lundi 4 décembre 2006
Un urinoir n'est jamais qu'un urinoir
Par Berlol, lundi 4 décembre 2006 à 23:21 :: General
Pendant ce temps, je fais la tournée des blogs.
Toujours surpris de me voir cité, et ici amusé que ce soit oblique — mais surtout à me dire que cette personne était dans l'auditorium jeudi ! Pour parler de cette journée d'étude « Éditer l'intime ? » et de ses diverses conséquences blogosphériques, il serait dorénavant judicieux de se référer centripètement au billet « Ricochets d'intime » de Christine. De mon côté, j'ai ajouté au billet du 30/11 le programme mis à jour, ainsi qu'un lien vers mon intervention en audio.
Philippe De Jonckheere, répondant à ce qui ressemblait fortement à une
attaque d'une éditrice, Sylvie
Gillet : « Aucun
désir, aucune envie que ce que vous appelez mon blog soit publié. [...] vous
avez une condescendance par rapport à ce qui se trouve sur Internet qui est
inversement proportionnelle à l'intérêt de ce que les éditeurs sont capables de
produire chaque rentrée littéraire.»
Pour contextualiser et pour beaucoup d'autres propos passionnants des quatre
intervenants et du modérateur, on peut écouter la
version en ligne
de
Philippe (1h04min.) ou la
mienne, intégrale
(2h11min.).
Pour ma part, je pense que Sylvie Gillet ne souhaitait pas attaquer Philippe,
qu'elle s'est laissée aller à quelque facilité rhétorique crue sans
conséquence, sans savoir à qui elle avait affaire ; ce qui peut autant être
mépris et condescendance que le dommage d'une non-présentation préalable. N'en
parlons plus.
Avec T., déjeuner au Saint-Martin, c'était couru. Pour du poulet-frites, évident. Mais aussi avec Morvan, ça c'est la première fois. Pourtant, je le connais depuis au moins dix ans ! Entre casanier et misanthrope, il ne fréquente pas beaucoup. Nous, à coup sûr, alors que l'estime semble réciproque. D'autres, je n'y suis pas, mais je n'y crois guère. C'est chez Giono, dans des montagnes isolées, que s'il était personnage littéraire je le logerai... Une fois, nous nous épanchâmes déraisonnablement.
« La mare aux canards du Landerneau littéraire », « trébucher sur la
dernière marche du podium », « ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à
faire la grimace », « changer le cours des saisons », « les hirondelles ne font
pas le printemps », « à Saint-Tropez on se calme [et] on boit frais »,
« la poule aux œufs d'or », « conserver leur place au soleil », « tirent leur
épingle du jeu », « fondre comme neige au soleil », « Sea, sex and sun... et la
nave va », « un monstre à deux têtes », « vont bon train », « jouer les
Cassandres », « oiseaux de bon ou de mauvais augure », « retour vers le
futur », « dans le marc de café », « pétard mouillé », « la cuvée 2006 », « le
goût de bouchon », « pas dit son dernier mot », « de derrière les fagots »,
« la grenade dégoupillée », « le Landerneau des lettres », « l'effet d'une
bombe dans le microcosme germanopratin », « enfonce le clou », « allumé la
mèche », « pousse des cris d'orfraie », « les langues se délient », « à qui au
juste profite le crime », « son cheval de bataille », « un vent de glasnost
souffle donc sur la république bananière des lettres », « depuis que le monde
est monde », « tirent depuis toujours les ficelles de cette mascarade », « se
partagent les miettes du gâteau », « petits meurtres entre amis », « sont
légion », « telle la liberté guidant le peuple », « duels à fleurets
mouchetés », « des tambouilles en cuisine », « les bons comptes font les bons
amis », « n'y allait pas par quatre chemins », « attirent le chaland comme le
Label rouge sur les poulets fermiers », « pour le meilleur et pour le pire »,
« fait une entrée fracassante parmi l'élite », « mammouth qui écrase les
prix », « ce pavé qui sonne le retour », « brille au firmament des lettres »,
« en quête d'un second souffle », « jeune premier de Saint-Germain-des-Prés »,
« plongée au cœur de l'enfer des hommes », « le sauveur de la république des
lettres française » (sic), « prédisait [...] le sort funeste »,
« serrer les mains de ses ennemis d'hier devenus en quelques heures ses amis de
toujours », « presque à l'unanimité » [en fait, 7 contre 3], « entrée
fracassante dans les hit-parades » [mot composé employé trois fois],
« histoire d'une success-story », « moment de grâce », « les lecteurs ont
finalement le dernier mot ».
Ouf ! C'est la liste exhaustive des clichés et expressions toutes faites
employées par Eli Flory dans le dossier sur la rentrée littéraire, aux pages
4-11 du numéro 1 du Magazine des Livres (une seule de ces expressions
est en page 5, emplie à 80 % de citations de Stendhal, du Parisien, de
Christine Ferrand, deux fois, du blog de Livres Hebdo, on cite également
un sondage du site de Livres Hebdo, source dont chacun sait ici la
fiabilité...). Avec la moitié, l'article serait au niveau de vulgarisation des
revues scientifiques (dans lesquelles métaphores et stéréotypes ont souvent une
fonction explicative), mais avec cette quantité, je crois qu'est atteint un
certain niveau de vulgarité.
Eh bien, chère Elie, je préférais de loin quand vous écriviez vos billets
spirituels Du coq à l'âne.
Alors, je sais bien qu'il faut manger, mais de grâce, essayez d'écrire avec vos
mots à vous et cessez de délayer. Si ça ne fait que trois pages, ne tirez pas à
cinq. Et surtout, ne croyez pas que ça amuse qui que ce soit, c'est là
l'erreur, je crois.
Certes, je ne suis pas du tout d'accord avec votre valorisation de Littell
articulée sur une dévalorisation d'Angot (ce sont les deux seuls auteurs dont
la présence se trouve commentée, on n'a donc pas d'autre choix que de les
articuler), mais cela n'aurait aucune importance si vous écriviez
personnellement. À moins que votre écriture n'ait toujours été qu'un
centon
de
poncifs. Non, je n'ose m'y résoudre...
Qui n'a rien à voir (heureusement).
Excellent
Ce soir ou Jamais que celui du 28 novembre, découvert ce soir. Fabrice
Luchini promouvant La Fontaine en ouverture, extravagant, cabotin, fou, mais
grandiose et touchant juste. Puis intéressant débat sur divers sujets
d'actualité, dont de très sensés propos d'Éric Rochant sur le dangereux usage
politique des religions. Et l'affirmation duchampesque qu'un urinoir n'est
jamais qu'un urinoir.