La boue d'une tranchée de neurones
Par Berlol, jeudi 7 décembre 2006 à 23:34 :: General :: #477 :: rss
Il en était question dans le 20-heures de France 2, ça s'appelle le yoga bikram, je n'aurais pas pu l'inventer. Comment j'avais dit, l'autre fois, quand T. y était allée ?...
Ça c'était dans le 20-heures de France 2, au petit déjeuner, comme d'habitude. Puis, mon cerveau s'étant un peu désembrumé, je me suis souvenu de France 24 et j'ai essayé l'adresse.
Miiiiraaaaaaaacle !!!!!!! Enfin, une chaîne francophone, directe, gratuite et permanente. J'ai laissé tourner plusieurs heures au bureau et le flux ne provoque pas d'erreur réseau, ni de bloquage quelconque. J'ai juste remarqué, par instants, un problème de son, dans les intermèdes quasi silencieux, où une rémanence faible d'anglais et d'arabe se fait entendre...
Ceci dit, comme on disait plus tard avec David, au Japon, il n'y a quasiment rien de réticulaire chez les médias audio-visuels, juste quelque petits bouts de programmes de rien du tout en ligne, aucun envergure. Pourquoi ? Parce qu'il y a déjà saturation de formules payantes... Cela veut-il dire qu'une majorité de Japonais aiment mieux payer pour de la merde que d'avoir de la qualité gratuite ? Y'a d'ça, je crois... Ou bien je fais erreur.
Deuxième grand événement de la journée : la visite pour conférence chez nous du ministre-conseiller de l'Ambassade de France au Japon, Christophe
Penot. Dans un amphi plein à craquer (plus de 300 étudiants et enseignants), il parle une heure durant de l'Europe, de
la formation d'icelle à ses problèmes actuels et aux perspectives qui s'offrent à l'Union.S'ensuit une demi-heure de questions, auxquelles il répond précisément. Puis un déplacement vers une salle protocolaire pour une réception à vingt-cinq, avec notre président, d'où cette mémorable photo (finalement, c'en est une autre, qui synchronise France 24 sur l'arrivée de C. Penot...).
Je me déçois. Je croyais que je savais faire ça. Et j'ai découvert, après m'être tordu l'esprit pendant un bon quart d'heure, que je n'y arrivais pas, que mon esprit, dont j'étais si fier (oui, je sais, je ne devrais pas), ne venait pas à bout normalement de cette opération mentale. J'ai bien eu une petite intuition, que j'ai essayé de pousser sur un coin de bloc-note, mais le résultat ne m'apporte aucune lumière d'évidence ou de vérité et je reste perplexe.
J'aimerais bien que quelqu'un me mette sur le chemin de pensée, dans la veine de raisonnement qui mène avec clarté à la solution.
Voici de quoi il s'agit : « Lors d'une horrible guerre moyenâgeuse, 85 % des combattants perdirent une oreille, 80 % un œil, 75 % un bras et 70 % une jambe. Combien au minimum de combattants ont perdu à la fois oreille, oeil, bras et jambe ? » (c'est une énigme trouvée sur ce site, où je puise parfois des petits problèmes pour mes étudiants).
Mon intuition ? Allez !, je me lance, c'est une première (au risque de révéler au monde entier ma crasse bêtise arithmétique) : pour minimiser les taux, je considère que les 30% qui n'ont pas perdu de jambe ont perdu un bras, de sorte que seulement 45% ont perdu à la fois un bras et une jambe. Il y aurait alors 55% à ne pas avoir perdu bras et jambe, parmi lesquels seraient au maximum ceux qui auraient perdu un œil, ce qui ferait qu'il y aurait 25% à avoir perdu bras, jambe et œil. Par conséquent, 75% n'auraient pas perdu en même temps les trois, qui se retrouveraient en majorité parmi ceux qui ont perdu une oreille, de sorte qu'il ne resterait que 10%, au minimum, à avoir perdu les 4.
Maintenant que je l'ai écrit (ouf !), ça a l'air de tenir. Mais au fond je n'en sais rien... Je patauge dans la boue d'une tranchée de neurones et je n'ai pas l'impression que le ciel se dégage (d'ailleurs, il pleuviote, ce soir) — et puis, c'est con, la guerre, aussi.
Je refroidis la boîte crânienne en cliquant mollement une petite centaine de fois sur le vote Ce soir ou Jamais du nouveau sondage de (ces sourds et aveugles de) Livres Hebdo (qui n'ont toujours rien compris à l'internet)*, puis je finis la soirée avec l'émission de mardi soir : les enfants des révolutionnaires, ça m'intéresse (notamment avec Christophe Bourseiller qui n'est finalement pas venu au Colloque des Invalides, même que quelqu'un en a fait la remarque comme quoi qu'il n'aurait pas prévenu et que c'est pas poli mais qui, ce soir, est là et parle bien, comme souvent). En revanche, les débats d'actualités avec une brochette de gens qui parlent tous en même temps, notamment Alain Finkielkraut, Gisèle Halimi, Jean-Jacques Beineix, etc. Ça, c'est pas tellement recommandable, c'est juste bon si on n'a rien à faire — ce qui n'est quand même pas mon cas.
* D'ailleurs, depuis le 22 novembre, on n'a toujours pas vu venir la liste des 333 romans qui n'ont fait l'objet d'aucune critique et que chez Livres Hebdo on prétendait avoir établie, à moins que ce ne soit pas vrai.
Commentaires
1. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:17, par jenbamin :
Bon, commençons par le début : la guerre, c'est moche. Vraiment. Et dans ces conditions, faut s'entraider. Moi, j'ai été (un peu) mathématicien. Mais c'était il y a longtemps. Depuis, je suis (un peu plus) musicologue, alors pas envie de poser des équations, d'autant plus qu'en temps de guerre, pas le temps de jouer les esthètes, faut aller vite, faut s'entraider. Tout le monde doit s'y mettre, les gars, et si vous voulez qu'on minimise le nombre de ceux qui auront perdu tout à la fois bras, œil, jambe et oreille, pas question qu'il y en ait un seul qui n'y perde rien, d'autant plus que c'est que des machins qu'on a en double : deux bras, deux œils, deux jambes et deux noreilles chacun, alors commencez pas à râler. C'est ma-thé-ma-tique ! Mais, eh, oh, c'est pas tout, parce que la guerre c'est vraiment dégueulasse, alors soyez pas mesquins : quitte à revenir éclopés, z'allez pas n'y perdre qu'un seul truc, sinon c'est les petits copains qui vont morfler pour vous. Pas à discuter : plus vous perdez de bidules, et moins il y en aura qui en perdront plus. C'est ma-thé-ma-tique, j'vous dis ! Allez, allez, pas juste un schmilblick, ni même deux, au point où vous en êtes : plus vous serez nombreux à perdre trois choses, et moins y en a qui perdront tout. Ma-thé-ma-tique, pas de ma faute, quand même ! Donc, on blinde les catégories : 25% perdent œil-jambe-oreille, 30% perdent œil-bras-oreille, 20% perdent bras-jambe-oreille, et comme ça sur les inévitables 25% qui perdent œil-bras-jambe, on peut laisser deux oreilles (et la queue ?) à 15%. Et désolé pour les 10% qui restent...
Moralité : si vous aviez écouté Berlol dès le début, eh ben... eh ben... eh ben, pareil, quoi !
2. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:35, par jenbamin :
La même, en équations : pour les sceptiques, et au cas où l'un de mes élèves en maths (il m'en reste, plein !) vienne à lire ça, que je ne perde pas toute crédibilité, enfin, toute trace de crédibilité, parce que déjà...
Pour la clarté de la démonstration, je ne m'occupe pas des oreilles, en tout cas pas tout de suite. Je pose :
a = ne perdent qu'un œil ;
b = ne perdent qu'un œil et un bras ;
c = perdent œil+bras+jambe ;
d = ne perdent qu'œil et jambe ;
e = ne perdent qu'une jambe ;
f = ne perdent qu'une jambe et un bras ;
g = ne perdent qu'un bras ;
h = ne perdent rien.
on a donc :
a+b+c+d = 80 zyeux ;
c+d+e+f = 70 jambes ;
b+c+f+g = 75 bras ;
a+b+c+d+e+f+g+h = 100 gus.
je somme les trois premières équations :
a+2b+3c+2d+e+2f+g = 225 ;
je retranche la quatrième :
b+2c+d+f-h = 125 ;
mais puisque h est positif ou nul, et que b+c+d+f reste inférieur ou égal à 100, il vient :
c supérieur ou égal à 25 ;
mais puisque Berlol, puis moi-même, avons montré que cette configuration était possible (version équations : a=e=g=h=0, b=30, d=25, f=20 et, donc, c=25), elle est clairement optimale.
Il ne reste plus qu'à couper 85 oreilles... CQFD ! (Fichtre, longtemps que je n'avais pas fait ça, moi !)
3. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:43, par Dom :
C'est de Lewis Carroll. Sa réponse, très lapidaire, est là :
etext.library.adelaide.ed...
J'ai tourné aussi assez longtemps sur le fait de ramener à 100 une valeur qui dépasse. Si on ajoute les blessés au bras et à la jambe, on obtient 145, soit 45 de trop par rapport à 100 (il s'agit de pourcentage, le total ne peut être que 100), qui est la valeur minimale de recouvrement, soit de soldats blessés deux fois (ça revient à dire que tous les soldats ont été au moins blessés une fois, ce qui minimise en effet le nombre nécesaire de blessés deux fois). Et ça s'enchaîne, en prenant à chaque fois le nombre minimal de blessés n fois obtenu à l'étape précédente :
70+75-100=45
45+80-100=25
25+85-100=10
On peut aussi imaginer des intervalles qu'on fait glisser les uns sur les autres pour garder une longueur égale à 100.
4. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:59, par Berlol :
'Tain ! J'avais bon, alors ! Mince !... Merci à vous deux ! Et content de trouver Lewis Carroll là-dedans !
5. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:05, par jenbamin :
J'aime bien la solution de l'ami Lewis : compter le nombre de blessures...
70+75+80+85 = 310 oeils-bras-jambes-oreilles perdus pour 100 gus, et donc au moins 10 qui ne se contentent pas de trois pertes.
Simple, élégant, efficace.
6. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:45, par christine :
la démonstration de Lewis Carroll est en effet très élégante dans sa troublante simplicité algébrique (au point qu'on se dit à la première lecture que ça le fait pas et que ça doit être un gag) mais j'aime bien aussi votre première démonstration, jenbamin, qui a l'efficacité d'une fable
(là je distribue des bons points mais, mon bac scientifique étant déjà loin, et mes neurones pas très coopératifs ce soir, je faisais moins la fière il y a un moment et j'attendais lâchement que quelqu'un confirme ou infirme la solution de Berlol ...)
7. Le vendredi 8 décembre 2006 à 01:47, par brigetoun :
charmant Bourseiller mais son expérience avait été tout de même moins radicale que celle de la fille de Linhart (qui à part le lycée de sa fille n'a fait aucune concession genre fois gras ou climat intellectuel) - une belle passion contenue cette fille, et le charme de la fille Costa Gavras qui m'a donné envie de voir son film
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