Levé à six heures pour m'occuper de lui...
Car Poil de Carotte grandit ; écouter lui donne des idées. L'étude des chapitres Honorine, La Marmite et Réticence, que l'on pourrait regrouper sous le titre La fin d'une bonne, le voit tirer parti de ce qu'il a entendu dire, prendre une initiative couronnée de succès, même si cette réussite lui donne un peu le vertige — puisqu'elle débouche sur le départ de la bonne, après des décennies de bons et loyaux services ! Il est un « instrument de justice » (p. 84) qui rentre dans sa gaine après usage, comme l'écrit Renard qui a construit son texte comme une bombe à retardement : le problème avec Honorine était en prolepse incipitale (« Je parie, dit Mme Lepic, qu'Honorine a encore oublié de fermer les poules »), temporairement résolu par la nouvelle charge de Poil de Carotte. Mais dans La Marmite, ce dernier n'obéit pas à un ordre de sa mère, il ne continue pas à jouer comme si ce qu'il venait d'entendre ne lui était pas destiné : au contraire, pour la première fois il aperçoit l'évidence d'un mécanisme, il vient (en retirant la marmite) brancher le fil sur la bombe que constituent les propos inconsidérés d'Honorine, sachant qu'elle va elle-même la/se faire sauter — en jetant un plein seau d'eau dans le feu, faisant la preuve de son incapacité, rendant inutile toute violence ou même décision de Mme Lepic...

« Je n'ajoute rien, Honorine ; mettez-vous à ma place. Vous êtes au courant comme moi, de la situation ; jugez et continuez. Oh ! ne vous gênez point, pleurez. Il y a de quoi.» (Jules Renard, Poil de Carotte, p. 82)

T et moi au Saint-Martin. Laurent nous rejoint impromptu.
Après ma choucroute et leur poisson, T. retourne à son travail éditorial tandis que Laurent et moi allons écouter Gohara Kai, à l'Institut, faire le point sur les propos de Derrida au sujet de la peine de mort, via Kant et Benjamin. J'arrive tout de même à la suivre une heure durant, grâce aussi à la qualité de la traduction simultanée.
Après quoi, Laurent rentre chez lui, et moi chez moi — les autres exposés, qui durent jusqu'à 20 heures, se feront sans nous, qui avons du travail en retard...

Étonnez-moi, Benoît !
« Alors on en est où, aujourd'hui, précisément, en octobre 2006, sur ce sujet-là ?
— Écoutez, je peux vous répondre sur un point de vue politique et budgétaire. D'un point de vue politique, effectivement, à l'issue des travaux du comité de pilotage qui a permis de dégager un livre blanc et de fixer une feuille de route, l'établissement public est en charge de poursuivre maintenant l'avancée, on va dire déjà avant tout technologique. Et puis également de trouver un moyen de ...
[un mot incompréhensible, peut-être "élaborer"] une réponse à Google, bien sûr, c'est une entente entre l'établissement public et les éditeurs pour régler la question du livre numérique de demain qui est un enjeu fondamental. Et la réponse budgétaire, eh bien, c'est une enveloppe à la demande de l'établissement de 10 millions d'euros qui vont lui être affectés pour que la politique soit concrétisée budgétairement.» (Tout arrive, le 26 octobre 2006)

Si cela vous donne une once d'espoir sur l'avenir du projet de bibliothèque numérique européenne, la suite de l'entretien avec Benoît Yvert est là !... Et le reste est à l'avenant (seul Daniel Martin semble récalcitrer et sauver quelque chose). Comment n'y pas voir du foutage de gueule ? À moins d'être totale naïve (ou d'avoir des vues sur un boulot). En matière d'édition, et notamment d'édition littéraire, des tonnes et des tonnes de déceptions sont toujours prêtes pour les cargaisons de nouveaux diplômés.
S'il faut savoir faire des bruits creux comme ça avec sa bouche pour devenir directeur du livre au ministère, je suis bien tranquille que ça ne m'arrivera jamais. Je préférerais me prostituer que d'avoir à parler de la sorte !
Et s'il vous reste un peu de temps, la seconde partie de la même émission, avec Yves Ravey et Marc Weitzmann, est écoutable, nettement moins LQR de poudre aux yeux de langue de bois d'arbre en copeaux et sciures...