Train en matinée — j'y rangeais de l'immatériel, vers la fin me délectant de ce bijou d'énergie qu'est encore BBH 75, soudain assoiffé de guitare j'embrayai sur You Shook Me, alors j'entrai dans Tokyo comme dans du beurre... Déjeuner avec T. au Saint-Martin, puis, à trois heures, projection du film OSS 117 (TIFF au Bunkamura Orchard Hall). T. connaît assez bien les travers français (de porc) pour rire des effets parodiques et des blagues potachiques (l'espion de Moscou étalé mort au hammam : « le Soviet éponge »...). Une bonne distraction (sans plus).

Retour à l'Institut pour du sérieux : une visio-conférence avec Robert Badinter (qui est à Censier). Il s'agit de faire savoir que l'abolition de la peine de mort n'est pas une question de degré (degré pénal, degré de souffrance des victimes, etc.) mais de principe d'État. Interrogé par Makoto Teranaka, le directeur d'Amnesty Japon, Badinter ne dit rien de nouveau mais affirme son optimisme malgré les raidissements actuels de quelques grands pays. Il répète que la peine de mort est spécialement contre-productive dans le cas du terrorisme puisqu'elle crée des héros, des mythes et, ce faisant, de nouveaux partisans.
Pour l'instant, le combat abolitionniste ne passe pas au Japon, où l'on prétend que 80% de la population est favorable à la peine de mort. Difficile aussi de lutter contre l'idéologie de la fatalité qui anime sans qu'ils le sachent beaucoup de sujets nippons...
Je constate au passage qu'il n'est plus possible de gouverner aujourd'hui comme en 1981. Même en France, si la sentence capitale avait encore cours, les anti-abolitionnistes feraient un tel raffut pour la conserver qu'il n'est pas certains que l'on (les politiques) jugerait opportun de priver le peuple d'une peine qui lui fait tant plaisir...

On repart (décidément, aujourd'hui, ça y va, les transports en commun !) à la Maison franco-japonaise pour une conférence de Robert Boyer qui traitait des inégalités sociales. Je dis bien traitait parce que nous arrivons beaucoup trop tard, et nous contentons d'honorer l'invitation au cocktail de discussion après, dans les appartements de la directrice, Françoise Sabban. Y retrouvons Brigite, Laurent et Bill et dînons ainsi presque en famille au milieu de gens que nous ne connaissons point et qui ne semblent guère s'intéresser à nous (à moins que les ceusses des domaines économiques et sociaux soient moins salonniers). On lève le camp vers 10 heures.

Retour final et Poil de Carotte — juste jeter les bases de mon cours — car le marchand de sable n'est pas long à passer.

« Cela ne tardera pas. j'ai épuisé mes réserves de patience, d'indulgence, de complaisance. Je n'ai plus de larmes. Il va bien falloir que je migre vers un autre point d'eau. Et qu'elles jaillissent ailleurs : c'est une menace que je formule. J'ai crevé trop de sacs de sable : c'est le désert chez moi.» (Éric Chevillard, Démolir Nisard, p. 46)