De quoi se plaint-on ?
Plusieurs personnes s'étonnent et concluent plus ou moins bien quant aux prix littéraires français attribués à des auteurs francophones — dans le sens restreint du terme : pas nés en France. Ainsi Alan Riding, « After Foreigners Take Four Top Book Awards, Is French Literature Burning? », dans The New York Times d'hier. Il y en a d'autres, mais pas la peine de faire le tour du web pour ça.
Mais ont-ils déjà tous oublié que 2006 est l'année de la Francophonie ? — et même de la francofffonie. Que de nombreuses manifestations et publications ont eu pour but de faire connaître les littératures de tous les locuteurs et scripteurs du français à travers le monde ? Que le Salon du livre de Paris y était consacré ? Et que tous les jurés littéraires ont eu à cœur, consciemment ou non, d'y participer, sachant que leurs tables de chevet comme leurs bureaux étaient garnis d'ouvrages obligeamment envoyés par des éditeurs désireux que leurs efforts soient récompensés. C'est une chaîne, qui tire cette fois dans le bon sens, et qui atteste, en dernier ressort de la bonne santé de la langue française dans le monde.

     De quoi ne se plaint-on pas ?
Voilà. À la question sur l'intimité, on pourrait répondre avec une photo comme celle-ci, prise tout à l'heure. Et débrouillez-vous avec ça. Votre hésitation entre le sérieux et la blague, la gêne dans l'interstice sont déjà des marqueurs d'intimité, de l'inconnaissable de l'autre (moi ?) avec lequel, à supposer comme vous le pouvez, vous êtes aussi déjà dans le questionnement de votre intimité. Vous vous demandez : Est-ce que j'ai un petit chien en peluche ? Est-ce que je pourrais en avoir un ? À quoi cela me servirait-il ?
Et chez lui (moi ?), le chien a-t-il été posé là pour la photo, ou y est-il toujours ? Et ce fouillis autour, ça veut dire quoi ? Questionnant ces quelques objets, qu'est-ce que j'essaie de savoir de l'autre (moi ?) ? Et pourquoi est-ce que j'essaie de savoir quelque chose ? Je n'ai qu'à penser que c'est une construction, un arrangement comme en font les photographes ? Mais pourquoi préférerais-je, en fait, que ce soit vrai ? Ouichhh... Voilà... On y est.

Il pleut continûment et la température baisse. On reste à la maison. Pour le déjeuner, je réinvente la cuisine grecque pour une sauce de pâtes... Avec deux grosses aubergines, trois tomates, des clous de girofle, un peu de vinaigre balsamique, sel poivre, une cuillérée de sucre et un bon coup de mixeur. Dans les assiettes, je rajoute un peu de fromage de chèvre frais qui fond dans la sauce. Résultat étonnamment bon et onctueux. Il en restera d'ailleurs pour demain.
Le soir, c'est au tour de T. de préparer à la japonaise des petites tranches de foie de porc aux légumes sautés, et une salade de daikon et shungiku, recouverte de nori et avec sauce au yuzu.
Avant, après et entre les repas, on a travaillé tous les deux, chacun à son projet. Nous sommes sortis pour marcher un peu, croyant que c'était juste pour sortir une demi-heure, alors qu'il fallait récupérer des chaussures que j'avais données à réparer — ça nous est revenu en passant devant la boutique, dans Kagurazaka — et acheter du pain.
J'ai pris un bain aussi. Un moment de détente pour sortir en beauté d'Entrées en matière, une « matière » — maintenant plutôt Moby Dick que Mac Guffin — d'où le narrateur ne ressortira plus, lui. Laissons l'y.