samedi 9 décembre 2006
La mélancolie... Par la coquille fêlée du garnement
Par Berlol, samedi 9 décembre 2006 à 23:40 :: General
Dans les trois chapitres intitulés « La Pièce d'argent », « Les Idées personnelles » et « La Tempête de feuilles », le cadet des Lepic découvre successivement l'effet boomerang du mensonge (il en avait déjà un peu tâté), qu'il n'est pas bon de vouloir communiquer ses idées personnelles, fussent-elles pleines d'esprit critique et bardées d'art oratoire, et enfin que le regard du solitaire peut soudain poétiser le monde d'automne — et s'inventer la mélancolie... Par la coquille fêlée du garnement pondu, pointent les signes avant-coureurs du Jules Renard...
S'il est vrai qu'il a composé les chapitres sans ordre préconçu, en faisant évoluer son projet au fur et à mesure, et s'il est également vrai qu'il a tenté diverses combinaisons pour définir l'ordre final des chapitres (ce qu'on pourrait appeler le montage), le lecteur attentif ne peut que constater à quel point l'ordre finalement choisi épouse l'évolution normale de la psychologie de l'enfant — de quand il n'a pas de parole qui puisse servir ou être crue à quand il expose en orateur son déni des liens du sang, ce dont on ne lui sait pas gré. D'où la recherche d'autres interlocuteurs et, pourquoi pas, de la feuille d'automne qui, du haut de l'arbre, lui « fait un signe » avant de se détacher — sans doute pour devenir feuille de papier.
Cinéma à l'Institut, après le déjeuner au Saint-Martin (des merguez-frites,
ça réchauffe bien, alors qu'il fait humide et froid, un peu comme en
Suède...) :
Monika
(Ingmar Bergman, 1952), ou l'histoire d'une libération sexuelle & sociale, et
comme du féminisme involontaire chez une jeune fille qui veut seulement une
autre vie que celle des ouvriers et des petits-bourgeois. Heureusement que
je l'avais déjà vu parce qu'en suédois sous-titré japonais...
Le lien avec Virginie Despentes est vite fait, d'autant que juste après, à la
médiathèque, je lis l'article de Patrick Kéchichian dans le dernier numéro de
la Quinzaine littéraire, et que je n'ai pas l'impression de lire le même
livre que lui. Sans doute parce que le propos de King Kong Théorie ne me
vise ni ne m'atteint, attentif que j'ai toujours été à ne jamais entrer dans
les jeux machistes et condescendants de la domination, de la protection ou de la
possession. De plus, il concède en fin d'article qu'il s'agit bien d'un
écrivain, lui reconnaissant des qualités d'écriture, alors que pour ma part
c'est par là que je commencerais (et c'était bien le cas pas plus tard qu'hier).
Étonnante coïncidence, Classici Stranieri vient de proposer au
téléchargement un ouvrage de 1883 de Clarisse Bader intitulé
La
Femme française dans les temps modernes, étude qui a l'air tout à fait
sérieuse et documentée...
(D'autres ouvrages en français ont été récemment proposés, il faut se balader
un peu dans le site, ou s'abonner au fil RSS.)
Revenu à la maison, je reprends les enregistrements de France Culture avec un retard dans le suivi des programmes qui frise les trois semaines... J'arrive notamment à récupérer le Promeneur retrouvé de Dominique Meens (Surpris par la nuit du 29 novembre) et Cette Fois de Samuel Beckett dans les (Perspectives contemporaines du 28 novembre).
Pendant que T. regarde
The
Libertine (Rochester,
le dernier des libertins, L. Dunmore, 2004), dont je décroche
rapidement parce que c'est maintenant de l'anglais châtié sous-titré japonais
(non sans avoir reconnu la belle
Kelly Reilly, la
Wendy de L'Auberge espagnole et des Poupées russes), je parcours
les constellations qui m'informent, en y trouvant peu de choses aussi
importantes à signaler que l'actualité d'Antoine
Volodine chez Remue.net,
grâce à un nouveau volume des Écritures contemporaines, dirigé par
Dominique Viart, chez Minard.
Volodine est, avec Échenoz, l'un des auteurs contemporains les plus étudiés, à
raison. C'est, je crois, inversement proportionnel à son succès public...
Allez, pour la route, vous prendrez bien un petit Can !...