Nous me faisons penser à Bouvard et à Pécuchet
Par Berlol, dimanche 22 octobre 2006 à 23:59 :: General :: #431 :: rss
Hier,
installant des bulbes de lys et de tulipes pour le printemps, T. avait remarqué
des larves immobiles et recroquevillées et les avait laissées dans la terre
(toujours son côté protecteur, comme avec les chenilles du citronnier). Mais
après avoir découvert en ligne de quoi il s'agissait et que ces larves de
hannetons bouff(er)aient toutes les racines (ce pourquoi nos pieds de tomate
étaient tout secs sur la fin), nous y sommes allés à deux ce matin et avec des
instruments coupants et contondants. On en a sorti 10 ! Quelle horreur, la
nature ! T. et moi, nous me faisons penser
à Bouvard et
à Pécuchet, toujours
prêts à commencer de nouvelles activités, et ahuris de découvrir le pénible de
la chose, sa
turpitude. D'où l'effet catalogue attachant de chaque naïveté, bien
différent du catalogue déprimé d'À
Rebours...
Après des pâtes fraîches, pour lesquelles j'ai fait la sauce des sauces (huile
d'olive, ail frit,
tomates émondées, tomates séchées, basilic), suis allé seul à Aoyama (T. étant
en retard sur un travail urgent) pour voir un film du
Festival international de
Tokyo, Fauteuils
d'orchestre
de Danielle Thompson — film que j'aurais dû voir le
26 février, en pleine relâche orléane, si je n'en avais été gorillement
empêché...
D'abord, c'est le rythme du film dont on s'imprègne, emprunté à Feydeau, dont
on fait l'éloge en passant. À y réfléchir, tout ce qui se passe en quelques
jours pour la provinciale et néanmoins audacieuse Jessica (Cécile de France),
est assez difficile à croire. Mais la force du cinéma et de son rythme, quand
il peut l'imposer, c'est justement d'invalider la pensée logique et réaliste au
profit de l'évidence ludique de la fable. Ce rythme, ce tempo est donné par
l'alternance entre les bribes d'histoires des trois principaux personnages, et
leur croisements dans les lieux historiques de l'avenue Montaigne : un théâtre,
une salle de concert, une salle des ventes. En se tissant de l'un à l'autre, le
scénario se donne de l'épaisseur et le temps, de la profondeur. Et puis il y a
ce flambeau transmis de Suzanne Flon à Cécile de France, dans la fiction comme
dans la réalité — cette superposition est très émouvante. Le contre-emploi
d'Albert Dupontel est un coup de génie. Dommage que son épouse ne joue pas
mieux son rôle ingrat. Enfin, j'applaudis le choix du
Baiser de
Brancusi comme totem
et mise en abyme, il y a là du manifeste pour un art qui émeuve tous ceux qui
s'en approchent : sorti de la vente, démonétisé, il est d'ailleurs
symboliquement donné au fils du collectionneur en signe de réconciliation et en
vœu de nouvelles amours.
En
même temps, si j'avais vu ce film à Orléans en février, je ne serais pas venu
aujourd'hui et n'aurais pu écouter et voir, à sa suite et sans rapport (autre
que de réellement venir de Mâcon, comme la Jessica qu'incarne Cécile de France
dans le film), l'interview de Frédérique
Bel. Ici avec Etsuko Takano,
un pilier du milieu du cinéma au Japon, me dit-on.
Or, cette jeune femme, que je crois voir pour la première fois, jouait déjà
dans Les Poupées russes !... Mais je ne vois pas quel rôle... Et puis
elle a bâti, paraît-il, sa célébrité sur
La Minute blonde (sur Canal
+), dont je n'ai jamais entendu parler (mais je
m'informe
vite),
qu'elle décrit comme sexy, libérée, faussement bête, et sur qui les
Chiennes de garde ont aboyé très
premier degré.
Toujours ce temple du féminisme historique, défendu contre-productivement, dont
on parlait l'autre jour avec Virginie Despentes. Justement, la
Minute blonde de
la critique littéraire...
Après, tout émoustillé, j'ai enfin pu sortir de là et... il pleuvait. Enfin, bruinait. D'Aoyama à Omote-Sando, tout brillait joliment. À la maison, comme T. voulait se distraire un peu, nous avons commencé la série Lost en allant louer le dévédé. Ça commençait poussif, mais on s'y fait. Je ne dirai jamais que c'est du grand art. C'est juste de la bonne distraction, pour quand on en a marre de faire des trucs pénibles et qu'on veut se dégager l'esprit. On paie la location du dévédé pour la qualité de l'image, les sous-titres en japonais pour T. (qui m'explique quand je ne comprends pas l'anglais, ça arrive) et l'absence de publicité.
Commentaires
1. Le lundi 23 octobre 2006 à 07:11, par vinteix :
A propos de série, des amis en France me parlent souvent de la série américaine "Six Feet Under"... un must, paraît-il... Je ne sais pas si l'on peut trouver ça au Japon... ?
2. Le lundi 23 octobre 2006 à 07:16, par Berlol :
J'en ai entendu le nom, en effet, mais rien d'autre... Ça va sûrement venir un jour.
3. Le lundi 23 octobre 2006 à 09:37, par brigetoun :
pour le film le principal intérêt est de se rappeler les luttes pour obtenir un café aux entractes du Théatre des Champs Elysées, ce que je renonçais généralement à faire, me contentant d'une cigarette sur le trottoir.
La minute blonde c'est pas possible !
4. Le jeudi 26 octobre 2006 à 10:22, par janu :
Frédérique Bel, dont toute la renommée repose sur sa cocasse et délicieuse colocation avec Emmanuel Mouret dans le très-grandiose et très-fameux dernier film d'icelui, "Changement d'adresse". Non? Ah bon, je croyais...
5. Le jeudi 26 octobre 2006 à 17:06, par Berlol :
La même, oui, certainement. Mais je ne l'ai découverte qu'à cette interview et par la "Minute blonde". Vous savez, d'où je suis, il est difficile de savoir qui est célèbre dans le PAF... ça m'arrive dans le pif un peu par hasard... Sinon, c'est bien, le film de Mouret ?
6. Le samedi 4 novembre 2006 à 01:54, par Bikun :
Je viens de revoir les poupées russe, au sujet de Frédérique Bel. Son rôle dure environ 5 secondes, lorsqu'elle donne la réplique à "jean-Edouart", quand Romain Duris écrit son scénario. Le gars en question ouvre la porte et c'est elle qui est derrière. Juste une scène car les autres c'est une autre personne.
7. Le samedi 4 novembre 2006 à 01:58, par Berlol :
Ah, je vois ! Dis donc, pointu, le rôle ! Merci, Bikun !
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