lundi 30 octobre 2006
Tirer sur une cordelette
Par Berlol, lundi 30 octobre 2006 à 23:59 :: General
Déjeuner avec Manu, comme d'habitude dans ce repaire d'espions qu'est devenu
le Champ de Soleil, près Kanda. On prend du
waterzooï de poulet
— si c'est pas exotique, ça, hein !
On se croirait en juillet, j'ai remis une chemisette !
Je rentre en faisant des courses pour le dîner et me remets au boulot.
Le soir, on regarde quelques épisodes de la série 24 Heures, saison 5.
Ça va faire bisquer, en France... Mais je ne dirai rien.
Les détails qui suivent, insérés entre deux épisodes de la nouvelle relation
(avec Éric, l'acteur), considérée comme sincère, celle-là, permettent de
comprendre la stratégie littéraire de Christine Angot, et pourquoi elle a placé
en tête du livre le repoussoir banquier, panneau de vulgarité dans lequel bien
des critiques en vue sont déjà tombés.
Et que l'on ne me dise pas que cette écriture n'est pas travaillée, ou qu'il
n'y est pas question avant tout de lutte des classes ! (La petite cuillère me
rappelle d'ailleurs une célèbre fenêtre à ouvrir, si quelqu'un voit ce que je
veux dire...)
« Avec le banquier, j'avais toujours eu honte de cette chambre, qui ne
répondait pas à ses exigences. Il se plaignait que la salle de bains était
froide, il n'y avait pas de radiateur mais un infrarouge qu'on allumait quand
il faisait froid et ça chauffait en moins d'une minute. Je lui disais : mais,
tire sur la cordelette, tu vas voir ça va chauffer tout de suite. Il ne le
faisait pas, il préférait se plaindre du froid. Ou alors peut-être qu'il ne
savait pas tirer sur une cordelette, il ne préparait presque jamais son petit
déjeuner lui-même, peut-être qu'il ne savait pas tirer sur une cordelette. Je
l'avais vu une fois demander à son gardien à la campagne de lui apporter une
petite cuillère qui était à deux mètres de sa main, alors qu'elle était à cinq
ou six mètres du gardien lui-même, qui avait dû traverser tout la pièce en
diagonale pour aller chercher la cuillère devant le banquier, qui n'aurait eu
que deux pas à faire. À propos de ce gardien, il m'avait dit : tu seras
gentille avec Joël, c'est quelqu'un d'important pour moi.
[...] demandant des nouvelles de je ne sais qui et en donnant aussi de ses amis
à lui que Joël connaissait, pour les avoir servis dans cette maison du Var, de
vacances, vers laquelle nous roulions, et qui l'été se transformait quasiment
en hôtel, comme Jean-François Mausen, vous vous souvenez Joël, eh bien, il
vient d'être nommé président de Auchan, c'est formidable, c'est formidâble, il
avait les â caractéristiques, (c'était formidable pour lui parce qu'il devenait
son banquier, le chiffre d'affaires d'une boîte comme Auchan était évidemment
énorme) mais il ajoutait à l'intention de Joël, pour se mettre à son niveau :
on pourra demander des réductions. Il ne devait donc entrer que dans des pièces
chauffées à l'avance.» (Christine Angot, Rendez-vous, p. 87-89)