mardi 5 décembre 2006
Quelque chose après la sonnerie
Par Berlol, mardi 5 décembre 2006 à 23:55 :: General
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à la base par train avec grosse valise retournant à son placard. Il fait
beau. J'arrive à choper un bout de Fuji par dessus l'épaule de ma voisine
pendant que je finis de corriger des copies. Gros tas de courrier à
l'appartement et au bureau. Quelques dramaticules, paraît-il, dans une ou
deux réunions pendant mon absence mais rien de grave (en tout cas,
j'espère). Arrivée de mon fauteuil de bureau, un Okamura
Baron très design et surtout très ergonomique (si c'est
différent) : de quoi travailler sans se tordre le dos.Mes étudiantes de première année semblent contentes de me revoir. Ça fait plaisir. Comme on approche de la fin de l'année et que j'ai répété cent fois qu'on peut me poser des questions, le pli commence à se marquer et l'on voit ce que l'on ne voyait jamais il y a cinq ou dix ans, des étudiantes qui lèvent la main pendant le cours ou qui viennent demander quelque chose après la sonnerie. Et au moins la moitié du groupe qui prononce bien le « r »...
Fin d'après-midi, je commence à préparer l'entretien avec Jean-Philippe Toussaint, jeudi 14. Je potasse La Mélancolie de Zidane. La panenka. Le but de Hurst en 1966 (qui n'y était pas, finalement, selon une étude de scientifiques d'Oxford). Les légendes que ça fait. Le ciel de Berlin qui renvoie direct à La Télévision.
Encore du très bon Ce soir ou Jamais hier soir ! Avec Philippe Starck en ouverture. Puis un débat d'architectes sur les tours d'habitation. Puis un débat sur la musique techno, marrant.
Philippe Starck : « [...] Moi je suis anti-Bush,
profondément anti-Bush. J'ai une tendresse et une pitié pour le peuple
américain qui a un problème de dépression nerveuse globale. C'est un pays
qui a une dépression nerveuse. C'est un pays qui est en train d'imploser.
Donc, il faut plutôt s'occuper d'eux, il faut les materner. Parce qu'ils sont
quand même pas tous nuls. Évidemment, c'est des gens qui ont été tous
d'accord à 74 % pour aller voler le pétrole de quelqu'un. Après, quand
l'affaire a été moins rentable, ils ont été moins d'accord. Après, la
première élection, ils se sont fait avoir. Évidemment, il y a eu une fausse
élection, il y a eu tricherie. Mais l'erreur n'est jamais la première fois,
l'erreur est toujours la deuxième fois. Ils ont réélu le même sachant qui
il était. Alors là...
Frédéric Taddeï : — Vous avez parlé vous-même de l'avènement
d'un totalitarisme mondial, vous n'y êtes pas allé avec le dos de la
cuiller... Vous avez dit : c'est carrément un jour de deuil pour nous et
nos enfants, on a perdu notre liberté...
P. S. : — Oui, il y a des gens qui, pour des raisons
d'enrichissement personnel, c'est ça qu'il faut comprendre avant tout. Parce
que nous, Européens, romantiques, avec une sorte d'éthique, malgré tout, on
va penser que des gens veulent prendre le pouvoir pour des idéologies, pour
le pouvoir, même, comme ce qui nous arrive aujourd'hui en France. Eh bien là
non, c'est même pas ça, c'est simplement pour l'argent, l'argent rapide,
sans aucune vision, sans aucune intelligence, simplement avec un
extraordinaire professionnalisme. On peut pas le comprendre, nous, et pourtant
c'est ça. On a vu le plus grand hold-up de toute l'humanité. Et le
problème, c'est qu'à l'Ouest, il y a ce grand hold-up, à l'Est, se fait le
même...
[Après le Soir 3] [...]
P. S. : — Moi, ce que je ne peux pas supporter, c'est les gens qui
vont préméditer de réduire l'audience d'un produit en disant "Oh, je
vais parler simplement à 1000 beautiful people dans le monde, et je
demande plus cher, etc." Je trouve ça d'une vulgarité !... [...]
Moi, je travaille en général aux deux bouts de la chose, c'est-à-dire que
je dessine des biberons à 2 dollars pour une pauvre maman dans la banlieue
d'Atlanta, qui lui ajoutera plus de fonctions, plus d'élégance. Et à
l'autre extrême, je construis en ce moment un méga-yacht de 200 millions de
dollars. Mais en fait, les deux se complètent parce que j'ai une petite
stratégie de Robin des Bois. C'est-à-dire que je vole les riches pour le
donner aux pauvres, c'est-à-dire que je me sers des riches comme laboratoire
de recherches avancées... Et quand je vois une idée, une intuition, une
technologie, quelque chose que je peux après ramener et redistribuer, c'est
ce que je fais.
P. S. : — [...] Le beau, je m'en méfie parce que c'est une tarte à
la crème. C'est la vaseline du commerce. Le beau, c'est dans le genre
culturel, ça appelle au goût, au j'aime et au j'aime pas, au j'aime et au je
n'aime plus, au ça me plaît et ça ne me plaît plus, donc à la mode et la
démode. Et la mode et la démode, c'est la consommation et la
surconsommation. Autrement dit, des choses qui sont totalement obsolètes,
dangereuses, méprisantes. Le bon, c'est des objets... c'est, à mon avis, ce
qu'on pourrait appeler, en termes cyniques, le marché du futur, j'espère, en
tout cas. C'est-à-dire des objets qui n'auraient pas que des fonctions
élargies, mais des fonctions simplement de rendre des services et surtout de
laisser les gens s'exprimer. Parce qu'il y a quelque chose de clair :
plus il y a de matière, moins il y a d'humain...»
[Etc.]
F. T. : — Par exemple, la France, vous n'avez jamais eu envie de
redessiner les frontières ? [...]
P. S. : — Euh... Je ne suis pas pour les frontières. Je pense que
la géographie a quasiment disparu. Je pense qu'aujourd'hui le monde est fait
de tribus, de tribus sentimentales, pour ne pas dire de tribus culturelles. Et
en fait, chaque ex-pays est fait d'une addition des mêmes tribus. Autrement
dit, aujourd'hui, dans notre société assez schizophrénique, on ne se parle
plus d'un pays à l'autre, on se parle d'une tribu à l'autre, et autrement
dit la jeune fille qui est là peut être de la tribu B, moi de la tribu A, la
jeune fille là de la tribu C, on n'a rien à se dire, et pourtant il y a
cinquante centimètres et un mètre là, tandis que j'aurai plus de proximité
avec la tribu A qui à Tokyo ou à Sydney. Donc, ça ne veut plus rien dire,
c'est plus là que ça se passe.»
Des choses qui mériteraient discussion, mais avec l'esprit desquelles je
suis tout à fait d'accord. Pour cette dernière idée, c'est étonnant, j'y
pensais ce matin avec l'idée enthousiaste de parler de la constellation à
laquelle je me sens appartenir. Celle de ceux et celles qui font le quotidien
de mes visites de blogs et dont je fais partie du quotidien ou de
l'hebdomadaire, je crois, sans que nous ayons à aligner ou systématiser quoi
que ce soit, que je rencontre(rai) à l'occasion et qui me sont plus proches
dans ma solitude essentielle et indiscutable que les voisins de pallier, de
famille ou de parcours scolaire, à de rares exceptions près.
Donc pas tribu, pour moi, mot qui m'indispose, trop grégaire quand même,
mais constellation, car dess(e)in commun dans le ciel réticulaire et relation
pensée dans une tension, mais sans enlever les distances géographiques, car
pour moi, la géographie — la géographie urbaine comme la géographie
mondiale — continue d'exister, doit exister pour la respiration personnelle
et le maintien des différences individuelles.