À l'aube, préparant mon cours, je cherche « cochonné » dans le TLF et je tombe sur cet exemple :
« Moi, j'sais faire les frites... des belles frites... Moi, quand c'est qu'j'ai un morceau d'viande, j'le mijote, j'le cochonne pas.» (René Benjamin, Gaspard, 1915, p. 56.) Ces frites sont prémonitoires de celles que nous mangerons, T. et moi, tout à l'heure. J'ajoute que le monsieur, totalement inconnu de moi, a obtenu le Goncourt en 1915.
Les trois premiers chapitres de Poil de Carotte exposent en sourdine le principe des fonctions de chacun dans la famille : l'enfant roux qui « joue à rien » sous la table devient fermeur des poules, puis bourreau des perdrix, indices d'autres fonctions qu'il n'est pas besoin de détailler — tout cela bien malgré lui, mais y'a pas, faut grandir... Peu après, il apprend à tricher, à simuler qu'il fait bien ce qu'on attend de lui, ce qui signifie qu'il en maîtrise le fonctionnement et la perception des autres. Ce sont ses premiers apprentissages dans le théâtre familial, servis par la langue pleine de raccourcis et de discours indirects libres de Jules Renard. Je crois que détail après détail — expliquant ici que « raffiner » et « cochonner » ont, pour une fois, le même sens, là l'origine tragique de la fidélité du chien Pyrame — j'ai réussi à bien faire comprendre cela.

Après le Saint-Martin, l'agneau et les merguez — avec des frites — que T. et moi y prenons, vente de livres d'occasion à l'Institut. J'en ramène, pour une somme ridicule, le Manuel du savoir-mourir d'André Ruellan avec des dessins « paniques » de Topor (chez Pierre Horay, 1963), La Pierre et l'oreiller (1955) de Christian Dotremont (Gallimard, L'Imaginaire, 2004), Du même Auteur chez le même éditeur de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard, L'arbalète, 2004) et Les Jouets vivants de Jean-Yves Cendrey (L'Olivier, 2005). Ai regardé si le Despentes (King Kong Théorie) était à la librairie de l'Institut mais on ne savait même pas de quoi je parlais — j'ai laissé l'info sur un bout de papier. S'il arrive d'ici trois semaines, ce sera grâce à moi.

Vais ajouter cet Émile Benveniste, l'invention du discours de Gérard Dessons à ma commande Amazon et puis la faire acheminer, sinon je n'aurai pas mes livres avant d'aller en France, ce qui serait fort dommage.
En revanche, en voici un que je ne commanderai pas mais qui risque de réamorcer la pompe à claques : Ôte-moi d'un doute... L'énigme Corneille-Molière, par Jean-Paul Goujon et Jean-Jacques Lefrère.

Cynthia 3000, c'est Cel et Bartlebooth (ex-lecteurs regrettés du JLR) qui se lancent dans l'édition. Je leur souhaite bonne chance, même si je reste circonspect quant aux publications livresques tirées du réticule.
Je recommande vivement l'écoute de Masse critique du jour sur Wikipédia, bien, clair, rond à l'oreille — quand vous y allez, vous êtes le 14.000ème à la seconde... (Voir aussi le dernier billet d'Olivier Ertzschied, très clair sur ce sujet.)
Et quand j'écoute les propos sur les blogs, incidemment, dans l'émission suivante, juste après, le Répliques avec Kristeva et Fumaroli (« La France est-elle encore aimable ? », déjà, rien que le titre, hein...), je me dis qu'il doit y avoir quelque chose comme 500 galaxies de distance entre les deux propos. C'est triste de voir ces deux pointures de l'esprit égarées par des médias traditionnels auxquels elles font confiance pour savoir ce qu'il en est de l'internet et des blogs (on notera en effet qu'à aucun moment Kristeva ou Fumaroli n'a fait état d'un usage personnel de l'ordinateur, d'une expérience de surf sur internet ou d'une lecture de blogs : ils se fient entièrement à ce qu'on leur en dit ailleurs, dans Le Monde ou Libération, etc., les seules sources d'informations qu'ils sont capables d'utiliser alors qu'ailleurs... — ça me rappelle le débat qui a tourné court le mois dernier sur Litor).

Je reprends mon bâton de pélerin de l'intime, le voyage sera long jusqu'au mois prochain (Ah tiens !, le programme est en ligne. Qu'on se le dise !)

Je vais tester Torpak, pour surfer anonymement.