Un site Édouard Glissant, c'est bien, comme idée. Sauf que pour honorer quelqu'un qui est très ouvert sur le monde et le métissage, ça commence par une désagréable restriction : « Ce site n'est consultable que sur PC, et par Internet Explorer exclusivement.» Ni excuse ni regret, la formulation est autoritaire. Même si c'est par maladresse, c'est tout à fait anti-glissantien ! En dépit de cela et de choix graphiques lourds et peu esthétiques (qui pourraient évoluer), souhaitons une bonne continuation à ce site (qui nous en promet beaucoup) car il y a une vraie nécessité d'approfondir et rhizomer la pensée de Glissant !

Oh, un inédit de Gourmont ! En voilà, de l'intempestif.

En toute simplicité, Bertrand Leclair vient de réaliser la connexion dont j'avais besoin — littéralement remué — pour lire en priorité son livre arrivé le mois dernier. En niant que Littell ait trouvé une langue propre pour parler d'horreurs ainsi laissées dans la vulgarité voyeuriste de notre temps, et en enchaînant sur le souci de Meschonnic de savoir ce que dire dit (ou ce que dire fait dire au dit), me parlant au passage d'un livre inconnu (Le Sang du ciel, de Piotr Rawicz).

Passées ces lectures et découvertes matinales, je me décide à aller au centre de sport pour bouger autre chose que des neurones. Nisard étant resté au bureau, j'emporte le dernier Sevestre pas encore lu : Entrées en matière, sur quoi je sue sans peine quarante minutes. On est à de l'inauguration dans le chantier du Stade de France — et (le narrateur de) Sevestre n'aime pas les survestes...

« Quant aux costumes, ils permettent de déceler une bataille discrète, une discrimination souterraine, une lutte de reconnaissance entre sérieux et touriste, efficace et pièce rapportée, le présent solide et le figurant, l'investi de pouvoirs et l'invité léger, l'élu au pouvoir et l'anonyme élu, les premiers en surveste, cravate, veste, chemise et les seconds en manteaux contemplatifs. Un polo leur irait, un pull en V, des vêtements en laine. Mais ce n'est pas si simple. Les deux catégories aiment le foot et du reste je ne vois pas moi-même où je veux en venir avec ces deux catégories, c'est seulement que je viens d'apercevoir l'ancien directeur des programmes sportifs d'une chaîne cryptée plein de ses prérogatives et habitué des événements et vulgaire avec une cravate m'as-tu-vu et la chemise qui va avec et sa surveste marron [...] » (Alain Sevestre, Entrées en matière, Gallimard, 1999, p. 16)

Déjeuner au Downey avec David bien content de quitter un moment la kermesse, les sonos et les cris sous nos fenêtres de bureaux (ça s'appelle le Festival de l'université). Il y retourne tandis que j'enfourche mon vrai vélo — sans peur des chétives gouttelettes — pour aller à Fukiage, au K's, supermarché d'électro-ménager et d'informatique où je trouve un casque audio (pour finir le Festival et me chauffer les oreilles l'hiver) et un disque dur externe I-O Data de 300 gigas (270, en réalité, formatage déjà fait).
Retour et trois heures de travail en continu. Je rentre dîner avec l'espoir de voir enfin Ce soir au Jamais de mardi, avec Nancy Huston, Alain Chabat et les années 80... Alléchant, non ? Mais toujours pas en ligne ! Pourquoi ? Il s'est passé quoi, en France, à part le changement d'heure, la trêve des expulsions et l'arrivée du froid ?... Je me rabats sur un film de télé, des transferts dans le nouveau disque dur et quelques enregistrements de cédés.

« La place du mort en matière de poésie est rarement celle que l'on croit : parce que le temps du rêve n'a rien de commun avec le temps social, parce que tant d'hommes qui arpentent désertés par les rêves le terrain social parlent plus morts que vivants, et qu'il suffit d'ouvrir La Vie de Henry Brulard, de Stendhal, pour être saisi par la vie qui l'habite, le porte, nous emporte au brouillon des songes, là où les mots de Stendhal sont infiniment plus puissants et vivants que ceux des contemporains qui bavardent à nos côtés.» (Bertrand Leclair, Verticalité de la littérature, champ Vallon, 2005, p. 9-10)