Inviolable, au moins côté utilisateur
Par Berlol, mercredi 25 octobre 2006 à 23:59 :: General :: #434 :: rss
Parfois, Pascale Casanova fait une fixette.
Aujourd'hui (quand j'écoutais les Mardis
littéraires d'hier), c'est sur la « photo du Nouveau
Roman », expression qu'elle répète pas mal de fois dans le premier
quart d'heure, quand ni Laure Limongi, qui venait d'employer cette expression,
ni Julien Doussinault ne revendiquaient ou rejetaient l'appartenance
d'Hélène Bessette à la mouvance du Nouveau Roman. Plus marginale que Duras
ou Butor, si j'ai bien compris, Bessette, peut-être aussi plus imbue
d'elle-même, était d'un temps où la création passait par une recherche sur
les formes, structures et langages pour déstabiliser le roman traditionnel
(ce que le Nouveau Roman faisait aussi, sans pour autant être une chapelle
austère).
Or, Pascale Casanova doit savoir cela, et aussi que la méthode du discrédit
métonymique (focalisation d'un détail erroné ou ridicule pour faire tomber
tout un ensemble), c'est un peu malhonnête, ça peut marcher à l'oral si on
n'insiste pas trop, mais ça se retourne contre celui (celle) qui l'emploie à
outrance...
Pour le reste, l'émission est bien, très bien, même, grâce aux deux
invités déjà cités et aux extraits lus.
« Le plus marrant, c'est qu'au même moment [1992] je rate
complètement ma rencontre avec Lola Valérie Stein. Quelle mouche me pique de
"refuser" — voilà ce que je pense alors — "tout compromis
avec le psychologisme ambiant", où je plaçais Duras ?
[...]
L'eau passe sous les ponts, la bière coule, je deviens généraliste, je
travaille à droite et à gauche, j'aime mon métier, souvent je suis
célibataire, et un jour j'ouvre à nouveau Le Ravissement de Lol V. Stein
de Marguerite Duras.
Ne dites pas : « fontaine...». Jamais.
Ne me dites pas que certains livres n'aident pas à vivre. Il y a bien sûr le
coup de force de nous rendre complice de cette folie. Mais il y a plus qu'un
tour d'illusion. Il y a un pli de langue — je ne sais pas comment
l'appeler autrement — issu directement du cerveau.»
(Frédéric Léal, "Les zélé(e)s du désir", dossier
"Hélène Bessette" de La Revue littéraire, n°28, automne
2006, p. 104 et 109-110 — J'espère avoir un jour l'occasion de discuter avec
F. Léal de cette « folie » de Lola, à laquelle, pour ma
part, je ne crois guère, surtout au sens irréversible que donnent les
aliénistes à ce mot, mais d'accord, oui, pour le « pli de
langue », et même pour la complicité.)
Par
Lignes
de fuite, je découvre sur Prix-Littéraires :
Le blog (quel nom !), un sondage sur le Femina, similaire à
celui fort daubé
au début du
mois chez Livres Hebdo. Sauf qu'ici, le module de vote est
inviolable (importé d'un site professionnel,
le rechargement de la page n'incrémente pas, et même le changement de
navigateur ne permet pas de revoter, sans doute par un cookie ou un contrôle
d'adresse IP). Inviolable, au moins côté utilisateur. Car côté concepteur
ou hackeur, on n'en sait rien.
C'est d'ailleurs le même problème que pour les machines
à voter, et c'est aussi pour cela qu'il faut s'inquiéter très
rapidement de l'ensemble du phénomène de collecte réticulaire des opinions,
que ce soit pour un magazine débile qui vous demande si vous préférez être
beau et riche ou laid et pauvre, ou pour élire un président de la
république. En fait, c'est même la répétition de sondages débiles
auxquels on répond pour s'amuser et sans que ça n'ait aucune importance qui
risque d'installer une absence de vigilance sur de futurs outils
e-cybernétiques (l'étymologie de cybernétique étant justement celle
de gouverner).
Là, sérieux, j'ai voté pour Mauvignier. On ne pouvait pas voir le résultat
avant de voter, et inversement après le vote, on ne peut plus recommencer car
seul le résultat s'affiche. Enfin, la question posée est normale : « Pour
qui voteriez-vous ? » C'est au conditionnel parce que je ne
suis pas membre du jury et cela s'adresse à moi. Alors que la question de Livres
Hebdo était, je la rappelle : « Qui
aura le Goncourt ? » Où l'on vous demandait d'être Madame
Soleil et de prédire le choix du véritable jury.
Commentaires
1. Le mercredi 25 octobre 2006 à 12:11, par brigetoun :
moi aussi j'aime bien "le pli de la langue" - c'est pour cela que je reviens de temps en temps à Duras même si, je ne sais pourquoi, je ne l'aime pas. Et je n'ai pas, honteusement, lu le "ravissement de Lol V Stein"
2. Le mercredi 25 octobre 2006 à 12:17, par Grégory Haleux :
Oh tu devrais réécouter l'émission, c'est effectivement Laure Limongi qui en parle en premier, dans les cinq premières minutes, et d'une manière qui fait beaucoup plus penser à la fixation :
Laure Limongi : "Ce qu'on peut dire, c'est que par rapport à son écriture, peut-être le seul problème de Bessette c'est qu'elle était pas sur la photo du Nouveau Roman.
Pascale Casanova : Oui alors ça, on peut y venir, je ne comprends pas au fond : vous faites un article pour expliquer oui elle n'est pas sur la photo, la fameuse photo de la rue Bernard Palissy. En fait, étant donné ce qu'elle écrit de la littérature et les réflexions qu'elle fait dans ce manifeste que vous citez et qui est tout à fait passionnant pour essayer de comprendre ce qu'elle veut faire, quel est son projet, etc, elle n'aime pas le Nouveau Roman, il n'y a aucune raison qu'elle soit sur la photo du Nouveau Roman, elle n'est pas du tout de ce côté-là, je la vois mal dans l'esthétique d'Alain Robbe-Grillet, elle est pas du tout là !"
C'est donc, il me semble, carrément le contraire de ce que tu fais ressortir, et je ne comprends, quand elle ressort une ou deux fois (pas plus que ses interlocuteurs) l'expression "Nouveau Roman", où tu vois une "fixation", un "discrédit métonymique" ou de la malhonnêteté.
Pascale Casanova : "Ce qui est très fascinant, c'est qu'elle ne se veut pas poète, mais elle ne se veut pas non plus "nouvelle romancière", elle ne veut pas non plus du roman de l'abjection, c'est-à-dire qu'elle veut fonder une nouvelle position, quelque chose de tout à fait nouveau, entre toutes ces positions qui sont disons les grandes positions de l'univers littéraire qui est le sien à la fin des années 50. Par exemple son refus du roman de l'abjection, de ce qu'elle appelle comme ça....
JD : ... qui est en fait le Nouveau Roman finalement...
PC : ... oui ... je dirais plutôt, moi je le comprends plutôt comme le roman blanchotto-bataillien...
JD : Ouais.
PC : ... disons, quelque chose comme ça. "
Pascal Casanova parle surtout ici du refus de tout groupe et de tout code. Sur ce même sujet, Bessette, dans son interview de 69, évoque Tel Quel. Qu'y a-t-il de mal, concernant les débuts littéraires de Bessette, d'évoquer le Nouveau Roman, cette fumisterie de journalistes paternalistes et de bonhomme agronome ?
De plus, et Pascale Casanova l'évoquait, Julien Doussinault a lui-même écrit un article qui tourne autour de cette comparaison avec le Nouveau Roman et où il s'étonne de l'absence de Bessette sur la photo du groupe : www.humanite.fr/journal/2...
L'un de mes regrets quant à l'émission, c'est que les invités n'ait pas évoqué les influences de Bessette, Ezra Pound et Gertrude Stein (c'est autre chose que les autres références franchouillardes), dont elle s'est revendiqués, et Bergman, d'autant plus qu'elle appellait Le Bonheur de la nuit son "roman bergmanien" et qu'il fut question de théâtralité dans l'émission.
3. Le mercredi 25 octobre 2006 à 15:25, par Berlol :
Cher Grégory, merci pour les transcriptions ! Je vais y recoller une oreille attentive dès que possible ! J'ai pu être trompé par le ton alors que je faisais autre chose... Pour les influences de HB, Pound et Stein notamment, il en était question dans le Surpris par la nuit dont je parlais l'autre jour.
J'aime bien ton "bonhomme agronome" ! Mais il y a des oeuvres superbes qui furent un temps sous cette bannière. Pinget, Ollier, Sarraute, etc., je ne te fais pas la liste. Et Robbe-Grillet ! L'as-tu seulement lu ? "La Maison de rendez-vous" ou "Souvenirs du triangle d'or", par exemple, sont des textes fascinants, et que je ne jetterai pas avec l'eau sale du bain médiatique... La leçon de Léal, c'est qu'on fait parfois fausse lecture, comme fausse route, car on est soi-même sous une autre emprise...
4. Le mercredi 25 octobre 2006 à 22:16, par Manu :
J'aime bien l'excuse sur l'absence d'accents.
Ne peuvent-ils pas trouver un partenaire technique dont l'outil de sondage permette d'écrire en français ? A croire que ça n'existe pas...
5. Le mercredi 25 octobre 2006 à 22:31, par caroline :
Je suis allée sur ce blog des prix littéraires. Démolir Nisard d'Éric Chevillard n'y figure pas. Autre signe qui ne trompe pas que c'est un chef d'oeuvre !
6. Le jeudi 26 octobre 2006 à 01:00, par Berlol :
D'ailleurs, je suis aussi en train de le lire...
7. Le jeudi 26 octobre 2006 à 03:02, par cgat :
le nom "Prix-Littéraires : Le blog", c'est juste parce qu'existait depuis quelques années le site "Prix littéraires" (www.prix-litteraires.net/...)
vive Eric Chevillard en effet : j'ai bien aimé, Caroline, la façon dont vous en avez parlé dans Tout à fait décousu (j'aime bien ce nom de blog aussi)
et la folie de Lol V. Stein est comme pas mal de nos folies humaines : pas vraiment une folie mais plus qu'une folie, un "pli" du réel "issu directement du cerveau" (pour reprendre les termes de Léal) et que Duras sait magnifiquement traduire dans la langue ...
tout à fait décousues mes remarques, mais bon, j'envoie quand même
8. Le samedi 28 octobre 2006 à 10:56, par laure limongi :
... désolée pour le retard de réaction... En effet, il y aurait eu bien d'autres choses à dire sur les influences de Bessette et surtout sur la façon dont elle se déprend de tout rapprochement hâtif. (C'est l'effet radio/débat... une quarantaine de minutes passent en un éclair et on se sent tarte en sortant du studio).
Ma première réflexion sur le Nouveau Roman était maladroite. Je voulais juste dire qu'à une époque ayant connu une certaine "starification" d'écrivains pas toujours faciles à lire, du fait de leur regroupement - qui a fait leur force - , Bessette, elle, était isolée et ainsi beaucoup plus marginale, malgré le soutien de Queneau, Duras, etc.
Je précise en outre que quand Pascale Casanova répond "vous faites un article pour expliquer qu'elle n'est pas sur la photo...", elle s'adresse à Julien Doussinault dont le travail sur Hélène Bessette éclaire cette question.
Bref... tout reste à dire sur Bessette - analyse de ses romans, influences, mélange des genres, présence de la langue anglaise trouant le français, postérité...
9. Le samedi 28 octobre 2006 à 19:18, par Berlol :
Non, non, ne soyez pas désolée. De toute façon, je ne préviens pas les personnes dont je parle, ici ou là. Au sujet de se déprendre des rapprochements, les refuser, je me souviens de certains propos très durs, et parfois inconsidérément prétentieux de Marguerite Duras, qui, dans les années 80, rejetait toute appartenance au groupe du NR. Robbe-Grillet, dans son Histoire diffusée à la radio, en 25 épisodes, rétablissait quelques vérités factuelles, incontestables parce que devant témoin ou documents écrits (comme le titre "Détruire, dit-elle", proposé par lui). Je me demande parfois où va se nicher l'ego des auteurs, hommes et femmes, qu'ils soient de la sorte incapables de faire la part des choses. Pour Bessette, je ne sais pas... Comme vous dites, tout reste à dire... et même pour moi, à lire, tout simplement.
10. Le mardi 31 octobre 2006 à 01:33, par sebastien :
c'est une obsession chez toi les sondages sur les prix.
que d'energie gachee pour tant de futilites
on se croierait au femina...
11. Le mardi 31 octobre 2006 à 01:55, par Berlol :
Futilité, futilité... Et à part ça, tu penses quoi des machines à voter ?
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