Elle est à deux mètres de moi et elle n'a pas de firewall ?
Par Berlol, lundi 16 octobre 2006 à 23:32 :: General :: #425 :: rss
Que
l'érable ne sache pas, pensions-nous
à peine avait-il pu entendre terre, pot, hiver
quoique sans oreilles
un mélange avec engrais l'attend
blanc soleil et scintillant couteau j'attaque
la planche vermoulue où sa graine a prise
au printemps
comme dans du beurre sombre
entre mes doigts sa racine ses radicelles
résistent et vont profond dans le bois
cèdent et me suivent
aux nouvelles terres d'où s'il lui sied
de repartir nous l'arroserons
Sait-on quand on change de régime, de paradigme ? Je devais ce matin écrire
à un membre du GRAAL qui
m'avait proposé d'y revenir cet après-midi. Nul n'y a prêté garde, sans doute,
en lisant mes billets, mais depuis quelques mois, il n'était plus question de
ce groupe de lecture que j'animais depuis plusieurs années. D'ailleurs, il y a
eu les mois d'été, le voyage en France, la rentrée, tout cela pouvait paraître
normal... Mais c'est au printemps que j'avais ressenti la lassitude d'animer,
ou tout simplement d'aller à ce rendez-vous hebdomadaire. Non que les
participants me déplussent ou me lassassent — au contraire, serais-je tenté de
dire. Il y avait seulement que ma tête était passée à autre chose,
insensiblement, en six semaines ou en une nuit, et que ce qui faisait ma joie
quelques mois auparavant m'oppressait maintenant d'une façon que l'amitié
masquait en simple fatigue. Et donc un jour, l'évidence m'avait transpercé de
tristesse : c'était arrêter qu'il fallait.
J'ai
tenté de me défiler, de temporiser, de surseoir à octobre. Mais octobre est là
et il y a très loin de la coupe aux lèvres. De plus en plus loin, même. Alors
j'ai écrit un sobre courrier, plein de ma vraie amitié et de ma désolation de
ne plus en être. M'avouer dégraalé... (Heureusement, ils ont décidé de
continuer sans moi.)
Est-il signifiant qu'Antoine Volodine ait été le dernier des ouvrages au
programme ? C'est plus que probable... Était-ce déjà — bien avant que la
British Airways ne m'offre l'occasion de le somatiser — mon problème du genou,
l'articulation je / nous selon Lacan ?
Et le sens, alors, proprement vertigineux, de la
nouvelle valise
achetée avec Volodine.
Comme prévu, nous sommes allés chez le dentiste (encore du sens à chercher, pour les amateurs). Une molaire (qui avait l'air molle) me faisait mal depuis quelques temps ; T. pour une visite de contrôle. Elle n'a rien — tant mieux — mais ma molaire est pourrie entre les deux racines, il va falloir la couper verticalement pour nettoyer et soigner, explique le dentiste. Je commence les antibiotiques ce soir. T. n'a rien mais elle a été choquée quand même, et pas à cause de ma molaire, mais parce que ce dentiste, son dentiste de longue date, va prendre sa retraite à la mi-décembre. Ainsi, après ses parents, voit-elle se retirer par ci, mourir par là, les aînés qui avaient formé son paysage humain. Et devant nous, bientôt, plus personne. Je repense à cette poignante parabole de l'humanité progressante dans Wanderlust et les oxycèdres de Claude Ollier...
Comme prévu encore, nous avons acheté l'imprimante tout-en-un que nous
visions hier. Et 2000 yens de ristourne pour avoir ramené celle de février,
décidément à mettre à la casse (alors que celle d'il y a cinq ans tourne encore
bien). Et amalgamer sur une seule carte les points de bonus que la chaîne de
magasins nous avait octroyés sur quatre cartes différentes. Retour en taxi avec
la boîte de quinze kilos (le prix de la ristourne), déballage et installation —
avec espoir et angoisse car au lieu de l'installer sur le port USB et devoir
débrancher et rebrancher le câble d'un ordinateur à l'autre, je propose de
l'installer sur le hub de l'ADSL (ce qui fait de moi l'unique responsable en
cas de problème...). Manu me dit au téléphone qu'il faut l'installer en local
et non en réseau, mais sur un port tcp/ip, mais en ayant donné un nom à
l'imprimante par son menu d'installation pour éviter que le routeur ne lui
attribue aléatoirement une adresse IP parce que ça nous empêcherait de la
retrouver dans notre menu... pendant ce temps, T. utilise le cédérom
d'installation, très long, mais qui fait tout tout seul, et à la fin, ça marche
sans qu'elle ait rien eu à réfléchir. Sûr que le cédérom a dû faire exactement
ce que Manu disait. Je fais pareil qu'elle et après, ça marche aussi — sauf que
moi, j'ai été obligé d'ouvrir mon firewall pour autoriser l'installation
(ça veut dire que T. n'a pas de firewall ? elle est à deux mètres de moi
et elle n'a pas de firewall ?). Autant dire que je l'ai refermé juste
après.
J'aime bien quand même connaître le principe de ce qui se passe.
Sauf qu'une heure après, T. était sortie et alors que je faisais des
photocopies (tout-en-un, ça inclut aussi fax, photocopie, scanner... mais pas
grille-pain, je précise), donc sans relation avec le réseau, la connexion s'est
arrêtée. Je suis sorti à mon tour pour ne pas voir ça. J'ai rejoint T. à la
teinturerie d'où on avait des affaires à récupérer, on a marché un peu avant
que je lui dise ce qui se passait. Revenus aux machines, rien n'avait changé.
On a TOUT débranché, rebranché, pareil, même après plusieurs minutes. Des noms
d'oiseaux allaient être prononcés en grand nombre quand, sans que l'on sache
pourquoi, ça a remarché.
Sans doute le fournisseur d'accès...
Au couteau, j'ai passé mon humeur — techno-stress, dit T. — sur les
légumes d'une ratatouille, bien rouge ce soir.
Commentaires
1. Le lundi 16 octobre 2006 à 09:45, par Dominique Fromentin :
ma tout-en-un HP (une 2610, plus modeste) sur hub Ethernet où se raccorde aussi le boîtier wifi et jamais eu de problème : tous les ordis de la maison impriment à distance alors que je n'ai jamais rien compris à leurs histoires de paramétrage et mode d'emploi : le routeur donne IP fixe, je l'ai rentrée manuellement dans l'ordi et basta
étrange cette propension aux subjonctifs depuis quelque temps : que je lapsusse et délace aujourd'hui, c'est la lecture de Despentes qui y incite ?
2. Le lundi 16 octobre 2006 à 13:55, par brigetoun :
je ne sais si cela a un rapport avec l'adieu au Graal mais toute la partie du billet sur l'érable et la fin de votre intérêt est un délice de lecture
3. Le lundi 16 octobre 2006 à 14:59, par Berlol :
Merci Brigetoun, l'érable m'a bien aidé à focaliser la notion de changement...
Pour ce qui est des imprimantes et de la compatibilité entre appareils, Dominique, j'ai toujours eu un peu de stress, depuis que je suis au Japon. Quand j'y suis arrivé, en 1992, il n'était même pas possible de connecter une imprimante de ce pays à un ordinateur venant d'un autre (les signes japonais étant encondés en double octet, mes lettres en simple octet étaient prises pour du double et transformées en autre chose, ce qu'on appelle du "mojibake"). Ma première imprimante, compacte et portable, j'avais dû la commander à l'étranger. Par la suite, des collègues prévenus dirigeaient vers moi d'éminents hôtes français de passage qui avaient un soudain besoin d'imprimer quelque chose... Cela a duré jusqu'en 1996, date à laquelle, on a commencé à trouver des protocoles communs chez tous les marchands nippons. Maintenant, un ordinateur japonais et un ordinateur configuré en français se partagent la même imprimante, et même pas d'IP à entrer ! Qu'on mesure le progrès !...
4. Le mardi 17 octobre 2006 à 02:54, par cgat :
le filtre déja scrutait nos mots ; si maintenant lacan & les petits a s'en mêlent, pauvres de nous ...
d'autant que pour ma part - je le confesse - j'ai toujours eu l'articulation du je-nous très très très délicate
5. Le mardi 17 octobre 2006 à 09:42, par vinteix :
"pas grille-pain" ?! Zut alors !
6. Le mardi 17 octobre 2006 à 18:46, par Berlol :
D'ailleurs, si l'articulation du je-nous est trop libre, on risque l'épanchement de "si nos vies...", c'est-à-dire le trop de confidences, l'œdème d'aveux impudiques... L'articulation articule mais il faut aussi qu'elle bloque.
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