Dribble avec les temps verbaux
Par Berlol, mercredi 8 novembre 2006 à 23:57 :: General :: #448 :: rss
Commentaire déposé ce matin chez Grapheus Tis, sur un sujet récurrent — qu'il faut gratter :
« Le journaliste : "S'il y a des écrivains qui font des blogs et qui sont déjà des écrivains et qui ont leur étiquette d'écrivain bien visible, qu'ils lèvent la main ! Les autres, on est désolé mais vous n'êtes pas des écrivains donc on peut pas vous interroger sur ce que vous pensez des écrivains, de la littérature ou des blogs d'écrivains. Il faut d'abord être écrivain. Faites-vous publier dans une de ces maisons, vous savez, bien en dur, avec un livre bien en papier, inscrivez-vous à l'administration afférente, payez vos cotisations, montrez-nous votre carte et après on verra. Vous croyez pas qu'avec vos blogs où vous écrivez n'importe quoi qu'aucun éditeur n'a validé vous allez nous impressionner, hein ! Nous on est là pour défendre une vision claire du monde, avec des catégories qui existent et que nos lecteurs peuvent bien reconnaître. Les écrivains, c'est bien, on sait ce que c'est depuis des siècles, on les lit pas, mais de temps en temps on leur pose des questions et eux ils nous donnent des réponses qu'on peut comprendre, parce que dans leurs livres c'est pas toujours évident, donc on préfère leur poser des questions à nous. Et là, sur les blogs, ça le fait bien. Et puis si on demandait pas à des écrivains, on demanderait à qui ? Comment voulez-vous qu'on trie pour savoir à qui on pourrait demander ?"
(Grmmfph...) »
[À quoi François Bon répond, le lendemain (j'ajoute des liens) : « [...] c'est bien ça l'enjeu de ce qui se passe en ce moment : désaffection globale des auteurs publiés pour les outils "émergents", comme si ça les mettait en danger, ou bien illusion que le Net se cantonnera à être une sorte de Quinzaine en virtuel, ou de Matricule bis, et d'autre part émergence EN TANT QUE phénomène littéraire, parce que questionnant et la langue et le monde, le réel et l'image, et parce qu'ils sont production, publication et médiatisation de langage, de blogs qui ne se posent pas forcément comme antichambre de la notion traditionnelle d'auteur — tout cela assorti d'une mutation de fond concernant les droits d'auteur, l'architecture éditoriale, etc. — donc méfie toi Berlol de pas te laisser enfermer dans les catégories de ceux que tu dénonces, sous prétexte d'y réagir : le champ s'est déjà déplacé, et nous participons de ce déplacement — en tout cas c'est ce que j'avais voulu dire, je crois que c'est net (sans jeu de mots) via ma réponse : le jlr EST inclus dans cette émergence devenue littérature de fait, par fonction, par circulation, par matière, comme Désordre ou Bourdais sont objets autonomes, dont la nature virtuelle est désormais complètement oubliée, vu l'impact de circulation »]
Pierre
blanche. David, mon collègue dont le petit ventre commence à prendre
tournure, s'est engagé à s'inscrire au centre de sports dans un avenir pas
très lointain à une certaine condition seulement connue de nous deux.
Condition tout à fait décente, je rassure. No Comment...
Moi, j'y vais sans attendre, dès la fin de l'après-midi. J'innove,
aujourd'hui pas de vélo mais une longue séance à la machine de marches, en
poussant les curseurs, vingt au maximum d'inclinaison (doit faire dans les
45 °) et vingt au maximum de résistance (comme si j'avais réellement
à soulever mes 70 kilos à chaque marche). Point de transpiration atteint en
dix minutes. Au final, un peu plus de 3000 marches en une trentaine de minutes
et au final près d'un kilo exsudé — le tout en continuant Entrées en
matière.
Alain Sevestre avait visiblement anticipé que je lirai Audeguy en même temps
que son livre ! Et voyez comment il nous dribble avec les temps verbaux
(n'oublions pas que son narrateur est au Stade de France un jour
d'inauguration officielle)...
« Nonobstant j'aurai souvent le nez dans les nuages. Quand j'en
aurai fini avec le mur, je lèverai les yeux. Un nuage est capable de se
raccourcir tout seul, sans aucun secours ; il peut découper une partie
de lui-même puis recoller les deux extrémités libérées, capable encore de
se répliquer. Toujours une intense compétition. Qu'est-ce que je pourrais
ajouter sur les nuages ? Que j'avais le sentiment de comprendre des
choses, oui, en somme, avec le recul.
Mon père aura été bien pour ça. Le sport, ça compte, ça forme, ça
développe, t'en as besoin. Il m'encouragea à ne pas me laisser dribbler.
Personnellement, je préférerai jouer arrière droit, ou demi, et quand le
ballon arrivera, relancer le plus loin possible, de toutes mes forces.
J'étais un bourrin, manquais de technique, compensais par la hargne, cognais,
lattais. [...] » (Alain Sevestre, Entrées en matière, p.
24-25)
« — Oh ! lui, l'enfoiré, lui lancé-je, il écrase son
mégot sur la pelouse.
Sans m'apercevoir, et m'apercevant au même moment que Jacques Chirac, c'est
Jacques Chirac, il venait d'arriver, était là, venait juste d'écraser sa
cigarette sur la pelouse. Je ne parlais pas de lui mais mes yeux se sont
portés sur lui au moment de terminer ma phrase. C'est très gênant. Je n'ose
plus regarder dans sa direction. Ma tête s'écrase dans les épaules. Je me
ratatine encore, passe sous la nappe, roule sur moi-même, puis carrément
rampe, un réflexe, tente de passer derrière le buffet, à l'abri de son
regard, pensé-je, me redresse, lève les yeux. Il me regarde ; il a
entendu ce que j'ai crié. Ça ne se passera pas comme ça. Déjà entré dans
l'enceinte du rectangle des élus et des corps constitués, il échappe à un
officiel et à deux gardes qui lui indiquaient la direction du second
rectangle, intérieur au nôtre, et protégé par un second jeu de cordons
rouges montés sur des piquets dorés, m'intercepte sans me toucher comme
j'essaye de m'esquiver et, visage compellatif, index et majeurs tendus vers
moi pour m'immobiliser [...] » (Ibid., p. 28-29 — la suite
dans le livre... hé ! hé !..)
« Il entre dans la peinture pure : il va peindre des skyscapes, des paysages de ciel sans aucun élément de décor terrestre ; pas même, dans un coin de la toile, la branche la plus élevée d'un arbre pour rappeler le sol. Chaque jour le ciel l'attend, toujours le même et toujours neuf.» (Stéphane Audeguy, La Théorie des nuages, p. 68)
Buisson naïf et globuleux...
N'empêche que le Goncourt à un Américain, ça a porté la poisse à
Bouche !
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