Plutôt Moby Dick que Mac Guffin
Par Berlol, dimanche 19 novembre 2006 à 23:59 :: General :: #459 :: rss
Plusieurs personnes s'étonnent et concluent plus ou moins bien quant aux prix littéraires français attribués à des auteurs francophones — dans le sens restreint du terme : pas nés en France. Ainsi Alan Riding, « After Foreigners Take Four Top Book Awards, Is French Literature Burning? », dans The New York Times d'hier. Il y en a d'autres, mais pas la peine de faire le tour du web pour ça.
Mais ont-ils déjà tous oublié que 2006 est l'année de la Francophonie ? — et même de la francofffonie. Que de nombreuses manifestations et publications ont eu pour but de faire connaître les littératures de tous les locuteurs et scripteurs du français à travers le monde ? Que le Salon du livre de Paris y était consacré ? Et que tous les jurés littéraires ont eu à cœur, consciemment ou non, d'y participer, sachant que leurs tables de chevet comme leurs bureaux étaient garnis d'ouvrages obligeamment envoyés par des éditeurs désireux que leurs efforts soient récompensés. C'est une chaîne, qui tire cette fois dans le bon sens, et qui atteste, en dernier ressort de la bonne santé de la langue française dans le monde.
De
quoi ne se plaint-on pas ?
Voilà. À la question sur l'intimité, on pourrait répondre avec une photo comme
celle-ci, prise tout à l'heure. Et débrouillez-vous avec ça. Votre hésitation
entre le sérieux et la blague, la gêne dans l'interstice sont déjà des
marqueurs d'intimité, de l'inconnaissable de l'autre (moi ?) avec lequel, à
supposer comme vous le pouvez, vous êtes aussi déjà dans le questionnement de
votre intimité. Vous vous demandez : Est-ce que j'ai un petit chien en
peluche ? Est-ce que je pourrais en avoir un ? À quoi cela me servirait-il ?
Et chez lui (moi ?), le chien a-t-il été posé là pour la photo, ou y est-il
toujours ? Et ce fouillis autour, ça veut dire quoi ? Questionnant ces quelques
objets, qu'est-ce que j'essaie de savoir de l'autre (moi ?) ? Et pourquoi
est-ce que j'essaie de savoir quelque chose ? Je n'ai qu'à penser que c'est une
construction, un arrangement comme en font les photographes ? Mais pourquoi
préférerais-je, en fait, que ce soit vrai ? Ouichhh... Voilà... On y est.
Il pleut continûment et la température baisse. On reste à la maison. Pour le
déjeuner, je réinvente la cuisine grecque pour une sauce de pâtes... Avec deux
grosses aubergines, trois tomates, des clous de girofle, un peu de vinaigre
balsamique, sel poivre, une cuillérée de sucre et un bon coup de mixeur. Dans
les assiettes, je rajoute un peu de fromage de chèvre frais qui fond dans la
sauce. Résultat étonnamment bon et onctueux. Il en restera d'ailleurs pour
demain.
Le soir, c'est au tour de T. de préparer à la japonaise des petites tranches de
foie de porc aux légumes sautés, et une salade de daikon et shungiku,
recouverte de nori et avec sauce au yuzu.
Avant, après et entre les repas, on a travaillé tous les deux, chacun à son
projet. Nous sommes sortis pour marcher un peu, croyant que c'était juste pour
sortir une demi-heure, alors qu'il fallait récupérer des chaussures que j'avais
données à réparer — ça nous est revenu en passant devant la boutique, dans
Kagurazaka — et acheter du pain.
J'ai pris un bain aussi. Un moment de détente pour sortir en beauté d'Entrées
en matière, une « matière » — maintenant plutôt Moby Dick que Mac
Guffin — d'où le narrateur ne ressortira plus, lui. Laissons l'y.
Commentaires
1. Le dimanche 19 novembre 2006 à 19:18, par Manu :
Je reconnais un iRiver et des enceintes Edirol...
2. Le dimanche 19 novembre 2006 à 20:01, par vinteix :
Aberrants ces discours sur les "étrangers" qui "voleraient" la langue et la littérataure françaises aux Français ! (et en l'occurence, c'est un journaliste du "New York Times", des Etats-Unis d'Amérique, le pays le plus cosmopolite du monde, qui cherche à nous prouver quelque chose !? Y'en a que la bêtise n'effraie pas !) et les soi-disant défenseurs d'une langue pure, nationale, avec tous les phantasmes d'appropriation et de repli communautaire greffés sur la langue que ces positions charrient (à ce sujet : Derrida, "Le monolinguisme de l'autre", Marc Crépon : "Langues sans demeure").
La liste serait longue de ces "étrangers" devenus français ou pas, mais qui ont adopté la langue française pour écrire et en ont fait leur vraie "patrie", au-delà des frontières (géographiques, ethniques, linguistiques...), mais je m'y amuse quand même - et on remarquera au passage que certains d'entre eux ont apporté à la langue française une saveur, un souffle, un corps singuliers, inédits, créant véritablement une autre langue dans la langue : invention d'un langage, ce qu'est bien la littérature : Jean Potocki, Tzara, B.Fondane, Ionesco, M.Eliade, E.Cioran, G.Luca, S.Beckett, A.Hampâté Bâ, E.Jabès, G.Schehadé, J.Mansour, G.Henein, M.Fardoulis-Lagrange, A.Cossery, A.Chedid, A.Laâbi, T.Ben Jelloun, S.Stétié, M.Kundera, J.Semprun, F.Cheng.... et si on parlait de philosophie, on pourrait ajouter : C.Einstein, E.Lévinas, C.Castoriadis, K.Axelos...
3. Le dimanche 19 novembre 2006 à 20:50, par Berlol :
C'est également ce que Littell prétend pour lui-même quand on lui reproche les anglicismes dans son livre... C'est le dernier paragraphe de l'entretien (lien vite obsolète pour cause de commerce) :
« Il y a des anglicismes dans mon roman ! Et comment ! Je suis un locuteur de deux langues et, forcément, les langues se contaminent entre elles. Il y a un magnifique travail d'Albert Thibaudet qui montre, chez Flaubert, l'influence des provincialismes normands sur la langue littéraire de l'auteur de Madame Bovary. C'était perçu au départ comme une faute, mais, à partir de cela, Flaubert a produit des beautés. Chacun a ses particularités linguistiques. Alain Mabanckou va avoir de très belles trouvailles qui viennent de la manière qu'ont les Africains de parler français. Ses formules peuvent sembler bizarres, désuètes, mais elles sont magnifiques. Il est intéressant, cette année, que plusieurs prix littéraires aient été décernés à des non-francophones. Nancy Huston est anglophone. Comme pour moi, le français n'est pas la langue natale de Mabanckou. En Grande-Bretagne, cela fait des années que les plus grands écrivains sont indiens, pakistanais, japonais. Et, grâce à eux, la langue s'enrichit.» (Il faudra du temps pour expliquer ce succès, Le Monde du 16/11/2006)
4. Le lundi 20 novembre 2006 à 01:54, par brigetoun :
ô c'est tout simplement stupide ces ébauches de polémiques.
Face à chien, je penche la tête, et nous nous regardons, sans fin, simplement, jusqu'à ce que la faim nous éloigne
5. Le lundi 20 novembre 2006 à 02:12, par Berlol :
Nous l'appelons Milou...
Ajouter un commentaire