Sorti d'une grosse huitaine d'heures de sommeil réparateur, je me réinstalle à l'enregistrement d'émissions de France Culture, celles que je n'ai pas pu écouter durant mon séjour en France, trop dense pour laisser quelque place que ce soit à la radio, ou de plus anciennes comme les pièces de Beckett des dimanches depuis trois semaines.
Pendant ce temps, je fais la tournée des blogs.
Toujours surpris de me voir cité, et ici amusé que ce soit oblique — mais surtout à me dire que cette personne était dans l'auditorium jeudi ! Pour parler de cette journée d'étude « Éditer l'intime ? » et de ses diverses conséquences blogosphériques, il serait dorénavant judicieux de se référer centripètement au billet « Ricochets d'intime » de Christine. De mon côté, j'ai ajouté au billet du 30/11 le programme mis à jour, ainsi qu'un lien vers mon intervention en audio.

Philippe De Jonckheere, répondant à ce qui ressemblait fortement à une attaque d'une éditrice, Sylvie Gillet : « Aucun désir, aucune envie que ce que vous appelez mon blog soit publié. [...] vous avez une condescendance par rapport à ce qui se trouve sur Internet qui est inversement proportionnelle à l'intérêt de ce que les éditeurs sont capables de produire chaque rentrée littéraire.»
Pour contextualiser et pour beaucoup d'autres propos passionnants des quatre intervenants et du modérateur, on peut écouter la version en ligne de Philippe (1h04min.) ou la mienne, intégrale (2h11min.).
Pour ma part, je pense que Sylvie Gillet ne souhaitait pas attaquer Philippe, qu'elle s'est laissée aller à quelque facilité rhétorique crue sans conséquence, sans savoir à qui elle avait affaire ; ce qui peut autant être mépris et condescendance que le dommage d'une non-présentation préalable. N'en parlons plus.

Avec T., déjeuner au Saint-Martin, c'était couru. Pour du poulet-frites, évident. Mais aussi avec Morvan, ça c'est la première fois. Pourtant, je le connais depuis au moins dix ans ! Entre casanier et misanthrope, il ne fréquente pas beaucoup. Nous, à coup sûr, alors que l'estime semble réciproque. D'autres, je n'y suis pas, mais je n'y crois guère. C'est chez Giono, dans des montagnes isolées, que s'il était personnage littéraire je le logerai... Une fois, nous nous épanchâmes déraisonnablement.

« La mare aux canards du Landerneau littéraire », « trébucher sur la dernière marche du podium », « ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace », « changer le cours des saisons », « les hirondelles ne font pas le printemps », « à Saint-Tropez on se calme [et] on boit frais », « la poule aux œufs d'or », « conserver leur place au soleil », « tirent leur épingle du jeu », « fondre comme neige au soleil », « Sea, sex and sun... et la nave va », « un monstre à deux têtes », « vont bon train », « jouer les Cassandres », « oiseaux de bon ou de mauvais augure », « retour vers le futur », « dans le marc de café », « pétard mouillé », « la cuvée 2006 », « le goût de bouchon », « pas dit son dernier mot », « de derrière les fagots », « la grenade dégoupillée », « le Landerneau des lettres », « l'effet d'une bombe dans le microcosme germanopratin », « enfonce le clou », « allumé la mèche », « pousse des cris d'orfraie », « les langues se délient », « à qui au juste profite le crime », « son cheval de bataille », « un vent de glasnost souffle donc sur la république bananière des lettres », « depuis que le monde est monde », « tirent depuis toujours les ficelles de cette mascarade », « se partagent les miettes du gâteau », « petits meurtres entre amis », « sont légion », « telle la liberté guidant le peuple », « duels à fleurets mouchetés », « des tambouilles en cuisine », « les bons comptes font les bons amis », « n'y allait pas par quatre chemins », « attirent le chaland comme le Label rouge sur les poulets fermiers », « pour le meilleur et pour le pire », « fait une entrée fracassante parmi l'élite », « mammouth qui écrase les prix », « ce pavé qui sonne le retour », « brille au firmament des lettres », « en quête d'un second souffle », « jeune premier de Saint-Germain-des-Prés », « plongée au cœur de l'enfer des hommes », « le sauveur de la république des lettres française » (sic), « prédisait [...] le sort funeste », « serrer les mains de ses ennemis d'hier devenus en quelques heures ses amis de toujours », « presque à l'unanimité » [en fait, 7 contre 3], « entrée fracassante dans les hit-parades » [mot composé employé trois fois], « histoire d'une success-story », « moment de grâce », « les lecteurs ont finalement le dernier mot ».
Ouf ! C'est la liste exhaustive des clichés et expressions toutes faites employées par Eli Flory dans le dossier sur la rentrée littéraire, aux pages 4-11 du numéro 1 du Magazine des Livres (une seule de ces expressions est en page 5, emplie à 80 % de citations de Stendhal, du Parisien, de Christine Ferrand, deux fois, du blog de Livres Hebdo, on cite également un sondage du site de Livres Hebdo, source dont chacun sait ici la fiabilité...). Avec la moitié, l'article serait au niveau de vulgarisation des revues scientifiques (dans lesquelles métaphores et stéréotypes ont souvent une fonction explicative), mais avec cette quantité, je crois qu'est atteint un certain niveau de vulgarité.
Eh bien, chère Elie, je préférais de loin quand vous écriviez vos billets spirituels Du coq à l'âne. Alors, je sais bien qu'il faut manger, mais de grâce, essayez d'écrire avec vos mots à vous et cessez de délayer. Si ça ne fait que trois pages, ne tirez pas à cinq. Et surtout, ne croyez pas que ça amuse qui que ce soit, c'est là l'erreur, je crois.
Certes, je ne suis pas du tout d'accord avec votre valorisation de Littell articulée sur une dévalorisation d'Angot (ce sont les deux seuls auteurs dont la présence se trouve commentée, on n'a donc pas d'autre choix que de les articuler), mais cela n'aurait aucune importance si vous écriviez personnellement. À moins que votre écriture n'ait toujours été qu'un centon de poncifs. Non, je n'ose m'y résoudre...

Qui n'a rien à voir (heureusement).
Excellent Ce soir ou Jamais que celui du 28 novembre, découvert ce soir. Fabrice Luchini promouvant La Fontaine en ouverture, extravagant, cabotin, fou, mais grandiose et touchant juste. Puis intéressant débat sur divers sujets d'actualité, dont de très sensés propos d'Éric Rochant sur le dangereux usage politique des religions. Et l'affirmation duchampesque qu'un urinoir n'est jamais qu'un urinoir.