dimanche 3 décembre 2006
Compactant le samedi dans le dimanche
Par Berlol, dimanche 3 décembre 2006 à 23:59 :: General
« Dire qu'elle a, qu'elle est le nom de notre ignorance, ne se justifie pas seulement parce qu'on ne sait rien d'elle. D'où la question aussi, qu'est-ce que c'est que savoir quelque chose d'une œuvre d'art. C'est surtout à cause de son appellation homologuée, la Dame d'Auxerre, cette résultante à la fois familière et dérisoire, désituée — par rapport à la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace — ce reliquat de folklore qu'elle traîne, accessoire de théâtre, caillou cassé, ayant failli finir aux ordures, vendue pour un franc, entrée à la sauvette sans même être enregistrée au musée d'Auxerre avant d'être échangée par le Louvre contre un tableau de Harpignies qui valait six fois plus, six francs. Cela, c'est la part du grotesque.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre (Éditions Laurence Teper, 2006.)
Allez,
on passe aux machines à fouiller tout pour entrer dans la salle d'attente. Moi,
je n'ai ni liquide ni gel, excepté le tube de crème à lèvres qui reste dans ma
poche. T. a des gouttes pour les yeux secs, dans une pochette plastique, bien.
Mais elle a un petit flacon de Coco de Chanel dans son écrin cartonné. Ça a
beau être du parfum — je m'en mets un peu sur les doigts pour que le cerbère
puisse bien le sentir —, il FAUT qu'il soit dans un sac plastique transparent
(voir JLR
du 6/11). C'est le règlement. Si l'on fait exception pour ça, ou pour une
bouteille d'eau dont quelqu'un peut boire devant tout le monde, alors c'est la
porte ouverte... (Mais la porte ouverte à quoi ?... À la reconnaissance de la
débilité du règlement, peut-être... Mais je ne dis pas jusque-là... Je ne suis
pas fou...) Alors que faire ? Simple, retourner en deçà du contrôle des
passeports, aux boutiques pour acheter un sachet plastique aux normes, dans
lequel on pourra mettre le flacon de parfum, que l'on pourra poser dans le bac
pour traverser le scanner. O.K. ! T. entre en salle d'attente avec nos affaires
et je retourne au contrôle des passeports où la queue me dissuade d'attendre
pour sortir, j'essaie la galerie commerciale duty free et je trouve, au
point presse, un sachet plastique standard à 10 centimes, reviens et passe
comme on vient de le dire. Juste après, dans la salle d'attente, je revois le
cerbère de tout à l'heure et lui dis qu'il y avait des sacs au point presse,
sans retourner dehors. Il est content pour nous et me dit : « Vous savez,
entre nous, ces sacs plastiques, ce n'est ni plus ni moins que des sacs
congélation...»
Films vus dans l'avion entre les plateaux de gavages, la lecture de magazines, les connexions d'au-dessus de la Russie et les somnolences difficiles : Le diable s'habille en Prada (D. Frankel, 2006), très décevant ; Toi et moi... et Duprée (Russo, 2006), beaucoup mieux que ce que j'en imaginais ; L'Illusionniste (Burger, 2006), accrochante histoire et superbe faction.
En
fait, pour nous, il n'y a pas de différence entre hier et aujourd'hui.
Nous faisons une journée continue étalée sur le week-end, compactant le samedi
dans le dimanche.
D'une rue Mouffetard l'autre.
L'avion survole la Russie, d'où je me connecte et poste quelques commentaires.
Et même une première version du billet d'hier. La personne devant moi ayant
incliné son siège, je n'ai pas la place de mettre mes mains devant le clavier.
Le portable posé sur mes jambes, le clavier sur le ventre, je tapote de deux
doigts et fais court. L'extinction des feux rend mon écran très visible, me
donnant l'impression d'être privé d'intimité...
Je parcours quelques blogs, quelques articles de presse. Mais il est tard, je
fatigue, l'attention se relâche, et la motivation avec. Ce vendredi de détente
n'a pas effacé les tensions et les fatigues de la semaine. T. réussit à
s'endormir par tranches, moi j'ai du mal avec la forme du fauteuil, mon
coccyx
s'endolorit, mais pas la tête cette fois.
Arrivée à l'heure, sortie sans encombres (avec un bon saucisson de montagne
dans ma valise), train pour Tokyo et taxi jusqu'au panneau sous ces nuages, qui
annonce pour bientôt notre rue Mouffetard, la Kagurazaka.