Journal LittéRéticulaire

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jeudi 30 novembre 2006

Quelle belle blog brochette !

Fi-ni ! C'est fini ! Six mois de préparation en mode mineur, plus un mois en mode intensif avec option semaine élagage, pour préparer 30 minutes d'Effets d'intime dans l'écriture réticulaire !
Et ce, le jour où l'hiver se décide à nous tomber sur le rable. Et Méchamment, encore. J'étais à l'arrêt du bus 89 à 8h45, sous un couvercle entièrement gris et bas — à vrai dire, un temps de fin-novembre. Puis sur l'esplanade de la BnF à 9h20...

La suite au prochain épisode (C'était histoire de poster quelque chose, quoi !...).

Le surlendemain (une première dans la tenue du JLR)...
Je m'aperçois bien sûr que comme à chaque fois qu'il y a ce genre d'événement, il m'est impossible d'en faire un compte rendu. D'abord parce que l'honnêteté me pousserait à entrer dans des détails de restitution qui prendraient à être écrits plus de temps qu'il n'en ont pris à être vécus. Et qui me demanderaient en outre des efforts de mémoire que je ne puis fournir. La transcription des enregistrements serait alors nécessaire pour être fidèle à ce qui s'est dit... Mais alors pourquoi recourir à la transcription si l'on peut diffuser l'original ?...
Or une telle diffusion, que d'aucuns pourraient dire sauvage ou illégale et que pour ma part je trouverais simplement démocratique, n'est pas prévue par ce qu'il est convenu d'appeler au Japon dans le cadre des invitations officielles la puissance invitante. J'aurais donc des gants à prendre.
Une autre solution consisterait, comme je l'ai un peu fait à Cerisy l'an dernier, à chroniquer les à-côtés, les anecdotes marginales, le climat. Mais comme je l'ai déjà fait...

Ou bien à attaquer bille en tête. Philippe Lejeune, Françoise Simonet-Tenant et Claire Paulhan pour avoir pris trop de temps. Catherine Viollet pour avoir pensé jusqu'à la fin que la salle allait la manger, ce qui faisait sa langue hésiter et son débit cahoter. Philippe Artières pour avoir présidé débraillé et pour avoir été injuste avec la troisième intervenante après avoir été laxiste avec les deux premiers — mais remarquable aussi dans les propos de transition, et noble de sa part d'avoir renoncé à son intervention à cause du retard pris (sachant qu'il sera invité prochainement à une autre conférence à la BnF). Moi-même pour ne pas m'être spontanément présenté à Philippe Lejeune (et l'occasion ne s'est plus présentée, et son départ précipité...). Mais rien là de grave ou d'irrémédiable.
Alors plutôt remercier : l'équipe d'organisation et les personnes qui ont pensé à moi, à me proposer de venir, de si loin ; les personnes qui m'ont encouragé à ne pas faire un exposé carré, et qui m'ont soutenu quand je pataugeais dans l'océan saumâtre des blogs dits intimes ; les autres intervenants de qui j'ai appris somme toute pas mal de choses (d'où l'intérêt d'écouter les autres, dans un colloque, et de ne pas seulement venir faire sa communication et repartir comme on le voit trop souvent — sont-ils tellement occupés ou imbus d'eux-mêmes ceux qui n'entendent pas écouter les autres ?).

Déjeuner (privé).
Puis au café, toujours à l'intérieur de la BnF, on retrouve Sereine Berlottier, Laure Limongi, Philippe De Jonckheere, dans la salle Isabelle Aveline, Cécile, Nathalie, Constance. Mais pas Marguerite, tiens...

Bon exposé d'Oriane, qui aurait mérité d'être un peu plus long.
En ce qui me concerne, connexion très rapide en effet, qui donne de la fluidité à mon intervention. Juste dommage qu'on n'ait pas le son, cela m'oblige à narrer la séquence finale (Philippe dit que c'est encore mieux comme ça...).

Beau débat qu'essaie d'animer Antoine Perraud comme si c'était un feu Tire ta langue — et il s'en tire bien, si je puis dire... Des lignes de fracture se manifestent entre deux types de pratiques que je ne peux me résoudre à séparer en deux mondes — nous sommes tous dans le même (bateau). Des cultures, des pratiques, des métiers, des obligations et des addictions nous font, chacun d'entre nous, être de mêmes groupes et de groupes différents. Ainsi Sylvie Gillet et Philippe De Jonckheere qui manifestent des pratiques peu conciliables, plutôt qu'ils n'appartiennent à des mondes différents, si l'on voit la nuance.
Malheureusement, il n'a pas été ménagé au préalable un moment d'intimité entre les futurs débatteurs (comme je l'ai fait avec Laure et Philippe), temps d'un cernement et d'une mesure de l'autre qui permet souvent d'éviter les malentendus d'une parole cueillie à froid — ce qui ne manque pas d'arrivée. Et le débat sur l'intime passe derrière une lutte verbale entre des pratiques qui se clivent pour se différencier, se défendre, se faire exister, en dépit du sens profond de la parole de l'autre. Bref, Sylvie Gillet jette des pavés en croyant lancer des gravillons, elle finit malencontreusement une phrase en parlant d'état solide de l'écriture, pour le livre et son métier d'éditrice, forcément opposé à des états liquide et gazeux, ce que Philippe prend à raison pour lui présentement... Et vogue la galère.
On entendra cela ultérieurement, si j'obtiens le droit de diffuser.

Pendant que T. passe la soirée chez un émérite professeur dixseptiémiste, je me retrouve dans l'entrée de l'auditorium avec Cécile, Laure, Christine, Isabelle, Constance et... Philippe De Jonckheere (mais aucun des intervenants éditeurs...). Prenons le RER pour Châtelet et allons boire un coup en terrase fermée du Père Fouettard (où j'allais un peu dans ma jeunesse, les années 80), qui se transforme moins d'une heure après en dîner à cinq à l'intérieur (bonne entrecôte, en ce qui me concerne). On refait la journée, on règle des comptes, on s'esclaffe, on se met à la place des autres pour faire mieux qu'eux, bref, on décompresse. Quelle belle blog brochette !

J'ajoute ici le programme car il n'est pas sûr du tout que le site BnF — comble — conserve cette page... Au passage, je l'ai rectifié pour qu'il corresponde précisément à la journée que nous avons réellement vécue.

Bibliothèque nationale de France / Journée d'étude / Les ateliers du livre :
Jeudi 30 novembre : « Éditer l'intime ? »

L'explosion des blogs a donné ces dernières années une dimension nouvelle à la publication de "l'intime".Cette journée d'étude se propose d'apporter un éclairage historique sur ce phénomène, en se demandant quand et pourquoi l'envie d'écrire un journal intime est née, et quelles sont les caractéristiques propres à cette écriture. Elle retracera l'évolution de l'édition des journaux intimes, en présentant la démarche scientifique propre à ce type de publication. Elle s'interrogera sur ce qu'a changé, avec l'apparition d'internet, le passage du cahier à l'écran et sur la surexposition de l'intime qui en résulte. Une table ronde permettra enfin de débattre des effets du dévoilement de l'intime et du passage de l'écrit vers l'écran, du livre au blog .

Matinée : Éditer l'intime aujourd'hui
Présidée par Philippe Artières, chercheur en histoire, CNRS/IIAC (Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain) - EHESS

9h30 : Comment l'intimité est venue au journal
Par Philippe Lejeune, co-fondateur de l'Association pour l'autobiographie

10h15 : Tenir un journal intime (1830-1980)
Par Françoise Simonet-Tenant, maître de conférences à l'Université Paris XIII

11h15 : Editer des écrivains morts
Par Claire Paulhan,éditrice spécialisée dans la littérature autobiographique et l'histoire littéraire du XXe siècle, IMEC (Institut Mémoires de l'édition contemporaine) et journaliste au Monde des Livres

11h45 : Diaristes russes francophones (XVIIIe - XIXe siècles)
Par Catherine Viollet, chargée de recherche à l'Institut des textes et manuscrits modernes (CNRS-ENS)

Après-midi : L'explosion du phénomène des blogs « intimes »

14h30 : Du cahier à l'autopublication en ligne : métamorphoses du journal personnel
Par Oriane Deseilligny, docteur en sciences de l'information et de la communication, pôle des Métiers du livre de Saint-Cloud, Université Paris X

15h00 : Effets d'intime dans l'écriture réticulaire
Par Patrick Rebollar, maître de conférences, Université Nanzan (Nagoya, Japon)

15h30 : Du cahier à l'écran : qu'est-ce que ça change ?
Table ronde animée par Antoine Perraud, journaliste
Avec Philippe De Jonckheere, auteur du site Le désordre ;
Sylvie Gillet, éditrice, éditions Calmann-Lévy ;
Laure Limongi, écrivain, directrice de la collection "laureli" aux Éditions Léo Scheer ;
Richard Figuier, éditeur en sciences humaines et sociales.

mercredi 29 novembre 2006

Faire sommaire (ou sommeil)

Je n'y arrive plus, là. Je vais faire sommaire (ou sommeil).
Très tôt le matin : fin de préparation de ma communication.
Et j'imprime.

Répétition de la manœuvre pour T. qui ne viendra qu'en fin de matinée à la BnF demain : bus 89 à Cardinal Lemoine jusqu'au terminus. Descendons, entrons et visitons le Petit Auditorium en coup de vent.
Traversons la Seine par la passerelle ensoleillée Simone de Beauvoir puis prenons le 24 jusqu'au Pont d'Austerlitz, grâce à l'enseignement de Christine en septembre, enfin à pied jusqu'à la rue de Sévigné pour retrouver Marguerite, notre Marguerite revenue du Japon depuis quelques mois, dans un restaurant sans enseigne ni carte extérieure, l'Osteria, au 10 de ladite rue.
Cuisine italienne vraiment bonne, et note un peu salée, mais quel bon moment ! Dans notre petite intimité à trois, un sommet de ce voyage.
Vers 15h30, je vais chercher Bikun qui m'attend à Saint-Paul et le ramène pour prendre un café avec nous.
Marguerite nous quitte pour prendre le métro à Saint-Paul, après nous avoir fait visiter la cour de l'hôtel de Beauvais, d'où Mazarin vit entrer Louis XIV dans Paris en 1660, écrit-on, ce qui fait frémir T. d'aise — mais ça n'a rien dû lui dire de bon, au cardinal, parce qu'il est mort dans l'année, le pauvre...
Allons voir les épices chez Izraël, manière de clôre la promenade de l'autre jour avec Dominique Meens — de qui j'ai justement un courriel ce soir pour me rappeler qu'il y a le troisième volet de son adaptation radiophonique de l'Ornithologie du promeneur ce soir dans Surpris par la nuit. C'est-à-dire exactement maintenant pendant que j'écris...
Mais, hélas, décidément, cette semaine, toujours pas de temps pour la littérature...
Marche avec T. et Bikun dans la lumière déclinante, lune montante, ponts de l'île Saint-Louis, jusqu'à la Sorbonne. Puis T. et moi seulement en bus jusqu'à la Bagagerie, rue du Four, où elle a repéré un sac-valise au format bagage en cabine. Puis un coup de 63 qui se transforme en 27 vers Saint-Michel pour aller faire nos courses chez Kyoko, rue des Petits-Champs (ainsi est-on prêt pour le nabe de vendredi soir).
Retour chargé.

mardi 28 novembre 2006

Un bout par ci...

Déjà ! (Cette fois, Philippe a gagné !... Mais l'avant et l'après viendront demain.)

Le lendemain soir...
C'est une journée où je reçois des livres. Celui de Jean-Philippe Toussaint et celui d'Henri Meschonnic. Une belle journée, avec des amis aussi. Et pourtant, venant du fond de moi, de l'énervement. Celui de rater des bus qui m'auraient fait gagner du temps, d'avoir marché en n'en voyant pas arriver et d'en voir un se pointer quand je suis loin de l'arrêt — et encore trop loin de l'arrêt suivant. La tentation d'aller plus vite se retourne contre moi. Puis plus tard, l'énervement par des restaurants qui utilisent un répondeur téléphonique ou qui gardent porte close jusqu'à l'heure du service.

Ça commence avec le Balzar, en face de la librairie Compagnie. Je devais y réserver une table mais c'est complet pour ce soir. Passage chez Minuit, rue Bernard Palissy, vieil escalier, pièces meublées comme dans un film d'époque, mais une bonne ambiance, discrète. J'y viens pour la première fois et parce qu'on m'y a invité à passer retirer mon exemplaire numéro 8 de la Mélancolie de Zidane, avec photo couleur de l'auteur et dédicace signée... Je rate l'occasion d'emporter un grand panneau avec deux photos du stade de Berlin par Toussaint, déjà encollées sur un support rigide. On me le proposait et j'ai bêtement répondu que je n'aurais pas la place dans l'avion — réponse que je regrette dans les secondes qui suivent.

Retour fissa dans le cinquième pour déjeuner avec Laure Limongi et Philippe De Jonckheere aux Fontaines, rue Soufflot. Il m'attendait sur les marches, elle arrive juste après. On prend la même chose, une assiette gourmande. Et comme je faisais remarquer au serveur que ma tranche de foie gras était plutot riquiquie par rapport à celle des deux autres, il nous rapporte trois tranches correctes... Mêmes cadeaux dans la conversation, que ce soit sur l'intime (on révise pour jeudi), sur la photographie ou sur Léo Scheer. Et s'il pleut un peu quand on sort, on s'en fout. Pour plus ample informé, voir Philippe...

Plus tard dans l'après-midi, je galère encore pour trouver un restaurant pour le dîner. Ce sera le Berthoud, rue Valette. Dîner avec les Meschonnic. Henri m'a apporté sa Dame d'Auxerre. Ayant bien retenu de quoi il s'agissait grâce à France Culture, un Tout arrive où il était invité en compagnie de Michel Onfray, nous pouvons débattre de l'historicité des commentaires d'archéologues et de ce que ça révèle de chaque époque. Puis il sera question de dépoussiérer Saussure, sujet également d'actualité. De choses plus personnelles aussi, évidemment, comme la santé, les fois où l'on s'est raté, la soutenance de T., des nouvelles des amis.
Mais encore une fois, je le félicite pour Célébration de la poésie, qui vient d'ailleurs de sortir en poche. Dans cinquante ans et plus, quand on voudra savoir ce qu'il en était de la poésie vers la fin du vingtième siècle, c'est un des livres que l'on consultera.

lundi 27 novembre 2006

Qui peut dire qu'il est allé pisser chez Cartier, rue de la Paix ?

Matinée travail et téléphonages, mais pas de réponse de la BnF pour mes tests techniques...
T. est un peu dérangée par les changements d'horaire et de nourriture, elle doit réduire ses ambitions de sorties et de profusion culinaire. Il y a cependant des incontournables, ou devrais-je dire des inévitables, comme le rendez-vous paternel, fixé cette fois à Châtelet à 12h30. Dans une pharmacie, T. expose son cas au pharmacien qui lui prescrit du Spasfon-Lyoc et du citrate de bétaïne de chez Upsa (et ça va marcher, au grand soulagement de T. qui pourra bien profiter de cette belle journée ensoleillée, même si elle se couchera avant neuf heures sans dîner).
Allons près de la place des Innocents, à la pizzeria Enio (j'ai dû y avaler en diverses compagnies une quinzaine de pizzas parmi toutes les pizzas de ma vie). Mais aujourd'hui, changement de programme, on évite le pain qui fait grossir — on lui préfère la bonne huile d'olive qui fait (moins) grossir : cœurs d'artichauts et de palmiers, veau milanaise, calamars frits et spaghettis tomate, suivis de desserts quand même.
Pendant notre discussion à trois, nous suivons du regard le manège d'un individu à imperméable, d'apparence japonaise, qui fait les cent pas au coin de la rue, répond moshi moshi au téléphone portable (j'ai lu sur ses lèvres), plus tard accueille d'autres étrangers, taïwanais ou philippins, avec lesquels il entre au Bistro Romain, dont il ressort seul une minute après pour attendre de nouveau au coin de la rue... On lui prête une existence barbouze, on simule ses paroles téléphonées ambiguës.

Marchons dans le quartier, faisons photos et vidéos rue Blaise Cendrars et allée Aragon (ce sera la touche littéraire du jour), petit à petit jusqu'à la rue des Petits-Champs. Comme il doit voir l'ouvrier qui change ses papiers aux murs, nous laissons mon père à l'entrée Nord du Palais-Royal, dans la galerie de Beaujolais. Nous continuons mais devons changer nos plans...
Chez Cartier, rue de la Paix, où T. veut changer un vieux bracelet de montre. J'en profite pour aller aux toilettes. Qui peut dire qu'il est allé pisser chez Cartier, rue de la Paix ? Moi.
Chez Old England où je veux des gants noirs, solides et pas fourrés. J'avais failli en acheter le 9 septembre, quand il faisait froid, mais j'y avais renoncé en voyant le soleil revenir...
En fait, on voulait acheter du kombu chez Kyoko, rue des Petits-Champs, mais c'est fermé le lundi. On passe voir quand même aux Galeries Lafayette, mais c'est trop luxueux et bordélique, on renonce. Retour par RER et métro, à l'heure de pointe, une expérience existentielle.

De retour à mon ordinateur, je constate que la BnF me propose un rendez-vous technique demain. Bon, on va arranger ça. Divers autres coups de téléphone, certain(e)s s'y retrouveront. On se verra demain, ou après-demain. Quand j'aurai le temps de mettre liens et photos...

dimanche 26 novembre 2006

Tout ce bleu pendant qu'il est là

Rarissime petit déjeuner avec gâteaux d'anniversaire.
Rédaction du billet d'hier au milieu des conversations matinales, des photos à montrer, des rangements de la veille...
qui a duré jusque fort tard sans que cela ne dérange le moins du monde notre sommeil.
Traversée du Jardin des Plantes.
Serait-on au Japon ? Quels sont ces kakis que des corbeaux se croassent ?
Et ce dragon de recyclage ? Celui que je n'avais pas vu de près en août (alors qu'à l'autre bout du Jardin des Plantes, le dragon de Nikki n'y est plus...), voici que ses yeux lancent des flammes pour nous qui profitons de tout ce bleu pendant qu'il est là.
Train à Austerlitz. C'est plus propre qu'il y a deux ou trois ans.
Déjeuner en famille, tout le monde est très en forme.
T. montre des vidéos sur sa caméra. Ma sœur cadette recopie des caractères chinois avec une étonnante facilité. Notre grand-mère porte fièrement ses quatre-vingt-six ans. Mes parents ont une nouvelle voiture.
Bref, tout roule... jusqu'à Notre-Dame où ils offrent de nous déposer.

Une heure de repos et on repart, avec Michel chez notre maître, Henri Béhar, à Versailles. Des bouchons dans le 13e arrondissement, des bouchons sur le périphérique, des bouchons sur l'autoroute... C'est quoi, ce dimanche soir ?
Autre lieu, autres paroles.
Il sera beaucoup question de la tournée américaine que notre hôte vient d'achever brillamment, du bon accueil qu'il a reçu en allant y causer du Surréalisme. Du Colloque des Invalides auquel nous serons plusieurs à nous rendre vendredi, y compris Jean-Pierre Goldenstein. De Paul Ricœur, de qui Catherine Goldenstein était très proche. De Litor et de Mélusine, un peu. De blogs, presque pas.

samedi 25 novembre 2006

Décrochage d'une grande marmite

Il se trouve, on est bien tombé, que c'est l'anniversaire de notre hôtesse et qu'il y aura bal, ou tout au moins soirée causante ce soir. T. et moi nous proposons pour aider à la manœuvre dînatoire.
Boucherie près des arènes pour retirer une commande de trois kilos de viande de bœuf.
Courses rue Mouffetard, sous petite pluie.
Passage chez Marrionaud pour profiter d'offres promotionnelles.
Dans la boutique voisine, une fontaine de chocolat.
Retour avec un plein chariot d'haricots rouges.
Photo d'avortement mural rue de l'Épée.
Décrochage d'une grande marmite, T. épluche des oignons, je coupe des poivrons, Titine verse la viande, les haricots, les épices, bref, compose le chili con carne du soir.

Déjeunons puis allons nous promener. Il y a étonnemment de monde. Alors que T. n'avait jamais vu cette ville en cette saison qui n'est pas touristique, j'avais pour ma part oublié Paris empli de ses parisiens mêmes le samedi.
Rue Soufflot, réduction dans la boutique de dévédés, j'achète un film pour un futur cours et T. m'offre Sin City qu'elle aime beaucoup et que je n'ai pas encore vu.
Rue de Buci, à la bonbonnière, deux gâteaux pour ce soir nous tapent dans l'œil. Nous les faisons mettre de côté.
Rue de Seine, T. repère une boutique Kusmi, blanche, étroite, pleine de boîtes, offrant dégustation, une maison de thés en plein développement. On reviendra un autre jour, quand il y aura moins de monde...
Boutique du SCEREN, on est très content de trouver des atlas historiques de la France.
Dans un café au coin de la rue de Rennes et de la rue Cassette, prenons un thé en zone non-fumeur, très sympa. Par la fenêtre, on voit cinq ou six fois qu'une voiture essaie d'entrer dans une place de stationnement visiblement trop petite pour tous... Esclavage voiturier du samedi.
Retour par des rues moins populacières, retrait des gâteaux et retour.

On installe.
Il y a ce moment merveilleux où tout est prêt et quand personne n'est encore arrivé.
La suite est d'ordre intime... et en plus, c'est pas chez nous.
Mais c'est très instructif pour T., jusqu'au moment où on est trop fatigué... On ne peut même pas attendre jusqu'aux bougies.
On se couche lamentablement. Mais qu'est-ce qu'on dort bien !

vendredi 24 novembre 2006

Même les pieds sentent le chèvre et le tarama...

J'y reviendrai. On y reviendra. D'où on vient. Mais aussi comment ça s'est passé. Ou comment rien ne s'est passé, pourrait-on dire, quand tout se passe bien. Du dernier regard nippon sur des écoliers entrant innocents dans l'antre de la guerre à ma tête qui s'effondre toutes les vingt secondes actuellement devant l'écran...

Ce n'est que beaucoup plus tard que je peux  écrire avec une tête qui tient droite. Je revois cette belle lumière sur le parvis de la gare de Tokyo, les ascenseurs qui mènent au troisième sous-sol d'où part le train pour Narita, les deux pipelettes sexagénaires derrière nous, ma surprise quand je m'aperçois que je n'ai plus le billet électronique de T., imprimé par mes soins, et posé tout à l'heure sur mon bureau quand le taxi a sonné — mais je lis sur le mien que seule compte l'information enregistrée dans les ordinateurs de la compagnie ANA, ce dont nous nous assurons dès l'arrivée dans le hall de l'aéroport, terminal 1, aile Sud, auprès d'une employée qui imprime pour T. un récapitulatif, ouf. Nous faisons faire en deux minutes des cartes de milleage puis nous dirigeons vers les bornes d'enregistrement des bagages, où une autre employée nous assiste, retrouve les places déjà réservées, explique l'émission des cartes d'embarquement et nous libère moins de cinq minutes après notre entrée dans la zone. Passage sous le portique de détection sans rien repérer de dangereux sur nous, passage au contrôle des passeports sans arrestation. Et hop : une heure et demie dans le dangereux univers du shopping ! (On restera raisonnable, tout de même.)

Vu dans l'avion, et parce que c'est dans l'avion : Tokyo Drift, film dérapant de simplicité ; Pirates des Caraïbes 2, je somnolais la première moitié, après c'est comique comme du Jackie Chan ; Click, pour ne pas zapper sa vie. On n'arrive pas à vraiment dormir. Rencontré dans l'avion, discussion debout près d'une porte, histoire de passer une petite heure, Pascal Griolet, de retour d'un voyage d'études de compagnies théâtrales ambulantes, connu il y a près de dix ans quand il avait pris l'intérim de la Maison franco-japonaise. Atterrissage ('tain, 2 t 2 r 2 s...) sur piste mouillée mais ni fast ni furious. Et surtout — c'était l'attente essentielle, le risque de série des emmerdes — les valises sortent, et normales, du troufignon mécanique.
Taxi courtois et bavard, ça tombe bien il y a des bouchons. Mais on est place Monge vers 18h30, sous une bruine rafraîchissante. Première promenade, qui nous mène chez un fromager et chez le traiteur grec — même les pieds sentent le chèvre et le tarama...

jeudi 23 novembre 2006

Affaire à une ingrate

Belle prise de judo — quand c'est pour la bonne cause, celle de la recherche : demander à quelqu'un qui avance des chiffres d'en fournir la preuve. S'il répond, cela l'honore. S'il ne répond pas... Bec dans l'eau. Nous aviserons...

Jeudi à trois cours, plus derniers préparatifs. Mais tout se passe très bien et j'arrive sain et sauf vers 21h30 à la soupe que T. m'a préparée. Et pour finir les valises...

Au séminaire de cinéma, avec Tanguy, deux figures de style isolées et étudiées.
Une mise en abyme : dans la classe de chinois, un élève de Tanguy lit la traduction qu'il a préparée et qui décrit taoïstement le caractère de Tanguy (Celui qui a & b, celui qui c & d, celui-là, on l'appelle le sage — quelque chose dans le genre), alors même que les parents de Tanguy s'acharnent à lui rendre la vie impossible (réveil à 5h du matin, bruits de ponceuse, poisson puant caché dans sa chambre, père simulant l'insomnie, etc.).
Un sous-entendu évident par effet du montage : la secrétaire du département de chinois a préparé un voyage d'étude pour Tanguy pour le remercier d'avoir fait des remplacements, elle lui dit qu'il n'aura pas affaire à une ingrate, il lui répond à peu près la même chose ; le plan suivant montre les parents de Tanguy pendant la nuit, réveillés par les « cris de plaisir » (sous-titre pour les malentendants) de l'invitée de leur fils ; séquence suivante, au petit déjeuner, la secrétaire du département, qui a l'âge de la mère de Tanguy, arrive comme une fleur et la mère de Tanguy est sidérée...
Mes étudiantes ont tout très bien compris.

Aujourd'hui, j'ai présenté publiquement des excuses. Devant pas beaucoup de gens et pour une chose pas importante, mais tout de même. Je l'ai fait sans honte ni humiliation.
L'étranger ne doit laisser accumuler contre lui aucun ressentiment qu'il a le pouvoir d'effacer, dis-je, tanguysé.

mercredi 22 novembre 2006

Drosser moins et parler plus vite

Est-ce pour honorer mon passage en terre hexagonale que sort précisément le 24 un Magazine des Livres ? En bon ingrat, je leur réponds tout de suite qu'avec les noms qu'ils ont mis en couverture (Delerm, Hallier, Heidegger, Monnehay — sauf cette dernière que je ne connais pas), ça ne va pas être facile. Ou bien faut-il quand même voir dans le sommaire qu'il y a trois pages sur Beckett, une chronique sur David Abiker, lui-même chroniqueur d'Arrêt sur Images, ou des bonnes feuilles de Philippe Di Folco ? Et puis il faudra observer de près la chronique Livres & Internet de Frédéric Ploton qui blogue depuis un an dans un quasi secret...

Manquait plus que lui ! François Busnel, en bon connaisseur de la littérature américaine, fait sa vidéo de la promo de Littell. Dernière phrase : « le Goncourt a enfin fait son boulot, joué son rôle [en donnant] à lire le livre qui a écrasé, surplombé l'ensemble de la production littéraire de cette année 2006.»
Tout le reste est déjà au pilon. Merci pour eux.

Dans le cadre de mon travail de recherche (que j'ai achevé cet après-midi), j'ai découvert le Blog vidéo de Luciano. C'est bien, dans son genre ! Et intime, avec ça...
J'ai fait un premier chronométrage de mon exposé, qui dépasse allègrement les 30 minutes, sans considérer l'impondérable dans les ouvertures de pages web. Il va falloir réduire la voilure — drosser moins et parler plus vite.

Une bonne édition — ou est-ce parce que j'ai l'esprit dégagé ? — de Ce soir ou Jamais que celle d'hier, normalement en ligne ce soir (pour moi, alors que les deux ou trois semaines précédentes, il fallait attendre le jeudi ou le vendredi), sur l'architecture, débat assez léger, tout de même, mais surtout après le Soir 3, sur différents sujets, principalement grâce à la qualité des personnes en présence. J'ai beaucoup apprécié les propos d'Yves Michaud et de Daniel Buren, et dans une moindre mesure ceux de Dominique Jamet ou d'Éric Rochant. Le rappel par Zahia Rahmani de la torsion infligée au jus soli français depuis les lois Pasqua et Perben, expliquant en partie pourquoi des jeunes nés en France de parents étrangers fuient systématiquement la police, était plus que nécessaire : le moindre passage dans un commissariat de police peut invalider leur choix de la nationalité française au moment de leur majorité civile ! Et pour être rejetés où ? Vers un pays où dans bien des cas ils ne sont jamais allés et où ils ne connaissent personne... C'est tout simplement ahurissant, quand on y pense.

mardi 21 novembre 2006

Être pour savoir, goûtue erreur

Lever à 6 heures. Tout est réglé pour deux au millimètre jusqu'à vendredi soir.
En théorie.
Ça commence par le train, pour aller donner mes deux cours de l'après-midi. J'y corrige des exercices. Être pour savoir, goûtue erreur dans une copie : « Est-ce que nous serons ce qu'il y aura à manger ce soir ? »

Cours de conversation. Aujourd'hui, sur l'obésité, avec l'infographie de Libération (du 15 novembre) et la page Wikipédia. Ça marche bien. Ultime question que je leur pose : est-ce qu'un sumo est obèse ?... L'ont pas vue venir, celle-là... Gêne et rock'n roll...

Après, c'est bureau jusque tard. Donc faisons court.
Sauf un peu de détente après le dîner et la soirée spéciale enfants de Ce soir ou Jamais. Alors deux tubes que j'ai voulu retrouver (nous vivons une époque formidable) : I will... remember... (Attention, ça tue !)

Le lendemain matin.
En fait, ça ne s'est pas fait directement et je suis obligé d'y revenir ce matin, sinon je ne me souviendrai plus comment c'est arrivé (que je cherche et que j'écoute ça). Je voulais d'abord utiliser le module de recherche YouTube que j'ai installé récemment dans ma page perso Google. Je me suis souvenu m'être plusieurs fois demandé ce qu'était devenu le groupe Middle of the Road, dont j'avais eu ce qui a dû être ma première cassette audio, dans les années 70, peut-être via ces offres publicitaires qui vous obligeaient à choisir un livre ou une cassette ou deux par mois et à quoi ma mère avait dû s'abonner, peut-être sous ma pression, je ne sais plus. Or il n'y a rien d'eux sur YouTube (j'aurais mieux fait de chercher un site officiel...), mais il y a cette chose merveilleuse et qui peut vous faire perdre un temps précieux qui est la colonne de choses proposées en relation avec votre requête, et c'est alors que j'ai vu cette tête joviale avec une coiffure que je ne connaissais qu'à Mireille Mathieu et le titre du groupe, dans mon souvenir jamais vu ni entendu, Captain & Tennille, mais sur quoi j'ai pourtant cliqué comme si quelque obscure connaissance ou pressentiment m'y poussait. Quand j'ai eu reconnu l'air, que j'avais dû bien aimer autrefois et que je trouve encore assez entraînant et, pour tout dire, bien foutu, bien chanté et possédant un enthousiasme communicatif, je me suis senti frustré dans mon passé de ce que la télévision française de l'époque ne m'avait pas proposé ces images alors que les radios donnaient cela à mes oreilles chaque jour, peut-être, durant des mois. Ensuite, c'est plus simple : le rythme, la mélodie, le piano (Captain et Tennille jouent en tout de cinq ou six claviers qui doivent aujourd'hui tenir dans un ordinateur portable d'entrée de gamme) m'ont fait penser clairement à Bennie and the Jets d'Elton John, dont il m'a fallu passer plusieurs versions récentes et plutôt horribles, rassises malgré la pin-up, avant d'en trouver une qui avait un peu du punch d'origine — et pour cause puisqu'elle est de 76 alors que la chanson date de 73.

lundi 20 novembre 2006

Presque tunnels du défendu

Prolongeant la Ligne de fuite, je découvre cet excellent article d'Omar Berrada  (« La philosophe à venir : Avital Ronell ») dans L'Humanité du 4 novembre, dont je ne cite ici que trois paragraphes :
« [...] Le travail d’Avital Ronell vise à mettre au jour des structures psychosociales de dépendance qui sont toujours déjà là, en latence, et dont elle donne de nombreux exemples dans son remarquable livre d’entretiens avec Anne Dufourmantelle, American philo. La naïveté de Heidegger, largement partagée, consiste à voir la technique uniquement comme un « autre », une force négative hostile appelée à nous dominer, une intrusion de l’État dans nos vies. Ce qui est rarement interrogé, c’est l’envie de se soumettre à la technique. On stigmatise la prolifération des dispositifs de surveillance mais on parle peu du désir d’être envahi, pénétré par ces technologies, tels des personnages de téléréalité jouissant d’être surveillés jusque dans leur intimité. Qu’il s’agisse de télévision, de surveillance étatique ou de drogue, il n’y a pas de site originaire, l’appel de l’addiction préexiste en chacun de nous. Car ce qui empoisonne est aussi ce qui nourrit : certes la télévision banalise la violence, mais elle l’absorbe aussi en la symbolisant. En deçà de l’effet des drogues, qui dépend du dosage, il y a une sorte d’immanence de l’addiction dont il faut prendre acte.
Donc Heidegger a été stupide, il a fait une grosse bêtise. C’est lui qui le dit. Façon de laisser son passé loin derrière lui. Façon, surtout, d’en dissocier sa pensée. Mais ce que montre Avital Ronell dans
Stupidity, c’est que la bêtise n’est pas l’autre de la pensée. Non seulement elle est pensable, mais elle est ce qui rend la pensée possible. Heidegger n’est pas le seul à avoir voulu exclure la bêtise loin du domaine de l’esprit. Avital Ronell prend ici le relais du Deleuze de Différence et répétition qui relevait, dans la tradition philosophique, une « réduction de la bêtise, de la méchanceté, de la folie à la seule figure de l’erreur » et laissait ouverte « une question proprement transcendantale : comment la bêtise (et non l’erreur) est-elle possible ? ». Assimiler la bêtise à l’erreur implique sa corrigibilité, par les lumières, la raison, etc. Mais si on peut réparer l’ignorance, l’erreur, l’errance, il n’en va pas de même de la bêtise. La bêtise est une béance, elle est le magma négatif, le chaos primitif où s’originent l’être, l’intelligence, la possibilité de l’œuvre. Elle est cet infini qui nous fait éprouver notre condition d’être fini.
Contrairement au philosophe,
« le poète s’y connaît en bêtise ; il connaît cet affaiblissement, cet amoindrissement essentiel qui constitue la condition préalable de tout énoncé ». Dans un tourbillon de références aussi réjouissant qu’ébouriffant, Avital Ronell traque les figures de la bêtise, la stupidité, la sottise, l’idiotie, l’imbécillité, la niaiserie, le crétinisme, la puérilité, le ridicule en littérature, en convoquant Wordsworth, Schiller, Flaubert, Henry James, Rilke, Dostoïevski, Kafka, Schelling, Sartre, Pynchon, Hölderlin, Hart Crane, Conrad, Rousseau et bien d’autres. La littérature, hantée par le problème de la bêtise, lance un appel à la philosophie. Une philosophe, hantée par la littérature, enjoint la philosophie d’y répondre, avec la modestie qui s’impose.»

Bêtise aussi de mon côté (moins grave que celle de Heidegger, j'espère...), vendredi dernier, quand je parlais d'une intention de JCB d'opposer Marguerite Yourcenar à Jean-Philippe Toussaint. Il m'a demandé quelle intention je pouvais y voir, ce qui m'a fait réfléchir, et je lui ai répondu :
« [...] j'avais cru avoir lu toutes les pages [du journal de JCB] en allant à rebours, comme je le fais quand je ne t'ai pas lu pendant quelques jours, ce qui arrive trop souvent en ce moment à cause de la bourre générale, alors qu'en fait j'avais précisément manqué les deux pages avec photo du livre de Toussaint.
Et tu as parfaitement le droit de ne pas apprécier ce livre. Les raisons que tu donnes sont recevables. En plus, je ne l'ai pas encore lu. Je l'aurai lundi prochain...
Pour autant, cela ne change pas ce que j'appelle la concomitance, que j'aurais dû appeler l'effet de la concomitance, et que je peux mieux observer maintenant. Cet effet est de mon côté et tu ne peux ni le prévoir ni le contrôler. Cela vient de la différence naturelle de nos présupposés.
Voici les miens : 1. je n'aime pas beaucoup Yourcenar (après l'avoir lue et étudiée), 2. j'aime bien Toussaint (après l'avoir lu, étudié et rencontré), 3. j'ai ressenti et interprété positivement le geste de Zidane (le jour même et n'ai pas changé d'avis depuis), 4. je n'apprécie guère les avis d'Assouline et de ses caudataires (et je n'aurais pas l'idée de les prendre à témoin).
Par hasard, la concomitance dans ton journal va contre ces quatre présupposés, ce qui, malgré tout le crédit que je t'accorde, a pu produire cette impression.
En revanche, je n'aurais pas dû m'inquiéter d'une intention "d'opposition" entre Yourcenar et Toussaint, qui n'y est pas, de toute évidence...»

Tiens ! Des notes de François Bon sur Balzac ! Je me les imprime pour l'avion ? Rien lu de Balzac depuis Le Colonel Chabert dont le cours finissait en février. Avant, ça avait été La Recherche de l'absolu et L'illustre Gaudissart, étudiés pour des séminaires, en 1999 et 2000, mais je ne sais plus dans quel ordre... En fait, quand je veux lire ou relire un livre, je le mets au programme d'un cours. C'est ce que j'ai trouvé de plus pratique.

Je me dépêche de regarder J'ai horreur de l'amour (L. Ferreira Barbosa, 1996) parce qu'il faut que je le rende à la médiathèque de l'Institut. C'est-à-dire que je passe le dévédé à la vitesse 1,25 et que je saute des scènes. Dans les premières minutes, je me suis rendu compte que je l'avais déjà vu. Pas un mauvais film mais je trouve ça moyen, notamment peu crédible la femme médecin qui ne peut rien faire contre son persécuteur. Je me demande si ce film n'aurait pas été sponsorisé par la Mairie du XIIIe ! En tout cas, il s'y passe entièrement. Une séquence s'achève au bas de la rue Charcot, elle donne sur un mur d'au moins deux mètres qui sépare — qui séparait, en 1996 — la rue du Chevaleret des voies SNCF.
Quand j'y suis passé avec T., l'an dernier, le mur n'y était déjà plus — bonne occasion pour fermer une parenthèse laissée ouverte ce jour-là : ) —, il y avait un grillage. Maintenant, il n'y a plus ni mur ni grillage mais, depuis janvier, une passerelle vers l'avenue de France et la Bibliothèque nationale (dont le plan d'accès n'a pas encore été actualisé...).

Passerelles dans mon journal
cailloux blancs qui scintillent
passerelles de nos temps
lé zar dés
presque tunnels du défendu
anciennes voies herbues
barbes de nuages qui se joignent se déjoignent
et ces têtes sur pilotis
tandis que sous la passerelle de nos bras passent
les trains de ma hantise
autant d'années autant de wagons à tirer
à larguer sur orbite où
j'ai tendu des passerelles de page à page, et je pense
à elles

dimanche 19 novembre 2006

Plutôt Moby Dick que Mac Guffin

De quoi se plaint-on ?
Plusieurs personnes s'étonnent et concluent plus ou moins bien quant aux prix littéraires français attribués à des auteurs francophones — dans le sens restreint du terme : pas nés en France. Ainsi Alan Riding, « After Foreigners Take Four Top Book Awards, Is French Literature Burning? », dans The New York Times d'hier. Il y en a d'autres, mais pas la peine de faire le tour du web pour ça.
Mais ont-ils déjà tous oublié que 2006 est l'année de la Francophonie ? — et même de la francofffonie. Que de nombreuses manifestations et publications ont eu pour but de faire connaître les littératures de tous les locuteurs et scripteurs du français à travers le monde ? Que le Salon du livre de Paris y était consacré ? Et que tous les jurés littéraires ont eu à cœur, consciemment ou non, d'y participer, sachant que leurs tables de chevet comme leurs bureaux étaient garnis d'ouvrages obligeamment envoyés par des éditeurs désireux que leurs efforts soient récompensés. C'est une chaîne, qui tire cette fois dans le bon sens, et qui atteste, en dernier ressort de la bonne santé de la langue française dans le monde.

     De quoi ne se plaint-on pas ?
Voilà. À la question sur l'intimité, on pourrait répondre avec une photo comme celle-ci, prise tout à l'heure. Et débrouillez-vous avec ça. Votre hésitation entre le sérieux et la blague, la gêne dans l'interstice sont déjà des marqueurs d'intimité, de l'inconnaissable de l'autre (moi ?) avec lequel, à supposer comme vous le pouvez, vous êtes aussi déjà dans le questionnement de votre intimité. Vous vous demandez : Est-ce que j'ai un petit chien en peluche ? Est-ce que je pourrais en avoir un ? À quoi cela me servirait-il ?
Et chez lui (moi ?), le chien a-t-il été posé là pour la photo, ou y est-il toujours ? Et ce fouillis autour, ça veut dire quoi ? Questionnant ces quelques objets, qu'est-ce que j'essaie de savoir de l'autre (moi ?) ? Et pourquoi est-ce que j'essaie de savoir quelque chose ? Je n'ai qu'à penser que c'est une construction, un arrangement comme en font les photographes ? Mais pourquoi préférerais-je, en fait, que ce soit vrai ? Ouichhh... Voilà... On y est.

Il pleut continûment et la température baisse. On reste à la maison. Pour le déjeuner, je réinvente la cuisine grecque pour une sauce de pâtes... Avec deux grosses aubergines, trois tomates, des clous de girofle, un peu de vinaigre balsamique, sel poivre, une cuillérée de sucre et un bon coup de mixeur. Dans les assiettes, je rajoute un peu de fromage de chèvre frais qui fond dans la sauce. Résultat étonnamment bon et onctueux. Il en restera d'ailleurs pour demain.
Le soir, c'est au tour de T. de préparer à la japonaise des petites tranches de foie de porc aux légumes sautés, et une salade de daikon et shungiku, recouverte de nori et avec sauce au yuzu.
Avant, après et entre les repas, on a travaillé tous les deux, chacun à son projet. Nous sommes sortis pour marcher un peu, croyant que c'était juste pour sortir une demi-heure, alors qu'il fallait récupérer des chaussures que j'avais données à réparer — ça nous est revenu en passant devant la boutique, dans Kagurazaka — et acheter du pain.
J'ai pris un bain aussi. Un moment de détente pour sortir en beauté d'Entrées en matière, une « matière » — maintenant plutôt Moby Dick que Mac Guffin — d'où le narrateur ne ressortira plus, lui. Laissons l'y.

samedi 18 novembre 2006

Étonnante note d'amande

     De 6 à 8, mise au propre des notes pour le cours. Il s'agira d'abord des émois, sujet commencé la semaine dernière, cette fois en compagnie de Mathilde (p. 145-153), une gamine du voisinage qu'on imagine mignonne et qui se prête au jeu de la femme et du mari. La sœur aînée, Ernestine, sans doute par jalousie, appelle Mme Lepic, qui avait dû déjà interdire ce jeu... Stoïque, Poil de Carotte préfère attendre la correction que de fuir. On détaille le beau style de Jules Renard, parfois tout proche de celui de Colette. Le lendemain, tentant de séduire Mathilde par des confidences sur la richesse de sa famille, Poil de Carotte laisse voir qu'il ne relie pas le fait que son père travaille et l'argent qui entre ou sort chaque mois du coffre-fort... Naïveté sans doute, mais naïveté vraisemblable pour l'époque. Un enfant d'aujourd'hui, dès cinq ans, doit certainement savoir qu'il y a relation directe entre le travail de ses parents et l'argent dont ils disposent.
     Mais trouverait-on quelqu'un pour s'exclamer comme M. Lepic : « Lustucru » ? (Sans doute en constatant, loin de l'idéalisme millionnaire de Poil de Carotte, que le pognon fond...) La marque de pâtes a pris ce nom en 1911. Le père Lustucru, lui, existe probablement depuis le XVIIe siècle, avant et indépendamment de la mère Michel qui a perdu son chat (sur l'air de la marche de Catinat), provenant peut-être de l'exclamation : « l'eusses-tu cru ? » — quand on respectait encore la concordance des temps...
Ensuite on parlera de « Comme Brutus » (116-120), ou quand les enfants se voient plus instruits que leurs parents — et surtout Poil de Carotte, qui montre des dispositions à devenir un futur Jules Renard...

     Brisons là ! Le cours s'est fait ensuite sur ces bases. Avec T., on a inauguré le « thé des rois mages » de Kusmi au petit déjeuner (on vient de finir le Prince Wladimir). Étonnante note d'amande. Après le cours (pendant que je trime, T. va au sauna-yoga...), nous sommes allés au Saint-Martin, tard, et c'était plein, nous avons dû attendre au comptoir qu'une table se libère. Pas longtemps. On nous a offert le Beaujolais nouveau. Pouâcre !... Que c'est pas bon !... Je finis petit à petit, parce que c'est offert de bon cœur, mais de moi-même, je n'en prendrais pas (ou je n'en eusse pas pris).

     Beaucoup plus tard, je regarde Ce soir ou Jamais de jeudi. Débat sur la philo, plus agréable qu'intéressant, mais c'est déjà beaucoup. Moment d'inquiétude qui se change en moment de grâce : quand Alexandre Jollien, que je ne connaissais pas, prend la parole. Il est partiellement handicapé moteur, voit-on, mais s'exprime avec une clarté et une fermeté qui laissent vite l'inquiétude loin derrière. À la différence de ce qui se produit dans bien des documentaires, qui sont d'ailleurs consacrés au handicap lui-même et qui ne sont jamais en direct, Frédéric Taddeï lui parle normalement, sans condescendance, ni effort ni ralentissement. Cela ranime mon espoir d'une télévision où des gens qui ont quelque chose à dire s'exprimeraient vraiment, quelle que soit leur condition physique et sans les sélectionner sur des critères discriminatoires de normalité télégénique. Avital Ronell semble avoir les faveurs de Lignes de fuite, lisons cela de près. En revanche, Delecroix et Pourriol ne m'ont pas convaincu du bien fondé de leur démarche.
Puis Higelin, qui n'y est pas, qui dit un peu n'importe quoi. C'est dommage. De plus l'émission est ségolénisée, avec des morceaux de Soir 3 dedans...

     Dernier dévédé de la saison 1 de Lost, avec 3 épisodes (au lieu de deux — heureusement parce qu'à la fin du deuxième, on était mal...). On voulait finir la saison avant notre départ ; que l'on sache un peu quoi faire si notre avion se crashe sur une île déserte...

vendredi 17 novembre 2006

N'importe où quand il y a du réseau

Déjà le 17 ! Rien qu'une petite semaine avant... Et des idées au réveil, malgré le peu d'heures ; ça a dû turbiner dans la cafetière pendant la nuit... Écrire, écrire ! Un peu de thé, des céréales dans un bol, avec du jus de fruit... Sortir la valise du placard où elle cache son vide entre deux voyages. Qu'est-ce que je mets dedans ? On ne sait rien du temps à Paris fin novembre... Pas de polos d'été, pour sûr... Ah, mince, encore une idée à écrire... Vite au clavier, recoller à d'autres bouts, avant la grande jointure, ce week-end... Heureusement, j'ai mis des documents directement sur le serveur, je les reprends, les continue n'importe où quand il y a du réseau. Et copie dans le portable et dans le suppositoire Buffalo d'un giga.
Et tant pis, je vais au sport. Sinon, je rouille et chope des maux de tête comme hier. À moins que ce soit le manque de sommeil... Un peu de radio : tiens, c'est Ségolène. Logique. Je ne suis pas contre...
Enfin, voilà un peu de l'ambiance matinale.

Sport, donc, et, à vélo statique, suant avec le chapitre « Entrer en boîte » des Entrées en matière... Certains se demanderaient : mais pourquoi faire vingt pages sur la difficulté d'entrer en boîte quand on a un personnage déjà bien campé, jeune politique imprudent parti un temps réussir à New York et qui peut tenter un come back ?...
Sauf que bien campé, certes, mais qui s'est tellement planté... qu'il régresse et s'époche.
Ne voit-on pas que le problème c'est d'entrer ? Non pas ici ou là, mais le problème ontologique d'adéquation de soi, du moi intérieur et du moi social, qui fluctuent, à un lieu nouveau dont les codes fluctuent tout autant — ce qui fait parabole de tout accès, de tout accessit et du désir fou d'un droit d'accès permanent. En choisissant un lieu paradoxal, dont la futilité même fait la puissance symbolique d'une société des essences malades de leurs apparences, le narrateur d'Alain Sevestre se livre à une étude socio-psychologique des abords de la boîte de nuit et de l'arbitraire des videurs qui servent à faire entrer (c'est dire déjà tout ce qui se télescope dans la porte).
Retour en vélo, il y a des nuages. Le soir, je les truque.

« Digérer la possibilité d'échouer devant la porte avant même d'avoir essayé, me dire que je ferai autre chose (j'irai au Mazarin ou au Chai ou au Bedford ou au Pousse-au-crime) si les Nuits me refusent, me dire que mon désir vient continuellement buter sur la réalité, me dire que la psychologie varie d'un portier à l'autre, d'un soir à l'autre, qu'il n'y a pas d'entrées types, qu'il m'est toujours possible de m'adapter, que je peux partir la tête haute boire des verres autre part, tout cela ne mène à rien. D'un regard, le portier perce ma réticence, d'un regard, il se convainc de ma piètre envie. Pourquoi, dès lors, accepterait-il de faire entrer quelqu'un qui montre si peu de désir d'entrer ? » (Alain Sevestre, Entrées en matière, p. 131)

Et le train avec la moitié du dernier chapitre (on y reviendra)...
À la maison, T. a préparé un nabé d'automne. Elle a aussi emprunté les trois derniers dévédés de la première saison de Lost (la saison 2 commencera cet hiver, au Japon). On se fixe avec 4 épisodes dès ce soir...
Et Poil de carotte alors ? Ben... demain matin.

Au passage, comme ça, une petite inquiétude, celle de voir Yourcenar portée haut et dans le même temps Jean-Philippe Toussaint traité par-dessus la jambe. C'est chez notre ami JCB, le 11 novembre.
C'est vrai, je n'ai jamais trop aimé Yourcenar. Style trop classique, maquillé, hautain — aristocratique, dans mes catégories à moi. Mais si certains l'aiment, c'est leur problème... Non, c'est la concomitance qui me laisse comme un amer goût intentionnel. Je voudrais me tromper. (Et pis sinon, tant pis, on va pas en faire un fromage...)

jeudi 16 novembre 2006

Ne pallie pas grilles et barreaux

Je fais mes trois cours, comme un jeudi, sans presque voir personne d'autre que mes étudiantes. Trois cours, je traduis, ça veut dire 4h30 de scène devant un public impliqué et impitoyable... Crevant !
(Par ailleurs, la vie réelle a plus de lourdeur et parfois moins d'attraits que la vie réticulaire.)

Puis, de retour au bureau, repos, thé, courrier, tournée de blogs.
Bonjour l'horreur ! Et re !
Mais comment peut-on être veule et écrivain ? Et pourtant, ça doit être possible — et possiblement le refus de ça comme cause de disparitions (Lautréamont, Rimbaud... d'autre noms ?).
Presque le même sujet : Assouline parle de Tumulte... Si, si, mais sans en parler. Juste pour signaler parution au sein d'un phénomène — qui n'en est pas un, à mon humble avis, puisque les produits présentés résultent de processus très différents. Donc bête amalgame, plutôt.

« [...] je partage son émerveillement. Ce soir quand je descends dans le garage, je regarde mon ordinateur autrement, je me dis que j'ai devant moi, un labo-photo, une table de montage sonore, un banc de montage vidéo, un atelier de graphisme et puis naturellement tout ce drôle de monde connecté dans lequel j'ai appris à vivre depuis plus de dix ans maintenant. Autant de choses qui étaient inatteignables quand j'étais étudiant [...]. Du coup, ce soir, je travaille le sourire aux lèvres moi aussi.» (Philippe De Jonckheere, Bloc-Notes du 14 novembre)
Merci, Philippe, d'avoir écrit cela ! J'aurais voulu l'écrire ! Ceci dit, c'est un peu ça, quand je montre à des étudiants comment utiliser un blog en français, faire des liens hypertextes, profiter pleinement des moteurs de recherche, etc.

Très belle série photographique de passages parisiens, avec, en clin d'œil, un café Benjamin... Merci à Dominique Hasselmann ! Le parisien tokyoïte apprécie hautement ! Le clin mène directement au dossier sur Walter Benjamin et Jean-Michel Palmier qu'a préparé Sébastien Rongier.

Oui, Stiegler, encore ! Il en était question chez Litor, hier. Et Caroline m'apprend qu'il était aussi à la radio !
Pour dire que la lucarne magique ne pallie pas grilles et barreaux...

Lier ou pallier, en tout cas le Ce soir ou Jamais d'hier soir était quand même assez bien. Plus intéressant sur l'art contemporain que sur les magouilles des prix littéraires (dont on sait l'existence et dont on préfère ignorer les détails).

« Omission, discrétion, salutation, érudition... On me prend pour un con... Ça rime d'ailleurs.
—  Qu'est-ce que vous dites  ?
—  Je décline les vertus des bourgeois.»
(Lavardin dans Maux croisés, film de Claude Chabrol, 1989, citation extraite des dernières minutes.)
Un film très étonnant, bien plus intéressant que celui dont je parlais hier. Chabrol reprend le thème du jeu télévisé, qui avait eu dans Masques (1987) une fonction décorative (cadre et couverture d'une escroquerie du 3e âge), mais il lui donne cette fois une fonction actantielle, le jeu télévisé jouant lui-même un rôle crucial... Je n'en dis pas plus. Sauf que des romans publiés par l'un des personnages, viennent jouer un rôle actantiel concurrent. Ce dispositif culturel lourd est jovialement traversé et démonté par un Jean Poiret au mieux de son art ironique. Rassérénant !

mercredi 15 novembre 2006

Serrons les cache-nez !

Y'aurait pas un peu beaucoup d'écrivains et de gens célèbres qui meurent ces jours-ci ? Bernard Franck, Bertrand Poirot-Delpech, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jack Palance... — et là, choc, trouvant ce site, certes de mauvais goût mais qui peut avoir son utilité, je découvre la disparition d'Anicée Alvina le 10 novembre, la petite rigolote des 400 Coups de Virginie (vers 1979), découverte ensuite plus sexy chez Robbe-Grillet (films en fait tournés avant la série télé), et à qui une amie de ma sœur ressemble un peu... J'avais d'ailleurs cherché des infos sur elle en mars 2005 mais il n'y avait alors quasiment rien sur le web et en tout cas pas cette page !
Sont-ce les frimas qui les précipitent ? Reste à savoir si c'est manichéen ou avant-coureur. Dans le premier cas, je n'ai pas à m'en faire, n'étant ni écrivain ni célèbre ; dans le second, les gens connus sont la partie émergée d'un iceberg qui nous concerne tous. Dans le doute, serrons les cache-nez !
(J'ai entendu sur France Info qu'il n'était pas trop tard pour se faire vacciner contre la grippe...)

D'ailleurs, les iceberg fondent, maintenant.

Regain chez Litor, pendant ce temps. Sûr qu'on fera bien de sélectionner drastiquement, pour présenter des sites et des blogs littéraires, plutôt qu'à viser une fabuleuse exhaustivité ! Mais le plus important est tout de même d'en discuter.
Finalement, c'est comme les ordures ménagères, les blogs : il faut faire du tri sélectif. 

Après pas mal de travail et une réunion de près de trois heures, je me suis détendu comme je pouvais : avec une enquête de L'Inspecteur Lavardin intitulée L'Escargot noir (Chabrol, 1988), dévédé emprunté à l'Institut ce week-end. C'est du Chabrol léger mais quand même bien décapant sur les mœurs de province. Je me rappelle très bien de Poulet au vinaigre (1986), que j'avais vu à sa sortie, mais pas du tout des deux films qui sont dans ce dévédé (le second s'intitule Maux croisés, 1989) — on dirait même qu'il y en a quatre. Évidemment, c'est la nonchalance et l'arbitraire dans le comportement du flic que joue Jean Poiret qui portent cette série de films.

Et puis c'est tout — ou alors juste signaler Dada ! — parce qu'il n'y avait même pas de Ce soir ou Jamais hier soir à cause d'une grève et qu'il est déjà une heure moins vingt.

mardi 14 novembre 2006

L'ensemble de la peau est concerné

     La météo d'hier soir nous montrait une progression pluvieuse d'envergure qui atteindrait Nagoya vers midi et Tokyo un peu après. Je me suis donc activé tôt les paupières et le reste, j'ai doublé le Mont Fuji à 300 à l'heure sous un soleil radieux. Me suis pressé d'acheter du jambon espagnol et du gruyère au Seijo Ishii de la gare de Nagoya pour ne pas avoir à faire de courses ce soir. Puis d'arriver au bureau. Et jusqu'au soir, pas une goutte. T. me dit pareil de Tokyo. On s'est encore fait rouler...

     Mais c'est secondaire par rapport à 1. les cours, qui se sont bien passés, 2. la lecture du train, qui a illuminé le jour mieux que l'astre. Pour le cours de conversation, j'avais choisi (expérimentalement) de mettre un billet dans le blog juste avant, renvoyant à une info d'hier sur l'enchère record pour la truffe blanche d'un kilo et demi, de sorte que les étudiants n'avaient pas le temps de préparer quoi que ce soit et devaient faire d'entrée de cours concours de vitesse et pertinence dix minutes devant l'écran — et tout le web au bout des doigts — avant de détailler oralement ce qu'ils avaient trouvé et de se poser mutuelles questions. Ça a tellement bien marché qu'on est allé jusqu'aux adresses des restaurants de Nagoya qui proposent quelque chose à la truffe blanche (et c'est pas donné...).

     « Je me suis reconverti. Je n'en reviens pas, n'ai pas le temps pour en revenir, n'ai pas la sensation d'usurper mon poste durant mon séjour ni n'ai jamais occupé un tel poste à responsabilité dans le privé. J'avale tout un vocabulaire nouveau sans déglutir, accepte des dossiers que je ne comprends pas mais comprends en chemin. Il s'agit de mettre en ordre. Le fait qu'on m'en charge me confère des prérogatives à toute épreuve, éclaircit mon regard, blanchit mes dents.
     — Les questions tournent toutes en ce moment, verbalise Bill, un matin, les recherches tournent toutes ces temps-ci autour du problème du vertige, crucial pour la construction, et l'habitabilité des gratte-ciel.
J'avais compris. Il me demande pourquoi je le prends sur ce ton. Je lui demande de répéter. Il dit que j'ai très bien compris [...] »
(Alain Sevestre, Entrées en matière, p. 89)

     « J'invite Paula à dîner le soir même. J'ai réservé une table au Cameleon. Elle me livre un secret. Mon lamentable échec politique alors que j'étais promis à carrière constitue la raison de mon embauche. Je suis l'exemple du ratage, ait été recruté pour disséquer ce que j'ai vécu : la peur devant le succès, le vertige. Ils ne voulaient pas tant un ingénieur qualifié qu'un homme dans la merde qui aurait expérimenté l'échec, le renoncement, la fuite, l'exil. Bref, existait un créneau et je collais exactement à la demande, au poste, à la place. Ils n'ont auditionné personne. Comment ont-ils su ? Elle l'ignore. J'accuse mon hôte en pensée. Eux se sont fait envoyer et ont lu mon mémoire de Sciences-po portant sur Raymond Barre et ses échecs, les raisons de l'échec alors qu'on est près de réussir. Mémoire qui opposait les parcours de l'enseignant et de l'homme politique, analysait ses candidatures, prenait ensuite appui sur une série de constats assez vaseux de champions sportifs flanchant au moment décisif, dépérissant depuis, quoique pas tous, beaucoup étant encore dans le circuit, tentant des retours.» (Ibid., p. 94)

     Bien sûr maladresse, vertige et ratage sont intimement liés dans l'imaginaire sevestrien. Contre eux, l'auteur teste « la matière » qui au toucher rassurerait et désamorcerait le vertige, thème et Mac Guffin qui sera repris dans Les Tristes pour faire croire à une réussite commerciale possible. Est-ce à dire que le toucher, sens plus primitif et plus étendu que les autres (l'ensemble de la peau est concerné), pourrait venir au secours de la vue et de l'ouïe, sens altérés — en bref — par les stress urbains ?
     En tout cas, tout ce chapitre « New York » est une surprise absolue et un régal de finesse.

     Invective et querelle sont les deux mamelles — Éric Dussert nous le rappelle — du 10e colloque des Invalides, que j'avais déjà annoncé via le site Maldoror, mais bon, deux fois valent mieux qu'une ! J'ai bien l'intention d'aller y faire un tour, le 1er décembre...

lundi 13 novembre 2006

Pinceau pour torcher du kanji de sanglier

Vite ASI ! TAC ! (toutes affaires cessantes), Arrêt sur images consacré au phénomène de télévision culturelle que représente (déjà) « Ce Soir (ou Jamais !) », que je nomme Ce soir ou Jamais, pour simplifier (mais j'ai corrigé avant-hier mes graphies fautives de Taddeï). Moins de deux mois après son lancement, cette émission a déjà réussi son pari de rupture avec la vulgarité et le haché menu qui sévit partout ailleurs — à la surprise du petit monde médiatique et intellectuel, des professionnels de la professions qui, à l'instar de Philippe Tesson, invité d'Arrêt sur images, font mine de ne voir en Frédéric Taddeï qu'un petit jeunot qui n'a pas inventé l'eau tiède... Histoire de le refroidir et de faire croire que les chroniqueurs de sa trempe (Tesson) restent indispensables — à quoi Taddeï répond qu'il a déjà les meilleurs chroniqueurs du monde, à savoir ses invités, qui ne sont pas en promo. Le décompte des temps de parole de Guillaume Canet (pris comme exemple) sur différents plateaux est criant de vérité. D'ailleurs, comme ASI ne reste pas en ligne, j'ai pris le son. Et c'est on ne peut plus... parlant.

Et Michon, chez Bon ! J'imprime, c'est rare, pour lire cela dans le train demain matin.

Ai beaucoup travaillé à l'ordinateur. Trop pour être long ce soir.
Juste assez pour écrire que tout cela m'étonne quand même, bientôt trois ans de JLR, l'équivalent de 2500 pages A4, et si peu de retour, si peu de discussion, pour tellement d'éparpillement de tous, et dans un mouvement centrifuge qui semble s'accélérer. Je ne demande ni des compliments ni des accords, surtout pas, en fait. Je n'ai pas à craindre que l'on intervienne ici dans le but de se montrer (comme les types qui se mettent derrière les présentateurs de télé dans la rue, comme ceux qui laissent des commentaires dans les blogs des gens célèbres) et je puis aspirer à quelque sincérité.
Vraiment, l'asymétrie me déçoit de mon prochain. Rien n'a-t-il changé depuis le 22 août 2004 ?

Nous avons bien marché, dans un superbe soleil blanc, jusqu'à Ichigaya où j'ai commandé un siège de bureau ergonomique, chez Office Depot, pour arrêter de me tuer le dos au bureau. Je le recevrai début décembre. Puis nous sommes revenus par l'avenue qui mène à Kudanshita. T. voulait aller à la poste pour acheter des cartes de nouvel an. En effet, n'ayant pas eu de décès familial dans l'année, nous aurons à nouveau le droit d'envoyer nos vœux. Et je compte bien reprendre mon pinceau pour torcher du kanji de sanglier.
Détente en soirée avec Angel.A, (Besson, 2005). Un beau conte et des images de Paris féériques qui m'ont rappelé... Comment s'appelait cet extraordinaire film muet qui se passait dans Paris quand quatre ou cinq personnes seulement n'avaient pas été immobilisées par un arrêt du temps... J'ai vu ça il n'y a pas si longtemps, pourtant.

dimanche 12 novembre 2006

Dans des déserts, des fjords, des landes, ils marchent

L'émission maussade avec Frédéric Boyer, ça m'a vite rasé, celle chagrine avec Marie-Claire Bancquart, carrément pénible, j'ai coupé après un quart d'heure de banalités sur les regrettables changements de Paris, l'incapacité de la dame à vivre ailleurs, etc. Quant à celle du 7 avec Jean-Pierre Martin, sur le Livre des hontes, elle n'est même pas en ligne, suite à une erreur il y a une autre émission, des passages mal enregistrés, de l'inaudible... Mauvais coton, Du jour au lendemain !
Le pompon ! Vous le voulez, le pompon ! J'avais failli le laisser passer, le pompon ! Il faut vous le taper pour vous rendre compte. Si, si ! Après vous en aurez des aigreurs et des hauts-le-cœur pour des semaines ! C'est Travaux publics du 1er novembre, sur les bourreaux ! Jean Lebrun, son habituelle bonhomie et son ton badin, reçoivent Pierre Assouline, Jean-Pierre Azéma et Denis Pechanski pour parler du roman de Littell et du journal de Goebbels, avec des vrais sons de Goebbels dedans. Je sauverai Azéma et Pechanski qui parlent sérieusement et avec qui, malgré tout, on apprend des choses... Et même que vers la fin, Lebrun attaque Assouline qui veut contredire Pechanski. Du coup, je conserve quand même le tout.
Sur ce que l'émission appelle son blog, un auditeur, Jean-Yves Potel, écrit : « Franchement, avez vous lu Les Hommes ordinaires de Browning ? C'est très précis, plein de témoignages et Littell s'en inspire à bien des moments. Personnellement j'ai trouvé plus de force dans la lecture de Browning que dans celle de Littell que je trouve pesant. Les faits historiques fascinent le lecteur qui n'a lu ni Browning ni Hilberg [et non Hildberg], mais quand on les a lu on trouve le talent de Littell très kittsh [sic], puis reste sa fameuse psychologie du bourreau assez peu crédible.»

Il y avait le Surpris par la nuit sur Duras qui valait le coup.

J'étais un peu anxieux — mais tout s'est bien passé — d'installer sur mon blog des cours la nouvelle version de WordPress en français (rien de perdu et pas grand chose de nouveau, sauf la meilleure vitesse de chargement). Et puis j'ai eu peur a posteriori quand quelqu'un a téléphoné et que ça a coupé la connexion deux ou trois minutes — cinq minutes avant, ça aurait interrompu le processus FTP en cours d'installation, sans savoir avec quelles conséquences sur la base de données !...

Ça c'était dans l'après-midi, juste avant que je monte au 4e avec Kyoko pour prendre le thé avec T., voir que les tomates vertes du mois dernier avaient rougies, un peu flétries mais quand même bien là, dans leur assiette laquée noire. Le matin, j'étais allé voir More (Schroeder, 1969) à l'Institut et après le thé, j'y suis retourné pour voir La Cicatrice intérieure (Garrel, 1970).
More, vraiment impressionnant, le cheminement dans la drogue, mêmement vers la mort que dans Sauvage Innocence (Garrel, 2001) — et qu'avec beaucoup de (films) (réalistes) (sur les) stupéfiants. Je m'attendais à une plus grande présence de la musique des Pink Floyd, mais c'est assez sobre, bien, intégré dans la fiction d'ailleurs, quand les personnages écoutent des cassettes avec un petit appareil portable comme on en faisait à l'époque.
La Cicatrice intérieure, film conceptualo-chiant fait de longs plans-séquences avec un homme, nu ou rhabillé du Moyen-Âge, et une femme, Nico, intérieurement torturée et qui chante de temps en temps. Ils sont dans des déserts, des fjords, des landes, ils marchent, se roulent par terre, se séparent ou se rejoignent, il y a du feu et de l'eau, un nouveau-né, des éléments primitifs, donc, dirai-je pour faire mon intéressant, alors que je n'ai rien compris, désolé, sur l'éventuel propos du film... Dans les premières secondes et de temps en temps après, ça m'a rappelé... Gerry de Gus van Sandt, vu en mars 2004, et beaucoup apprécié.
Et le soir, en dînant, je regarde avec T. le dernier des trois dévédés loués hier : Les Chevaliers du ciel (Pirès, 2005). Belles images ! Au moins pour ça, les amateurs du nuages, par exemple, ne sont pas déçus... Le film lui-même, ben... Moyen, une bonne distraction, dirons-nous.

Lourds nuages justement ce matin, qui ont été chassés dare-dare par le premier vent d'hiver. À 13 heures, la lumière blanche est aveuglante, et froide.
Dans des interstices, j'ai quand pu me faire plaisir sevestrement.
Puisque j'en ai l'occasion, je reparle de cette topique sevestrienne de la maladresse, dont une des variantes est l'esclandre et dont une des conséquences est l'autocritique — du coup, ça fait système, ça s'organise sur le bancal — et forcément, ça syncope, entre les mots comme entre les éléments d'intrigue.
Désolé de couper dans de très beaux passages, mais sinon ça fait près de quatre pages... Et on voit ainsi la trame et quelques composants de l'esclandre, dont je ne dis pas la fin. L'autocritique viendra le lendemain, chez le coiffeur...

« Il faut que j'explique mieux. Ce n'est pas un salon, c'est une pièce où on a fait entrer un canapé et une armoire entre autres et qu'on a placés face à face. Entre l'armoire et le canapé, subsistent quinze insuffisants centimètres à quelqu'un pour croiser ses jambes. [...] et en dessous encore, invisibles ou quasiment lorsqu'on est debout, mais au ras des yeux quand on s'assoit, des dossiers d'archives, de factures, de photos de famille, des dossiers moches, bourrés, qui débordent, horribles, tuent l'effet de l'armoire, et tout l'empire du meuble s'effondre dans le fouillis des dossiers qui colludent. On a envie de se tenir mal, enfin moi.
La conversation est toute trouvée, avec ce meuble, mais il faut que je me distingue. Il y a une Japonaise à qui je fais des politesses, salue, salue son mari français. Je salue un autre couple, une femme, reviens vers Yukiko, demande si elle est japonaise, elle l'est. D'où ? Elle répond quelque chose que je ne comprends pas. À mon silence, elle précise aussitôt une île du sud, Shikoku, et je suis bien avancé.
[...] bref, je suis dans la gadoue de mon anecdote et elle plutôt que de remercier ou de dire ah bon ! d'affirmer, ou de me venir en aide, m'oppose cet air qui n'y croit pas. Et je la hais, la méprise. Son air gentil, serviable m'insupporte. [...]
Je bois vite, me heurte à un homme qui veut que je cesse immédiatement d'embrasser sa femme dans le cou. Je dis non. [...] Mon père politique, Deville, s'interpose [...] Il me tire par le bras. J'aperçois dans son dos les invités qui se mettent à table. Ils ne me regardent pas, parlent entre eux. C'est ahurissant. On dirait une expérience. Deville me flanque mon manteau dans les bras, ouvre la porte, me vire.»
(Alain Sevestre, Entrées en matière, p. 73-75.)

samedi 11 novembre 2006

Avec des cornes de serviette

Grisaille orageuse dehors, yeux pas encore bien alignés quand je me mets aux commandes. Poil de Carotte n'attend pas, surtout pour « Les Joues rouges », le chapitre central. C'est la frontière entre l'enfant et l'adolescent. Il ne s'agit plus d'aider maman en enlevant la marmite d'Honorine, ni de faire le fier pour signer un pacte avec la nouvelle bonne. On n'est d'ailleurs pas à la maison, exceptionnellement, mais au dortoir de l'internat, et témoin de l'étrange comportement du maître d'étude qui fait office de pion et vient causer nuitamment avec le jeune garçon sur lequel il a jeté son dévolu — qui n'est pas Poil de Carotte, mais son voisin. Il ne faudrait pas croire, plus ou moins en phase avec les mœurs d'aujourd'hui, qu'une affaire de pédophilie est en route, ni que Poil de Carotte ira dénoncer Violone (c'est l'étrange nom du maître d'étude) pour protéger de la bête immonde un camarade innocent. Il le fera par jalousie, parce que ce n'est pas lui que Violone a choisi (p. 111).
Mais ce qui m'intéresse surtout, c'est l'occasion fournie à Poil de Carotte. Dans ce dernier tiers du XIXe siècle, après Semmelweis (sur lequel le futur docteur Destouches fera sa thèse), les institutions scolaires se mettent à la mode « hygiénique » (p. 99) et les matins d'hiver, même si c'est avec des cornes de serviette « trempées dans un peu d'eau froide » (p. 107) qu'on se lave, il faut avoir les mains propres. Pour ne les avoir pas, Poil de Carotte est envoyé chez le directeur, où, contestant le motif, il prend quatre jours de séquestre, doublés quand il prétend que le maître d'étude lui en veut personnellement. C'est après qu'il dénonce Violone et que le directeur fera ce qu'il doit faire. Indépendamment de l'histoire de mœurs, c'est la punition pour contestation de l'autorité que je retiens. Un directeur d'établissement doit punir, sans souci de la vérité, dès qu'il y a contestation de l'autorité. Car c'est elle, l'autorité, a-t-il été éduqué à croire, qui garantit l'ordre de la société. Cela me rappelle alors que Jules Renard écrivait Poil de Carotte au beau milieu de l'affaire Dreyfus et que toute la France se divisait (se divise encore ?) sur cette question de prééminence entre vérité et autorité...

T. étant partie faire les soldes avec une amie, j'ai déjeuné en compagnie de Frédéric Taddeï et ses invités de mardi (avant que Christine ne me le suggère en commentaire au billet d'hier, donc). C'était animé, amusant, parfois sérieux dans le débat, des points de vue avec lesquels je tombais d'accord, souvent ceux de Plantu et de Benasayag, mais pas les outrances de Romain Bouteille, me disais-je, et puis pourquoi pas, Bouteille aussi, quand il veut dire que vérité, autorité, justice, démocratie, etc., ont été dépassées, englobées dans une compromission supérieure dans laquelle ils sont tous en train de tremper, mais alors la Terre entière, et rien ne veut plus rien dire, et anarchisme devient nihilisme, fraternise de nos jours avec Houellebecq et Dantec, parmi les plus so(f)ts, donc non, l'amuseur public ne m'amusera pas, j'en reviens à mes accords avec Plantu ou Benasayag qui, lui-même, au premier débat, tombait d'accord avec Pascal Bruckner. Difficile, difficile, tout ça... Je ne sais plus, moi. Tiens, je vais faire la sieste.

Dans l'après-midi, quelques pages d'Entrées en matière, le concours de bronzage, puis le soir, après le retour de T., dîner en regardant des épisodes de Lost. On en est au 16 de la première saison...

vendredi 10 novembre 2006

Le truc vulgaire qui ruinera l'avis des prudes en lettres

Nicaragua... Oui, maintenant, cela veut dire quelque chose pour moi. Grâce à Patrick Deville et son Pura Vida.

Vu hier soir, mais pas écrit — pas le temps — : Crustacés et Coquillages... Léger, tout de même. Seconde partie bien meilleure que la première. À partir du plombier, en fait.

Débat sur le sexe dans Ce soir ou Jamais de mercredi. Pas dit non plus parce que bof... Pas content, d'ailleurs, parce que l'émission de mardi n'était pas en ligne hier. Elle était annoncé et on n'en a eu que cet horrible Best of, expression et pratique d'ailleurs ridicule... Il faut le dire à Taddeï. Évidemment, ce soir, elle y est, en ligne, ainsi que celle d'hier. Je regarde le début, parce que pas le temps, encore... Mardi, il y avait Bruckner et Benasayag, je dis ça pour David qui faisait quelque chose sur le compassionnel... Quant à l'émission de jeudi, il y a Anne Delbée dans un débat sur le foot, pour sa 107e Minute... Ça risque de me gonfler, quand même. On verra tout ça demain.

Ce matin, sport et lecture sevestrienne. Qui m'enchante littéralement littérairement. Je ne fais qu'une demi-heure, vélo + marches, ça sue très vite, aujourd'hui. On a rendez-vous à 12h30 en bas de nos bureaux, David et moi, avec les trois étudiants français qui étudient le japonais ici, deux d'Orléans, une d'Aix. On les emmène au Downey. Il fait chaud, on se met en terrasse, on s'amuse bien.
Évidemment, tout ça me met en retard et je ne pourrai pas être à la séance de La Cicatrice intérieure (Garrel, 1970) à l'Institut à 19 heures. Tant pis, je me consolerai dans 24 Heures de la vie d'une femme (Bouhnik, 2002) avec Agnès Jaoui (qui jaouit avec un officier polonais, pas plombier pour un sou). Film très construit, beau rôle pour Michel Serrault, des décors impressionnants, une belle musique de Michael Nyman, mais le tout assez froid et, c'est vrai, bancal.

« L'aller-retour de la voiture entre son aire de stationnement et le milieu de la rue évoque l'acte sexuel ; mais aussi le va-et-vient incessant du réel à l'irréel et de l'irréel au réel, cette magie chère au lecteur, dont parle Hitoshi Usami dans le Sankei Shimbun. Chaleur aidant, elle déboutonne son manteau. Elle porte un twin-set, ensemble ras du cou et cardigan de couleur poudre. Un twin-set. Je suis fou des twin-sets, le lui dis, répète twin-set, twin-set, l'embrasse. Je ne peux pas me retenir. Je n'oublie pas le cou que j'embrasse aussi, twin-set, des lèvres pousse sa tête en avant, écarte son collier de perles, passe la main sur sa nuque, soulève son col, bécote sa région iniaque, vérifie l'étiquette de son twin-set, 100 % Geelong Lambswool, made in Scotland. Magnifique. Twin-set, twin-set. Il y a dans le mot anglais, dans la rencontre du t et du w suivie d'in-set, d'in d'abord et set qui sort, une notation sexuelle, secrète, retenue, plastique, synthétique, en latex, une amorce compliquée suivie de sa résolution en éclatement, quasiment la représentation phonique de la courbe ascendante du désir, de la rencontre, du plaisir et puis de la fin. Vêtement entouré de t. Le t d'attaque et le t de rideau, de cascade, dont on tombe. Le t est pas mal pour ça avec son petit plongeoir pour sauter du haut de la lettre et la courbe pour la réception. L'effet de commutation, d'allumage sexuel se retrouve également dans between, à moins que ce ne soit uniquement l'homophonie du début du mot qui l'évoque de manière moins subtile d'ailleurs. Je préfère twin-set. Je passe ma main sous son pull. Elle dit j'ai trois couches, cardigan, pull et caraco, enfin touche sa poitrine, passe la main sous son soutien-gorge, accède à un sein, me déchaîne. Elle aussi. Puis, tout de même, nous sommes trempés, pataugeons dans nos chaussures, avons la chair de poule, les fesses glacées, calons sur des surfaces transies où le vêtement mouillé ne s'écorche qu'avec peine de nos peaux granuleuses. [...] » (Alain Sevestre, Entrées en matière, p. 40-41)

Ces deux-là se sont rencontrés sur la pelouse du Stade de France, après la fin de la répétition de l'inauguration officielle, sont sortis côté chantier pas fini, ont erré dans des flaques où elle a glissé, s'est enfoncée, avec une narration jubilante dans l'exagération de l'embourbement.
Outre ici l'hilarante mise en abyme morpho-phonologique du «