Deux fois de mauvaise conscience
Par Berlol, mardi 17 octobre 2006 à 23:59 :: General :: #426 :: rss
En somme, une des petites Lecocq l'a flinguée en plein vol (par un procès en diffamation) et elle ne s'en est jamais remise — tandis que ses éditeurs l'ont démise... Les brefs extraits lus sont tout à fait saisissants. La suite mardi prochain...
Je n'ai pas enchaîné sur une autre émission mais après quelques minutes, je me suis mis furieusement à Pura Vida, parce que j'adore et parce que c'est bientôt la fin. Le stretto nodal ou le lent démêlement ? Je n'ai pas eu le temps d'arriver au bout, ni dans le train ni dans le métro. Ni après puisque j'avais deux cours et du travail au bureau. (J'attends de poster ce billet pour lire les quatre dernières pages...)
Après les cours...
Voilà, convaincu du propos, j'ai fait ce
que demandait François Bon : commander des livres des éditions Al
Dante, pour la bibliothèque universitaire. Une vingtaine de titres. Avec
deux fois de mauvaise conscience : une fois parce que j'aurais pu faire ça
depuis quatre ou cinq ans (je me souviens que Chloé Delaume avait aussi
lancé un coup
de sirène il y a quelques mois), la seconde fois parce que je me fais
l'effet d'un charognard de collectionneur s'abattant sur un lot avant
disparition... Mais tout de même avec l'espoir que ça serve. À ce que
justement la maison d'éditions ne disparaisse pas...
Et comme ça, mon université aura l'une des collections de littérature
contemporaine les plus à jour du Japon (parce que j'y fais mettre chaque
année une petite centaine d'ouvrages).
« Des années plus tard, après qu'il aura combattu au Viêt-nam
et dans les rangs des contras antisandinistes, Félix Rodríguez écrira ses
souvenirs de l'attaque cubaine sur Trujillo, la capitale que le dictateur
mégalomane avait rebaptisée à son nom, ornée de grands portraits du
Premier Éducateur de la République en uniforme blanc constellé de
médailles, à la petite moustache ridicule, mais sans barbe.
Dès le parachutage des deux cents barbudos cubains, Trujillo avait
promis aux paysans de l'île une prime de mille dollars par tête pour les
envahisseurs capturés. Félix Rogríguez raconte comment les paysans avaient
pris le dictateur au pied de la lettre, et s'étaient présentés dans les
commissariats avec de grands sacs à patates emplis de têtes de barbus
décapités. Il ajoute, en plaisantant, que l'opération avait fini par
coûter bien plus de deux cent mille dollars au dictateur.
Huit ans plus tard, c'est ce même Félix Rodríguez en bel uniforme de ranger
qu'on verra debout auprès du Che Guevarra en haillons, les mains liées par
devant, dans la cour de l'école de La Higuera, en Bolivie. Quelques heures
plus tard, après qu'on aura achevé le prisonnier d'une rafale de
fusil-mitrailleur, c'est lui qui convoiera le corps accroché au patin de son
hélicoptère pour aller le présenter à la presse à Vallegrande.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 251-252)
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