De 6 à 8, mise au propre des notes pour le cours. Il s'agira d'abord des émois, sujet commencé la semaine dernière, cette fois en compagnie de Mathilde (p. 145-153), une gamine du voisinage qu'on imagine mignonne et qui se prête au jeu de la femme et du mari. La sœur aînée, Ernestine, sans doute par jalousie, appelle Mme Lepic, qui avait dû déjà interdire ce jeu... Stoïque, Poil de Carotte préfère attendre la correction que de fuir. On détaille le beau style de Jules Renard, parfois tout proche de celui de Colette. Le lendemain, tentant de séduire Mathilde par des confidences sur la richesse de sa famille, Poil de Carotte laisse voir qu'il ne relie pas le fait que son père travaille et l'argent qui entre ou sort chaque mois du coffre-fort... Naïveté sans doute, mais naïveté vraisemblable pour l'époque. Un enfant d'aujourd'hui, dès cinq ans, doit certainement savoir qu'il y a relation directe entre le travail de ses parents et l'argent dont ils disposent.
     Mais trouverait-on quelqu'un pour s'exclamer comme M. Lepic : « Lustucru » ? (Sans doute en constatant, loin de l'idéalisme millionnaire de Poil de Carotte, que le pognon fond...) La marque de pâtes a pris ce nom en 1911. Le père Lustucru, lui, existe probablement depuis le XVIIe siècle, avant et indépendamment de la mère Michel qui a perdu son chat (sur l'air de la marche de Catinat), provenant peut-être de l'exclamation : « l'eusses-tu cru ? » — quand on respectait encore la concordance des temps...
Ensuite on parlera de « Comme Brutus » (116-120), ou quand les enfants se voient plus instruits que leurs parents — et surtout Poil de Carotte, qui montre des dispositions à devenir un futur Jules Renard...

     Brisons là ! Le cours s'est fait ensuite sur ces bases. Avec T., on a inauguré le « thé des rois mages » de Kusmi au petit déjeuner (on vient de finir le Prince Wladimir). Étonnante note d'amande. Après le cours (pendant que je trime, T. va au sauna-yoga...), nous sommes allés au Saint-Martin, tard, et c'était plein, nous avons dû attendre au comptoir qu'une table se libère. Pas longtemps. On nous a offert le Beaujolais nouveau. Pouâcre !... Que c'est pas bon !... Je finis petit à petit, parce que c'est offert de bon cœur, mais de moi-même, je n'en prendrais pas (ou je n'en eusse pas pris).

     Beaucoup plus tard, je regarde Ce soir ou Jamais de jeudi. Débat sur la philo, plus agréable qu'intéressant, mais c'est déjà beaucoup. Moment d'inquiétude qui se change en moment de grâce : quand Alexandre Jollien, que je ne connaissais pas, prend la parole. Il est partiellement handicapé moteur, voit-on, mais s'exprime avec une clarté et une fermeté qui laissent vite l'inquiétude loin derrière. À la différence de ce qui se produit dans bien des documentaires, qui sont d'ailleurs consacrés au handicap lui-même et qui ne sont jamais en direct, Frédéric Taddeï lui parle normalement, sans condescendance, ni effort ni ralentissement. Cela ranime mon espoir d'une télévision où des gens qui ont quelque chose à dire s'exprimeraient vraiment, quelle que soit leur condition physique et sans les sélectionner sur des critères discriminatoires de normalité télégénique. Avital Ronell semble avoir les faveurs de Lignes de fuite, lisons cela de près. En revanche, Delecroix et Pourriol ne m'ont pas convaincu du bien fondé de leur démarche.
Puis Higelin, qui n'y est pas, qui dit un peu n'importe quoi. C'est dommage. De plus l'émission est ségolénisée, avec des morceaux de Soir 3 dedans...

     Dernier dévédé de la saison 1 de Lost, avec 3 épisodes (au lieu de deux — heureusement parce qu'à la fin du deuxième, on était mal...). On voulait finir la saison avant notre départ ; que l'on sache un peu quoi faire si notre avion se crashe sur une île déserte...