Avant l'embarquement, assis près de l'entrée du satellite numéro 5 du dédale de Roissy, pendant que T. faisait quelques courses dans la galerie commerciale duty free, j'ai commencé la lecture de la Dame d'Auxerre dont j'avais entendu parler il y a un mois et que l'auteur m'a amicalement offert mardi au Berthoud. Non que je m'intéresse particulièrement à la sculpture ou à l'ordre dédalique mais :

« Dire qu'elle a, qu'elle est le nom de notre ignorance, ne se justifie pas seulement parce qu'on ne sait rien d'elle. D'où la question aussi, qu'est-ce que c'est que savoir quelque chose d'une œuvre d'art. C'est surtout à cause de son appellation homologuée, la Dame d'Auxerre, cette résultante à la fois familière et dérisoire, désituée — par rapport à la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace — ce reliquat de folklore qu'elle traîne, accessoire de théâtre, caillou cassé, ayant failli finir aux ordures, vendue pour un franc, entrée à la sauvette sans même être enregistrée au musée d'Auxerre avant d'être échangée par le Louvre contre un tableau de Harpignies qui valait six fois plus, six francs. Cela, c'est la part du grotesque.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre (Éditions Laurence Teper, 2006.)

Allez, on passe aux machines à fouiller tout pour entrer dans la salle d'attente. Moi, je n'ai ni liquide ni gel, excepté le tube de crème à lèvres qui reste dans ma poche. T. a des gouttes pour les yeux secs, dans une pochette plastique, bien. Mais elle a un petit flacon de Coco de Chanel dans son écrin cartonné. Ça a beau être du parfum — je m'en mets un peu sur les doigts pour que le cerbère puisse bien le sentir —, il FAUT qu'il soit dans un sac plastique transparent (voir JLR du 6/11). C'est le règlement. Si l'on fait exception pour ça, ou pour une bouteille d'eau dont quelqu'un peut boire devant tout le monde, alors c'est la porte ouverte... (Mais la porte ouverte à quoi ?... À la reconnaissance de la débilité du règlement, peut-être... Mais je ne dis pas jusque-là... Je ne suis pas fou...) Alors que faire ? Simple, retourner en deçà du contrôle des passeports, aux boutiques pour acheter un sachet plastique aux normes, dans lequel on pourra mettre le flacon de parfum, que l'on pourra poser dans le bac pour traverser le scanner. O.K. ! T. entre en salle d'attente avec nos affaires et je retourne au contrôle des passeports où la queue me dissuade d'attendre pour sortir, j'essaie la galerie commerciale duty free et je trouve, au point presse, un sachet plastique standard à 10 centimes, reviens et passe comme on vient de le dire. Juste après, dans la salle d'attente, je revois le cerbère de tout à l'heure et lui dis qu'il y avait des sacs au point presse, sans retourner dehors. Il est content pour nous et me dit : « Vous savez, entre nous, ces sacs plastiques, ce n'est ni plus ni moins que des sacs congélation...»

Films vus dans l'avion entre les plateaux de gavages, la lecture de magazines, les connexions d'au-dessus de la Russie et les somnolences difficiles : Le diable s'habille en Prada (D. Frankel, 2006), très décevant ; Toi et moi... et Duprée (Russo, 2006), beaucoup mieux que ce que j'en imaginais ; L'Illusionniste (Burger, 2006), accrochante histoire et superbe faction.

En fait, pour nous, il n'y a pas de différence entre hier et aujourd'hui.
Nous faisons une journée continue étalée sur le week-end, compactant le samedi dans le dimanche.

D'une rue Mouffetard l'autre.
L'avion survole la Russie, d'où je me connecte et poste quelques commentaires. Et même une première version du billet d'hier. La personne devant moi ayant incliné son siège, je n'ai pas la place de mettre mes mains devant le clavier. Le portable posé sur mes jambes, le clavier sur le ventre, je tapote de deux doigts et fais court. L'extinction des feux rend mon écran très visible, me donnant l'impression d'être privé d'intimité...
Je parcours quelques blogs, quelques articles de presse. Mais il est tard, je fatigue, l'attention se relâche, et la motivation avec. Ce vendredi de détente n'a pas effacé les tensions et les fatigues de la semaine. T. réussit à s'endormir par tranches, moi j'ai du mal avec la forme du fauteuil, mon coccyx s'endolorit, mais pas la tête cette fois.
Arrivée à l'heure, sortie sans encombres (avec un bon saucisson de montagne dans ma valise), train pour Tokyo et taxi jusqu'au panneau sous ces nuages, qui annonce pour bientôt notre rue Mouffetard, la Kagurazaka.