blog, nous en étions restés des lecteurs.
Ton "regrettés" est touchant quand on sait que nos derniers commentaires furent perçus comme regrettables.
Pourquoi être apparemment plus circonspect dans ce sens que dans l'autre : du livre au "réticule" ?
Mais surtout pourquoi être circonspect tout court ? Et précisons ici aussi : notre première publication n'a pas été, au départ, conçue pour le net, elle n'en est donc pas à proprement parler "tirée". Diffuser un texte en un lieu n'implique pas qu'il soit écrit pour ce lieu, ou pour ce lieu uniquement. Nous avons l'impression que tu préjuges cette publication comme sortant de son cadre (?!). Il ne s'agit pas, comme ça se voit de plus en plus, de la mise en livre d'un journal virtuel (correspondant à une vision assez courante du blog, exposant au jour le jour la vie quotidienne et/ou réflexions de son auteur ; titre ou sous-titre du genre "Le Blog de Machin"), ou d'une expérience à la François Bon ("écrire directement sur le serveur", revendiquant une écriture liée au media, conceptualisant la chose, ...).
> Frédéric : c'était facile de nous louper, nous étions de simples visiteurs.
8. Le dimanche 15 octobre 2006 à 13:04, par grapheus tis :
à propos des propos —plutôt de l'absence de propos — de Kristeva et Fumaroli sur les blogues : mais, vains dieux, qu'ils viennent NOUS lire ! Nous savons depuis son "Internet, l'inquiétante extase" les réticences de Finkielkraut, nous n'insisterons donc point.
9. Le dimanche 15 octobre 2006 à 18:54, par le consul :
j ai pris le lacan de roudinesco et les lacanania, ainsi que le delabroy "dans les derniers annees du monde"... peut etre que la prochaine fois je me devoilerai, qui sait...
10. Le lundi 16 octobre 2006 à 04:44, par Berlol :
J'aurais peut-être dû prendre du Lacan, moi aussi. Dans le blog de Christian Sauvage, chez Livres Hebdo, je trouve ceci, qui répond peut-être à mon problème du mois dernier (si des lecteurs s'en souviennent, pas d'obligation, je les rassure) :
« Comme disait Lacan : quand on a mal au genou c’est que l’on a des problèmes relationnels ! Car nous souffrons de l’articulation du « je » et du « nous ».»
11. Le lundi 16 octobre 2006 à 05:50, par le consul :
ah bon c est pour ca..... bon je me sens aussi deja mieux.... ils sont rigolos ces lacaniens :
"Alors que j etais allongee, il (Lacan) se precipita sur moi avec son masque de colere et me tira les cheveux (...) Quand je rapportai l histoire des cheveux tires a mon petit milieu de psychanalystes, on me fit comprendre que c etait une interpretation. La plus savoureuse fut : " Lacan t a tire ces tifs... setif, c est la que tu es nee !" Il y avait un veritable delire autour du signifiant." (Roudinesco, p.509)
12. Le lundi 16 octobre 2006 à 07:16, par Berlol :
Chers Cel et Bartlebooth, merci de vos précisions. Je vous rassure, ma cisconspection est de principe et mes encouragements sincères. Après nos mots, qui pour moi n'avaient rien de définitif, j'ai prolongé en privé d'une proposition. Qui fut dédaignée, sans gravité pour personne. Puis l'eau a coulé.
13. Le lundi 16 octobre 2006 à 15:58, par cgat :
l'articulation du genou, donc ! encore et toujours ...
14. Le dimanche 5 novembre 2006 à 23:17, par dominique :
c'est amusant, internet : je découvre à la fois cet intéressant blog de berlol que je ne connaissais pas, à l'autre bout du monde, et - accessoirement - le commentaire inattendu de frédéric me concernant (merci!)... petit tour aussi sur les liens divers, bien riches...
15. Le lundi 6 novembre 2006 à 01:46, par Berlol :
Vous êtes le bienvenu ! Moi, je ne vous ai pas encore lu, ni écouté... Mais j'y viendrai !
16. Le lundi 6 novembre 2006 à 09:45, par dominique :
Ma foi, libre à vous !
Dans les liens littéraires, je vous signale un autre site qui pourrait vous intéresser, c'est sitaudis.com - ça vaut le coup au moins d'y aller voir.
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