Tirer sur une cordelette
Par Berlol, lundi 30 octobre 2006 à 23:59 :: General :: #439 :: rss
Déjeuner avec Manu, comme d'habitude dans ce repaire d'espions qu'est devenu
le Champ de Soleil, près Kanda. On prend du
waterzooï de poulet
— si c'est pas exotique, ça, hein !
On se croirait en juillet, j'ai remis une chemisette !
Je rentre en faisant des courses pour le dîner et me remets au boulot.
Le soir, on regarde quelques épisodes de la série 24 Heures, saison 5.
Ça va faire bisquer, en France... Mais je ne dirai rien.
Les détails qui suivent, insérés entre deux épisodes de la nouvelle relation
(avec Éric, l'acteur), considérée comme sincère, celle-là, permettent de
comprendre la stratégie littéraire de Christine Angot, et pourquoi elle a placé
en tête du livre le repoussoir banquier, panneau de vulgarité dans lequel bien
des critiques en vue sont déjà tombés.
Et que l'on ne me dise pas que cette écriture n'est pas travaillée, ou qu'il
n'y est pas question avant tout de lutte des classes ! (La petite cuillère me
rappelle d'ailleurs une célèbre fenêtre à ouvrir, si quelqu'un voit ce que je
veux dire...)
« Avec le banquier, j'avais toujours eu honte de cette chambre, qui ne
répondait pas à ses exigences. Il se plaignait que la salle de bains était
froide, il n'y avait pas de radiateur mais un infrarouge qu'on allumait quand
il faisait froid et ça chauffait en moins d'une minute. Je lui disais : mais,
tire sur la cordelette, tu vas voir ça va chauffer tout de suite. Il ne le
faisait pas, il préférait se plaindre du froid. Ou alors peut-être qu'il ne
savait pas tirer sur une cordelette, il ne préparait presque jamais son petit
déjeuner lui-même, peut-être qu'il ne savait pas tirer sur une cordelette. Je
l'avais vu une fois demander à son gardien à la campagne de lui apporter une
petite cuillère qui était à deux mètres de sa main, alors qu'elle était à cinq
ou six mètres du gardien lui-même, qui avait dû traverser tout la pièce en
diagonale pour aller chercher la cuillère devant le banquier, qui n'aurait eu
que deux pas à faire. À propos de ce gardien, il m'avait dit : tu seras
gentille avec Joël, c'est quelqu'un d'important pour moi.
[...] demandant des nouvelles de je ne sais qui et en donnant aussi de ses amis
à lui que Joël connaissait, pour les avoir servis dans cette maison du Var, de
vacances, vers laquelle nous roulions, et qui l'été se transformait quasiment
en hôtel, comme Jean-François Mausen, vous vous souvenez Joël, eh bien, il
vient d'être nommé président de Auchan, c'est formidable, c'est formidâble, il
avait les â caractéristiques, (c'était formidable pour lui parce qu'il devenait
son banquier, le chiffre d'affaires d'une boîte comme Auchan était évidemment
énorme) mais il ajoutait à l'intention de Joël, pour se mettre à son niveau :
on pourra demander des réductions. Il ne devait donc entrer que dans des pièces
chauffées à l'avance.» (Christine Angot, Rendez-vous, p. 87-89)
Commentaires
1. Le lundi 30 octobre 2006 à 09:19, par vinteix :
Interressant - je parle du billet de Chloé Delaume... mais l'émission "Les mots de minuit" dont elle parle avec tant d'enthousiasme ne doit être celle que j'ai pu voir à quelques occasions... au passage, j'avais vu celle qu'elle mentionne avec Guyotat : consternant ! Guyotat n'y a rien dit... paraissait s'emmerder... et pour cause, pour qu'il y ait une petite épaisseur de dialogues, encore faut-il un interlocuteur "intéressant", des questions pertinentes, un dialogue... Lefait ne fait que lire des extraits de textes et pose des questions plates, banales ou alambiquées mais creuses... Franchement, c'est un autre bouillon de culture qui se la joue nectar... à minuit... mais au rabais.
2. Le lundi 30 octobre 2006 à 13:13, par cgat :
ah les questions de Lefait ! ... tout à fait d'accord avec vous, Vinteix : qu'on nous rende Laure Adler ! les moments que j'aime bien dans cette émission quand il m'arrive d'y passer sont ceux où les invités, seuls ou à plusieurs, se moquent ouvertement du présentateur ; mais c'est hélas assez rare et le plus souvent ils se contentent d'être interloqués
3. Le lundi 30 octobre 2006 à 13:14, par brigetoun :
intéressants, je parle des passages de Angot - ça me donne envie de le lire (surtout le second, j'entendais le bonhomme)
4. Le lundi 30 octobre 2006 à 14:14, par Berlol :
Vinteix, dans le passage que je cite, Chloé parle de Taddéï. Il s'agit donc de l'émission "Ce soir ou Jamais" dont j'ai déjà maintes fois parlé depuis cinq semaines (je crois) qu'elle a commencé. D'ailleurs, d'autres en parlent :
"Une émission culturelle quotidienne sur une grande chaîne nationale, il fallait y penser. Ou peut-être ne fallait-il pas y penser ? Il était à la peine, les premiers soirs, Frédéric. Mais ce garçon a beaucoup de qualités intellectuelles, notamment le courage. Il a pris le taureau de l'Audimat par les cornes du téléspectateur. Moins «Bouillon de culture», plus «Tout le monde en parle». Il faudrait peut-être un peu de Cauet. Attention aussi à ne pas se laisser déporter dans les mois à venir, au-delà de minuit, comme c'est arrivé à trop d'émissions culturelles. Après le journal, il y a la pub, et après la pub, le Keno, et après le Keno, l'annonce des prochains programmes de France 3 : ça nous met à 23 h 35, ce qui commence à faire un peu tard. Le cercle de minuit et demi. Ou quarante-cinq.
Frédéric a plaidé pour l'engagement des intellectuels, leur reprochant notamment de ne pas intervenir dans le drame du gymnase de Cachan. Ses invités - Rony Brauman, Christophe Bourseiller, Stéphane Hessel, Djamel Bouras - se sentaient du coup pas intellectuels. Frédéric, antimarxiste notoire et virulent, a même eu le culot de leur citer Sartre en exemple ! Tout ça pour embêter BHL, qui n'a pas daigné quitter son palais de Marrakech ou son palace de Saint-Paul-de-Vence pour honorer de sa présence des manifs pour les expulsés de Cachan, où se sont illustrés Josiane Balasko, Richard Berry et Jamel.
J'ai préféré le second débat, peut-être parce qu'il y avait dedans Chloé Delaume, le plus grand écrivain français vivante. Quand elle se tait, on ne voit qu'elle. Quand elle parle, tout le monde se tait. Le fils Karmitz ressemble à son père, sauf qu'il produit des jeux vidéo. Il s'appelle Nathanaël. Nathanaël, quand aurons-nous brûlé tous les jeux vidéo ?" (Patrick Besson dans le Fig Mag du 13/10)
5. Le lundi 30 octobre 2006 à 17:36, par vinteix :
oui, oui, j'avais bien compris... J'en ai d'ailleurs parlé aussi, notamment à propos de Sollers-Onfray... là, m'étant laissé guidé ("le reste du billet est passionnant")je faisais juste une remarque concernant l'émission "Les mots de minuit" dont C.Delaume fait la louange dans la suite de son billet.
Autre chose que je lis à présent :"Chloé Delaume, le plus grand écrivain français vivante" ! Y'en a qui y vont pas avec le dos de la cuillère !
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