Noyer le poison dans du Montaigne
Par Berlol, jeudi 19 octobre 2006 à 23:45 :: General :: #428 :: rss
Combien d'horloges
mortes
* *
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Pas grand chose à dire sur un beau jeudi à trois cours. Sinon
l'effarement de constater, au hasard, que mes étudiantes du séminaire de
cinéma ont vaguement entendu parler d'une révolution quelque part vers 1917,
ignorent qu'il s'est passé des choses en France en 1968, tombent des nues
quand on leur dit que la génération de leurs grands-parents était, en
France et dans quelques autres pays, dont le Japon, celle des hippies, du Peace
& Love, de la libération sexuelle et des voyages à Katmandou —
Oui ! de leur grand-mère, qui avait 20 ans en 1966 ! (Mais que tous
ceux du même âge n'étaient pas tout à fait sur la même longueur d'onde,
sans parler des autres âges, et que le virage à droite qui s'en était suivi
avait été dur à avaler ; mais ça je ne le leur ai pas dit, ça
faisait déjà pas mal...)
Mais pourquoi m'effaré-je, après tout ? Je suis quelque part un peu ici
pour (essayer de) remédier à ça... Donc, faisons notre boulot.
(Tout cela pour cadrer un peu Tanguy, pour essayer de voir pourquoi il
y a un résidu d'esprit libertaire chez les parents du jeune homme. Jeune
homme qui serait, lui, pour le coup, plutôt dans un moralisme d'apparence
austère que lui apporte (ou à quoi vient s'ajouter) l'étude du chinois. Et
qu'au-delà de la question des trentenaires qui restent chez leurs parents, il
y avait du chiasme générationnel jusqu'à la provocation, dans le film de
Chatiliez...)
Ce soir ou jamais d'hier, en quatrième semaine. Que pouvait-on attendre d'un débat — ou seulement d'une mise en présence — entre Philippe Sollers et Michel Onfray ? Pour moi, c'était plié d'avance. Ça a commencé mou du genou, délayage et merci à Taddeï qui laisse parler (qui a le temps, ce qui n'est pas si courant à la télé). Bon, pourquoi pas, après tout. Ensuite, on s'attaque aux jarrets. Première escarmouche : Onfray fait allusion directe à l'allégeance papale de Sollers, qui tente de noyer le poison dans du Montaigne, mais personne n'est dupe. Seconde escarmouche, quelques minutes plus tard : Onfray accuse Sollers d'avoir mal (ou pas) lu Heidegger, défend Emmanuel Faye et assène qu'Heidegger a été nazi de 33 à 45. Pour finir, Sollers fait la promotion de Jonathan Littell qui a déjà vendu 250.000 exemplaires mais qui ne serait sans doute pas lu par tous ses acheteurs. Prenez juste le son, si vous voulez. Vous verrez, ça se laisse écouter ! (Et ne me demandez pas ce que j'en pense...)
Je finis là parce que j'ai rendez-vous avec une Christine...
Commentaires
1. Le jeudi 19 octobre 2006 à 08:20, par vinteix :
c'est marrant ! dès que j'ai lu Christine, j'ai pensé et chantonné "Christine, a strawberry girl, Christine..."
Sinon, vais jeter un oeil sur ces deux compères de Sollers et Onfray... mouais... en même temps, je sens déjà mes petits "a priori" venir me chatouiller l'esprit... mais je vais tâcher d'être dispos(é) et ouvert... Quelques exercices d'assouplissement ou de yoga sont peut-être nécessaires avant ?... Georges Picard parle un peu de ça, dans un passage de son dernier livre : la bonne disposition et l'ouverture nécessaires du lecteur... comme Bataille qui (dans je ne sais plus quelle note ?) "demandait" au lecteur de se désarticuler un peu en faisant quelques exercices d'assouplissement (du corps et de l'esprit) avant d'entrer dans son texte. A creuser cette idée de la lecture PHYSIQUE... on croit trop souvent qu'on ne lit qu'avec sa tête !... ou ses pieds...
Au passage, pour l'anecdote, superfétatoire, j'étais au collège avec Tanguy... enfin Eric Boyer... et on sentait déjà germer l'acteur...
2. Le jeudi 19 octobre 2006 à 08:23, par vinteix :
mistake : Eric BERGER !
(sans doute à cause de Farrago...)
3. Le jeudi 19 octobre 2006 à 08:38, par Berlol :
Je ne l'ai vu que dans ce film-là, cet acteur. Il a fait autre chose, à ta connaissance ?
4. Le jeudi 19 octobre 2006 à 08:48, par vinteix :
Ben, je l'avais aperçu par hasard en zappant, il y a des années (avant Tanguy), dans je ne sais plus quel téléfilm... après, je ne sais pas... ?
5. Le jeudi 19 octobre 2006 à 10:18, par vinteix :
mouais... vu que la moitié pour l'instant, parce qu'il est tard, de "Ce soir ou jamais"... y'a vraiment à boire et à manger... mais
pour le boire, mieux vaut lire, encore une fois, G.Picard : "Du bon usage de l'ivresse"
Quant à la seule couverture du livre d'Onfray : beurk ! serait-il désormais distribué dans les fast-food littéraires ?!
6. Le jeudi 19 octobre 2006 à 12:00, par brigetoun :
pas un peu trop ossifiés chacun dans sa posture pour dialoguer ? je vais en prendre un bout
les étudiants n'ont pas de grand pères nostalgiques de l'époque où ils progressaient par bonds, en criant, avec des bandeaux blancs, nous qui admirions tant leur technique ?
7. Le jeudi 19 octobre 2006 à 17:51, par cgat :
ce que j'ai vu moi hier soir c'est taddeï (pas si gentil que ça finalement) essayant avec l'aide très efficace de michel onfray (qui devient de plus en plus pontifiant et finkelkrautien depuis qu'il fait philosophe à la télé) de se faire sollers et n'y parvenant pas vraiment car le susdit (bien qu'un peu interloqué d'abord par un tel traitement) est expert en dérobades (ce qui me l'a toujours rendu sympatique)
8. Le jeudi 19 octobre 2006 à 18:39, par vinteix :
A pisser de rire ou à pleurer ! (tout dépend de ce que l'on aura bu...) Après ma petite claque à Onfray (pour sa couverture Prisunic "tous en un"... "mes livres"), une GROSSE à Sollers, car décidément ce roublard mondain sera rarement tombé aussi bas ! paradant sur son trône (WC) papal et parlant même désormais à la 3eme personne, tel le roi-sollers ou son bouffon, se prenant tantôt pour Nietzsche (dont il parle, sans RIEN dire, avec une assurance hallucinante ! à faire pâlir ou rire de fou-rire ou de mou-rire les commentateurs les plus "sérieux" de ce philosophe qui n'a cessé de se contredire, rendant sa pensée loin d'être simple et moniste, de Bataille à Deleuze, en passant par Klossowski, Blanchot, etc.), tantôt pour Montaigne, après Dante, Voltaire, Casanova, etc.... enfin, tous ou presque dont il aura été les avatars ridicules un jour ou l'autre, sauf peut-être "ces grands silencieux comme Blanchot ou Gracq", dit-il, qu'il semble balayer d'un suprême revers de la main, en parlant de "ces grands morts" - merci pour Gracq ! - qui eux ont eu la décence, et beaucoup plus en fait dans leur sincérité et leur refus motivé de toute exhibition personnelle, de ne pas céder aux sirènes du marketing, tandis que lui se laisse adorer comme un pacha télévisuel et dore SON NOM sous tous les projecteurs fun !... tous donc ou presque dont il n'est que des ectoplasmes de chiottes mondains. Il ouvrait d'ailleurs l'émission en parlant d'urinoirs, répétant le mot à foison, s'écoutant parler tel un onaniste... qu'il y retourne faire gicler sa pissette verbeuse ! Quelle chute après les 25 minutes avec Stiegler ! dans une autre "misère symbolique", celle de la mystification qui se la joue grandeur symbolique et voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Au final, le malheur est qu'il nuit plus qu'autre chose à la littérature... car il est le pape de son édulcoration médiatique. Voir à ce sujet G.Picard (encore !)... et non ce surgelé, qui se paye la tête des gens en se payant de mots.
9. Le jeudi 19 octobre 2006 à 20:04, par Berlol :
Disons que le côté rentre-dedans de Taddeï contraste fortement avec la condescendance tape-moi la cuisse de Bernard Pivot, devenu soudain très inutile. Avec ces deux fois vingt et quelques minutes de son, je voulais montrer surtout la différence, à mon avis, entre ce qui est utile (Stiegler) et ce qui ne l'est pas (face-à-face Sollers-Onfray).
10. Le jeudi 19 octobre 2006 à 20:38, par vinteix :
Oui, très bonne comparaison, en effet !
C'est vrai que l'ensemble de l'émission de téle était partagé entre un "rentre-dedans", encore qu'assez retenu et policé, et un "tape-moi la cuisse" avec caresses dont Sollers raffole tant... Le tout puait quand même un certain parisianisme mondain... et des raffinements de cuisine un peu surranés... Y avait qu'à voir les réactions presque outrées de ces messieurs, revoyant une scène de "La grande bouffe" ! Fut un temps où Sollers écrivait pourtant - et pas si mal d'ailleurs - sur Sade ou Bataille... mais le bougre n'est pas à un retournement près.
11. Le jeudi 19 octobre 2006 à 22:29, par vinteix :
Pour rester dans les urinoirs chers à Monsieur Sollers, quitte à attirer les mouches de Bataille, René Char avait un très joli mot pour qualifier les poètes ou écrivains creux : "les pisse-lyres".
12. Le jeudi 19 octobre 2006 à 22:50, par Berlol :
Chez Sollers, il y aurait à différencier, je crois, l'écrivain et le personnage public, l'écrivain restant considérable. Ce que je crains pour lui, c'est un système de vases communicants où l'on voit l'investissement littéraire, qui produisait des ouvrages de qualité, se transvaser dans une présence éditoriale, mondaine et médiatique — au détriment des ouvrages, de plus en plus creux. Le "sollers", tout art, deviendrait-il tout artifice ? (Certains diront qu'il l'a toujours été...)
13. Le vendredi 20 octobre 2006 à 01:19, par vinteix :
Suis bien d'accord avec le fait qu'il A écrit des textes très intéressants... et que certaines de ses critiques de livres (passées ?) dans "Le Monde" sont aussi intéressantes... d'ailleurs, depuis des années, personnellement, je ne le vois plus que comme un bon journaliste littéraire.
"Ecrivain considérable" me semble un peu enflé... mais, bon, je n'ai pas tout lu (loin de là ! j'allais dire Dieu m'en garde !) et puis, question de goûts aussi... toute relative cependant (Picard - encore ! - parle aussi de cela, au passage, de cette "sacro-sainte question des goûts" comme une sorte d'argument tabou intouchable)... Au fond, je pense qu'il restera moins comme un grand écrivain (un peu comme Hedern Hallier, déjà bien oublié, et d'autres) que comme un critique... mais je ne suis pas devin...
En tout cas, le fait est que depuis des années, dès qu'on l'entend et qu'on le voit, il n'est en effet que "tout artifice" (l'expression est parfaite), faisant fuser quelques bons mots d'esprit, certes, mais d'une confusion dans le discours et surtout d'une prétention et d'un carnaval granguignolesque qui le rendent au final "grand bouffon", faisant étalage de son érudition, à la fois avec pédanterie et sotte légèreté : voir comment hier, il rabrouait Onfray, certes un peu poseur, en dénigrant tout "esprit de sérieux", alors qu'en même temps, il ne cesse de clamer que l'époque est crétine, inculte, d'une misère intellectuelle terrible, etc., ce qui est vrai, mais l'homme a un EGO tellement surdimensionné et est tellement pris dans sa propre mise en scène qu'il n'en voit même pas les contradictions et le grotesque. Il ne voit pas non plus ou plutôt feint, car il n'est pas stupide, d'ignorer sa propre ignorance, notamment en matière de philosophie (Nietzsche, Heidegger, etc.) qu'il ne lit vraisemblablement que très allègrement et superficiellement... mais dont il s'affiche malgré tout en héraut qui a tout compris de ces textes tellement complexes : là, on est toujours dans la bouffonerie mais aussi dans la bêtise (car il en sort parfois des grosses !), et la supercherie, la malhonnêteté intellectuelle, c'est pourquoi, à cet égard, je n'aurais jamais de mots assez durs pour dire que nous l'avons assez vu et entendu, car vraiment, il se paye la tête des gens - ce qui est facile face à des animateurs de télé, moins facile dès qu'il se retrouve face à des gens un peu plus passionnés, penseurs et honnêtes... mais sa machine est tellement rôdée (médiatiquement) et l'homme est tellement habile et malin que dès qu'il est pris en flagrant délit de supercherie, il répond sur le ton d'un humour condescendant. Il n'est plus alors qu'un grand pantin pitaoyable, qui tire par ailleurs pas mal de ficelles dans le "milieu"... Les contradictions de n'importe qui, en l'occurence entre l'écrivain et le personnage public, sont souvent inévitables et riches (c'est bien la vie !), mais dans le cas d'un escroc mystificateur(intellectuellement, en tout cas), elles deviennent écoeurantes. On ne sent que trop les ficelles, le mépris hautain et l'arnaque de la pensée dont il est, actuellement, un des plus grands héros, sinon le pape.
Donc, malgré tout, dans cette bouillie télévisuelle, il était pas mal de le voir un peu interloqué et piqué à la fois par Onfray et par un Taddeï légèrement taquin.
Qu'il disparaisse de nos tympans !
14. Le vendredi 20 octobre 2006 à 01:23, par vinteix :
"Paix à son âme... et encore !?", comme disait je ne sais Philippe Soupault de je ne sais plus qui... (Anatole France ?... peu importe...)
15. Le vendredi 20 octobre 2006 à 02:49, par brigetoun :
oubliant l'oeuvre j'ai oscillé devant le personnage entre une exaspération du genre "la frivolité peut conduire à la sottise absolue" (un peu un d'Ormesson plus talentueux) à une certaine sympathie peut être réac devant son regret devant tout de même une assez réelle décadence et à une jubilation devant son agressivité feutrée envers Onfray et sa résistance à l'agressivité affirmée de ce dernier. Mais finalement tout cela n'avait pas grand intérêt (plutôt moins que l'éternelle comparaison entre le plaisir de la nourriture et le plaisir des mots)
16. Le vendredi 20 octobre 2006 à 03:21, par vinteix :
"l'agressivité affirmée de Onfray"... mouais... plutôt un agacement je pense, de la part de Onfray, assez pontifiant en effet et dont je ne suis pas fan, mais je la (son "agressivité") comprends tellement... en face de tant de vide et d'escroquerie ! C'est insupportable et je trouve d'ailleurs qu'il s'est bien retenu, ne parlant que quand on l'interrogeait directement... tandis que l'autre faisait les questions et les réponses, et moulinait tout seul, tel Don Quichotte.
Mais vous avez raison dans le fond : "tout cela n'avait pas grand intérêt"; néanmoins, je m'acharne un peu - pardon - sur ce grand clown car cela me semble malgré tout grave (au-delà de l'émission d'hier) que la littérature soit ainsi si souvent représentée par ce monsieur : cela suffit, non !?
17. Le vendredi 20 octobre 2006 à 03:23, par vinteix :
... sur les urinoirs, j'écrirais ton nom...
avec du caca sur les doigts, j'écrirais ton nom :
SOLLERS
...
si quelqu'un veut prendre la suite...
18. Le vendredi 20 octobre 2006 à 03:34, par cgat :
j'entends vos arguments, vinteix et berlol, mais je persiste à penser que sollers est beaucoup plus utile dans la télécratie ambiante qu'onfray (dont je précise que par ailleurs j'aime assez le lire)
les pires laquais de la télécratie, me semble-t-il, sont ceux qui comme onfray (ce soir là) viennent sur les plateaux pour faire leur pub (comme tout un chacun) mais jouent les vertueux et les indignés, et clament qu'ils sont les seuls à avoir des choses importantes à dire (sans les dire, bien entendu...)
la seule solution véritablement vertueuse est de refuser de jouer le jeu et d'adopter la posture (qui en est une aussi) de l'"écrivain mort" (sollers bien sûr emploie l'expression à dessein pour parler de gracq) : il faut toutefois avoir conscience (comme tentait de l'expliquer sollers) que cette posture est confortable et convenue (pour l'écrivain comme pour la télécratie) et qu'elle fait partie du jeu de rôle
je concède, donc, que sollers vieillit et qu'il a été bien meilleur, mais c'est justement ce que vous reprochez au sollers médiatique, vinteix, qui me le rend sympatique : il m'apparaît comme l'un des "grands bouffons" du "tout artifice" ; en "dénigrant tout esprit de sérieux" et en se "payant la tête des gens", il met en évidence (en en exagérant les travers) le grand vide qui est au cœur du spectacle qu'il caricature ; et je lui sais gré d'avoir toujours été de ceux dont l'attitude grippe (très légèrement certes) les rouages de la machine bien huilée du spectacle télévisuel
19. Le vendredi 20 octobre 2006 à 03:40, par vinteix :
et face à "une BIEN réelle décadence", Sollers n'est sûrement pas la personne à écouter... il y en a tellement d'autres, autrement sincères et intéressants, comme Stiegler, proposé par notre hôte, qui mène un vrai combat, intelligent, avec respect et attention aux autres, tandis que chez Sollers, on ne sent que trop un mépris hautain pour la plèbe des vilains qu'il aurait la charge (divine ?) d'éduquer.
D'ailleurs, il pourfend lui-même "l'esprit de sérieux", ne voyant pas (?) que le gai savoir d'un Nietzsche est justement dans ce grand écart vital entre le plus grand sérieux, tragique, et la joie, le jeu, tragiques également.
Au fond, je me demande d'ailleurs si ce qui manque le plus à Sollers - mais c'est d'ailleurs un symptôme plus général de l'époque (Stiegler en parle) - , n'est pas le sens du tragique. Et une "philosophie féroce", pour citer Rimbaud, titre d'ailleurs d'un livre de Onfray...
20. Le vendredi 20 octobre 2006 à 04:11, par vinteix :
Chère cgat,
vous avez raison aussi, car de toute façon, la télévision est un cirque... mais pourquoi ne serait-elle que cela ? et l'émission de Taddeï ne se veut pas, en tout cas d'après son slogan ("l'actualité vue par la culture"), comme celle d'un Drucker...
Comme le crie presque Stiegler, ne pourrait-on pas faire en sorte qu'il en soit autrement ? inventer ? plutôt que de se complaire dans la parade des mêmes plats réchauffés, même s'il y a des surgelés de bonne qualité...
Bien sûr, moi aussi, quand Sollers sort sa bonne blague de Henry Miller, je rigole.
Mais si l'on admet tout, on renonce à tout, on baisse les bras et alors tant pis, oui, amusons-nous, tapons-nous sur la cuisse, revoyons sans cesse les mêmes têtes... mais dans ce cas, disons-le haut et fort, une bonne fois pour toutes, la littérature et toute la "culture" n'a VRAIMENT rien à faire à la télé ! La tâche est sûrement compliquée... mais c'est tout l'enjeu d'un combat légitime et urgent face à la télécratie. On peut d'ailleurs se souvenir de rares mais très bons moments de littérature ou plus généralement de pensée à la télévision... je ne crois pas que cela soit antithétique.
Quant à "la posture de l'écrivain mort"... je ne crois pas que cela soit une "posture", terme qui sent un peu l'esbrouffe, l'arnaque, l'insincérité... enfin, cela dépend aussi des personnes. Mais vous avez lu le dernier livre de Picard, n'est-ce pas... il en parle à un moment, mentionnant Beckett et Gracq... et on pourrait ajouter Blanchot, Michaux, etc., je ne crois pas que l'effacement et la réserve de ces auteurs, universellement connus par ailleurs, soit une posture hautaine ; il s'agit plutôt de la marque de leur sincérité réelle (à l'opposé de la parade), de leur dévouement (Picard parle, citant Claude Louis-Combet, de "recueillement") entier à l'écriture, au-delà de leur personne et de leur nom, qui ne sont que "guenilles" (Flaubert), et d'une haute conception qu'ils ont de l'écriture et de la littérature. Ce sont avant tout des gens qui travaillent et se démènent, silencieusement, mis à part leurs livres, avec cette tâche un peu insensée d'écrire.
Au fond, qu'auraient-ils à dire qui ne soit pas dans leurs livres ? Alors, oui, sans doute, certains écrivains n'ont pas leur place sur les plateaux de télé (actuels en tout cas)... mais qu'on ne vienne pas le leur reprocher !
Quand à ceux qui acceptent d'y aller, à la télé, pourquoi faudrait-il que ce soit toujours les mêmes ? et pourquoi faudrait-il que ce soit toujours sur le mode de la parade et du carnaval ? Serait-ce un axiome ou une fatalité ?
21. Le vendredi 20 octobre 2006 à 14:01, par cgat :
le tragique de la "philosophie féroce", oui, bien sûr ... mais le michel onfray philosophe à la télé n'est en général ni féroce ni nietzschéen, juste de plus en plus moralisateur et chiant (pour filer la métaphore !) : il a d'ailleurs jadis, si je me souviens bien, entamé sa carrière télévisuelle (et son ascension consécutive dans les listes des meilleures ventes) en "tapant sur la cuisse" de pivot (comme dit Berlol) qui lui offrait du sauternes
tandis que le bouffon sollers (peut-être sans le vouloir, mais je n'en suis pas si sûre) révèle (comme les bouffons de la cour d'espagne chez velasquez) l'envers tragique du spectacle rigolard et divertissant de la littérature à la télé
sur le fond, je suis comme vous, vinteix, persuadée qu'un écrivain n'a rien à dire qui ne soit dans ses livres (cela va d'ailleurs au délà de la télévision, c'est vrai aussi des conférences, colloques, radios, etc.)
je trouve donc tout à fait respectable le refus de la médiatisation, qui peut aller comme chez Blanchot jusqu'à cesser toute publication ... le terme "posture" (pas si péjoratif que ça) se référait moins à un choix de l'écrivain qu'à la manière dont malgré lui son choix sera perçu et récupéré : l'écrivain invisible est pour les médias comme un "écrivain mort"
on peut tout de même, par ailleurs, se demander s'il est possible d'écrire sur le monde actuel (pour les auteurs qui disent le faire) en faisant abstraction de la télévision ; vous citez Flaubert : il me semble qu'aujourd'hui Homais, Rodolphe et les Comices sont dans la télé - et sans doute Flaubert y serait-il allé voir, ne pensez-vous pas ? parler dans la télé pour avoir le droit de parler de la télé (ce que fait par exemple Chloé Delaume)
22. Le vendredi 20 octobre 2006 à 14:18, par brigetoun :
Flaubert serait sans doute allé à la télé, et puis il serait rentré se coucher avec la fièvre, avant d'écrire avec brio à ses correspondants à quel point cela l'a rendu malade, brio mais pas sans sincérité.
Pour le reste, je suis ravie de trouver quelqu'un pour dire aussi bien ce que j'aurais pu penser
23. Le vendredi 20 octobre 2006 à 15:10, par cgat :
merci brigetoun ... et moi j'aime beaucoup votre additif sur Flaubert rentrant de la télé
24. Le samedi 21 octobre 2006 à 00:08, par vinteix :
Juste un petit détail, concernant Blanchot : il n'a pas cessé toute publication (voir ces derniers livres, "Pour l'amitié", "Les intellectuels en question"...), mais à 90 ans passés et malade comme il l'était, je crois qu'il n'avait pas vraiment le choix...
Vous avez bien raison concernant les médias actuels et surtout la télé... c'est pourquoi, pour ma part, je préfère les émissions de radio, comme "Du jour au lendemain" d'Alain Veinstein... où il y a de la voix (qui parle au lieu de bavarder)... et du silence... des voix sans visage - qu'a-t-on besoin du visage ? et du "corps du roi" ? et même du nom, à la limite ? je crois qu'il y a une sorte d'anonymat originel de la littérature (qui peut bien sûr faire rire aujourd'hui)... que sait-on d'Homère, de Shakespeare, de Lautréamont ?
voix sans visage ou voix du silence, comme venue d'ailleurs... je préfère généralement ces voix-là à celles qui se mettent au diapason de l'époque, suivant l'idée dominante qu'il faut se montrer pour exister.
25. Le samedi 21 octobre 2006 à 00:25, par vinteix :
Flaubert aurait bien sûr regardé la télé... y serait-il allé lui-même ? je n'en suis pas certain...
Mais bon, l'imaginer sur un plateau est plaisant... de même qu'avec une bonne fièvre, oui, et une sacrée tempête sous le casque...
26. Le samedi 21 octobre 2006 à 02:10, par vinteix :
en tout cas, mesdames... mesdemoiselles (?), peu importe, je suis content d'échanger deux, trois mots avec vous... en toute convivialité... ce qui n'est pas toujours le cas... même si... ou plutôt parce que nous ne sommes pas d'accord à 100 % sur tout (ce qui serait d'un ennui mortel)... voilà, c'est dit, au passage...
Et Berlol ? où te caches-tu ?
toujours dans les bras de Christine ?
27. Le samedi 21 octobre 2006 à 02:23, par Berlol :
J'étais avec Poil de Carotte, puis Oshima. Je vous raconterai. Pardon. Et merci de faire comme si j'étais là, ou pas là, bref, de vous sentir comme chez vous. Je vous laisse les clefs. Je reviens tout à l'heure...
28. Le samedi 21 octobre 2006 à 03:17, par vinteix :
Oshima... hummm... ça pourrait être sulfureux, ça aussi...
Bon, on va s'amuser alors...
Mais en fait, je m'apprête à sortir maintenant... "fièvre du samedi soir" ?... en tout cas, "yakitori" en vue... puis un verre ou deux... ou plus... avec ami(s)...
A plus...
29. Le samedi 21 octobre 2006 à 06:45, par cgat :
cher vinteix le plaisir est partagé ... ici c'est samedi matin (début d'après-midi pour être exacte) et madame (et christine aussi, merci pour siouxsie ! berlol) s'étire après une grasse matinée ...
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