Ça doit faire plus d'un mois que je n'ai pas appuyé sur un bouton de climatiseur, ni a fortiori de chauffage. On sent la différence de bien-être (et de facture). En classe, moins d'étudiants s'assoupissent. Et une enrhumée ne contamine pas tous le groupe. Encore deux ou trois semaines comme ça... Au déjeuner, avec David et un collègue bolivien, on discute du Panama et du Nicaragua, côté canal, et je sors ma science historique de la chose (dans mon piètre espagnol), tirée de Pura Vida — Merci, Patrick Deville !

Parfois, Pascale Casanova fait une fixette.
Aujourd'hui (quand j'écoutais les Mardis littéraires d'hier), c'est sur la « photo du Nouveau Roman », expression qu'elle répète pas mal de fois dans le premier quart d'heure, quand ni Laure Limongi, qui venait d'employer cette expression, ni Julien Doussinault ne revendiquaient ou rejetaient l'appartenance d'Hélène Bessette à la mouvance du Nouveau Roman. Plus marginale que Duras ou Butor, si j'ai bien compris, Bessette, peut-être aussi plus imbue d'elle-même, était d'un temps où la création passait par une recherche sur les formes, structures et langages pour déstabiliser le roman traditionnel (ce que le Nouveau Roman faisait aussi, sans pour autant être une chapelle austère).
Or, Pascale Casanova doit savoir cela, et aussi que la méthode du discrédit métonymique (focalisation d'un détail erroné ou ridicule pour faire tomber tout un ensemble), c'est un peu malhonnête, ça peut marcher à l'oral si on n'insiste pas trop, mais ça se retourne contre celui (celle) qui l'emploie à outrance...
Pour le reste, l'émission est bien, très bien, même, grâce aux deux invités déjà cités et aux extraits lus.

« Le plus marrant, c'est qu'au même moment [1992] je rate complètement ma rencontre avec Lola Valérie Stein. Quelle mouche me pique de "refuser" — voilà ce que je pense alors — "tout compromis avec le psychologisme ambiant", où je plaçais Duras ?
[...]
L'eau passe sous les ponts, la bière coule, je deviens généraliste, je travaille à droite et à gauche, j'aime mon métier, souvent je suis célibataire, et un jour j'ouvre à nouveau
Le Ravissement de Lol V. Stein de Marguerite Duras.
Ne dites pas : « fontaine...». Jamais.
Ne me dites pas que certains livres n'aident pas à vivre. Il y a bien sûr le coup de force de nous rendre complice de cette folie. Mais il y a plus qu'un tour d'illusion. Il y a un
pli de langue — je ne sais pas comment l'appeler autrement — issu directement du cerveau.»
(Frédéric Léal, "Les zélé(e)s du désir", dossier "Hélène Bessette" de La Revue littéraire, n°28, automne 2006, p. 104 et 109-110 — J'espère avoir un jour l'occasion de discuter avec F. Léal de cette « folie » de Lola, à laquelle, pour ma part, je ne crois guère, surtout au sens irréversible que donnent les aliénistes à ce mot, mais d'accord, oui, pour le « pli de langue », et même pour la complicité.)

Par Lignes de fuite, je découvre sur Prix-Littéraires : Le blog (quel nom !), un sondage sur le Femina, similaire à celui fort daubé au début du mois chez Livres Hebdo. Sauf qu'ici, le module de vote est inviolable (importé d'un site professionnel, le rechargement de la page n'incrémente pas, et même le changement de navigateur ne permet pas de revoter, sans doute par un cookie ou un contrôle d'adresse IP). Inviolable, au moins côté utilisateur. Car côté concepteur ou hackeur, on n'en sait rien.
C'est d'ailleurs le même problème que pour les machines à voter, et c'est aussi pour cela qu'il faut s'inquiéter très rapidement de l'ensemble du phénomène de collecte réticulaire des opinions, que ce soit pour un magazine débile qui vous demande si vous préférez être beau et riche ou laid et pauvre, ou pour élire un président de la république. En fait, c'est même la répétition de sondages débiles auxquels on répond pour s'amuser et sans que ça n'ait aucune importance qui risque d'installer une absence de vigilance sur de futurs outils e-cybernétiques (l'étymologie de cybernétique étant justement celle de gouverner).
Là, sérieux, j'ai voté pour Mauvignier. On ne pouvait pas voir le résultat avant de voter, et inversement après le vote, on ne peut plus recommencer car seul le résultat s'affiche. Enfin, la question posée est normale : « Pour qui voteriez-vous ? » C'est au conditionnel parce que je ne suis pas membre du jury et cela s'adresse à moi. Alors que la question de Livres Hebdo était, je la rappelle : « Qui aura le Goncourt ? » Où l'on vous demandait d'être Madame Soleil et de prédire le choix du véritable jury.