Que l'érable ne sache pas, pensions-nous
à peine avait-il pu entendre terre, pot, hiver
quoique sans oreilles
un mélange avec engrais l'attend
blanc soleil et scintillant couteau j'attaque
la planche vermoulue où sa graine a prise
au printemps
comme dans du beurre sombre
entre mes doigts sa racine ses radicelles
résistent et vont profond dans le bois
cèdent et me suivent
aux nouvelles terres d'où s'il lui sied
de repartir nous l'arroserons

Sait-on quand on change de régime, de paradigme ? Je devais ce matin écrire à un membre du GRAAL qui m'avait proposé d'y revenir cet après-midi. Nul n'y a prêté garde, sans doute, en lisant mes billets, mais depuis quelques mois, il n'était plus question de ce groupe de lecture que j'animais depuis plusieurs années. D'ailleurs, il y a eu les mois d'été, le voyage en France, la rentrée, tout cela pouvait paraître normal... Mais c'est au printemps que j'avais ressenti la lassitude d'animer, ou tout simplement d'aller à ce rendez-vous hebdomadaire. Non que les participants me déplussent ou me lassassent — au contraire, serais-je tenté de dire. Il y avait seulement que ma tête était passée à autre chose, insensiblement, en six semaines ou en une nuit, et que ce qui faisait ma joie quelques mois auparavant m'oppressait maintenant d'une façon que l'amitié masquait en simple fatigue. Et donc un jour, l'évidence m'avait transpercé de tristesse : c'était arrêter qu'il fallait.
J'ai tenté de me défiler, de temporiser, de surseoir à octobre. Mais octobre est là et il y a très loin de la coupe aux lèvres. De plus en plus loin, même. Alors j'ai écrit un sobre courrier, plein de ma vraie amitié et de ma désolation de ne plus en être. M'avouer dégraalé... (Heureusement, ils ont décidé de continuer sans moi.)
Est-il signifiant qu'Antoine Volodine ait été le dernier des ouvrages au programme ? C'est plus que probable... Était-ce déjà — bien avant que la British Airways ne m'offre l'occasion de le somatiser — mon problème du genou, l'articulation je / nous selon Lacan ?
Et le sens, alors, proprement vertigineux, de la nouvelle valise achetée avec Volodine.

Comme prévu, nous sommes allés chez le dentiste (encore du sens à chercher, pour les amateurs). Une molaire (qui avait l'air molle) me faisait mal depuis quelques temps ; T. pour une visite de contrôle. Elle n'a rien — tant mieux — mais ma molaire est pourrie entre les deux racines, il va falloir la couper verticalement pour nettoyer et soigner, explique le dentiste. Je commence les antibiotiques ce soir. T. n'a rien mais elle a été choquée quand même, et pas à cause de ma molaire, mais parce que ce dentiste, son dentiste de longue date, va prendre sa retraite à la mi-décembre. Ainsi, après ses parents, voit-elle se retirer par ci, mourir par là, les aînés qui avaient formé son paysage humain. Et devant nous, bientôt, plus personne. Je repense à cette poignante parabole de l'humanité progressante dans Wanderlust et les oxycèdres de Claude Ollier...

Comme prévu encore, nous avons acheté l'imprimante tout-en-un que nous visions hier. Et 2000 yens de ristourne pour avoir ramené celle de février, décidément à mettre à la casse (alors que celle d'il y a cinq ans tourne encore bien). Et amalgamer sur une seule carte les points de bonus que la chaîne de magasins nous avait octroyés sur quatre cartes différentes. Retour en taxi avec la boîte de quinze kilos (le prix de la ristourne), déballage et installation — avec espoir et angoisse car au lieu de l'installer sur le port USB et devoir débrancher et rebrancher le câble d'un ordinateur à l'autre, je propose de l'installer sur le hub de l'ADSL (ce qui fait de moi l'unique responsable en cas de problème...). Manu me dit au téléphone qu'il faut l'installer en local et non en réseau, mais sur un port tcp/ip, mais en ayant donné un nom à l'imprimante par son menu d'installation pour éviter que le routeur ne lui attribue aléatoirement une adresse IP parce que ça nous empêcherait de la retrouver dans notre menu... pendant ce temps, T. utilise le cédérom d'installation, très long, mais qui fait tout tout seul, et à la fin, ça marche sans qu'elle ait rien eu à réfléchir. Sûr que le cédérom a dû faire exactement ce que Manu disait. Je fais pareil qu'elle et après, ça marche aussi — sauf que moi, j'ai été obligé d'ouvrir mon firewall pour autoriser l'installation (ça veut dire que T. n'a pas de firewall ? elle est à deux mètres de moi et elle n'a pas de firewall ?). Autant dire que je l'ai refermé juste après.
J'aime bien quand même connaître le principe de ce qui se passe.

Sauf qu'une heure après, T. était sortie et alors que je faisais des photocopies (tout-en-un, ça inclut aussi fax, photocopie, scanner... mais pas grille-pain, je précise), donc sans relation avec le réseau, la connexion s'est arrêtée. Je suis sorti à mon tour pour ne pas voir ça. J'ai rejoint T. à la teinturerie d'où on avait des affaires à récupérer, on a marché un peu avant que je lui dise ce qui se passait. Revenus aux machines, rien n'avait changé. On a TOUT débranché, rebranché, pareil, même après plusieurs minutes. Des noms d'oiseaux allaient être prononcés en grand nombre quand, sans que l'on sache pourquoi, ça a remarché.
Sans doute le fournisseur d'accès...
Au couteau, j'ai passé mon humeur — techno-stress, dit T. — sur les légumes d'une ratatouille, bien rouge ce soir.