Poil de carotte, avant-dernier cours à l'Institut franco-japonais.
Dans les trois chapitres intitulés « La Pièce d'argent », « Les Idées personnelles » et « La Tempête de feuilles », le cadet des Lepic découvre successivement l'effet boomerang du mensonge (il en avait déjà un peu tâté), qu'il n'est pas bon de vouloir communiquer ses idées personnelles, fussent-elles pleines d'esprit critique et bardées d'art oratoire, et enfin que le regard du solitaire peut soudain poétiser le monde d'automne — et s'inventer la mélancolie... Par la coquille fêlée du garnement pondu, pointent les signes avant-coureurs du Jules Renard...
S'il est vrai qu'il a composé les chapitres sans ordre préconçu, en faisant évoluer son projet au fur et à mesure, et s'il est également vrai qu'il a tenté diverses combinaisons pour définir l'ordre final des chapitres (ce qu'on pourrait appeler le montage), le lecteur attentif ne peut que constater à quel point l'ordre finalement choisi épouse l'évolution normale de la psychologie de l'enfant — de quand il n'a pas de parole qui puisse servir ou être crue à quand il expose en orateur son déni des liens du sang, ce dont on ne lui sait pas gré. D'où la recherche d'autres interlocuteurs et, pourquoi pas, de la feuille d'automne qui, du haut de l'arbre, lui « fait un signe » avant de se détacher — sans doute pour devenir feuille de papier.

Cinéma à l'Institut, après le déjeuner au Saint-Martin (des merguez-frites, ça réchauffe bien, alors qu'il fait humide et froid, un peu comme en Suède...) : Monika (Ingmar Bergman, 1952), ou l'histoire d'une libération sexuelle & sociale, et comme du féminisme involontaire chez une jeune fille qui veut seulement une autre vie que celle des ouvriers et des petits-bourgeois. Heureusement que je l'avais déjà vu parce qu'en suédois sous-titré japonais...
Le lien avec Virginie Despentes est vite fait, d'autant que juste après, à la médiathèque, je lis l'article de Patrick Kéchichian dans le dernier numéro de la Quinzaine littéraire, et que je n'ai pas l'impression de lire le même livre que lui. Sans doute parce que le propos de King Kong Théorie ne me vise ni ne m'atteint, attentif que j'ai toujours été à ne jamais entrer dans les jeux machistes et condescendants de la domination, de la protection ou de la possession. De plus, il concède en fin d'article qu'il s'agit bien d'un écrivain, lui reconnaissant des qualités d'écriture, alors que pour ma part c'est par là que je commencerais (et c'était bien le cas pas plus tard qu'hier).
Étonnante coïncidence, Classici Stranieri vient de proposer au téléchargement un ouvrage de 1883 de Clarisse Bader intitulé La Femme française dans les temps modernes, étude qui a l'air tout à fait sérieuse et documentée...
(D'autres ouvrages en français ont été récemment proposés, il faut se balader un peu dans le site, ou s'abonner au fil RSS.)

Revenu à la maison, je reprends les enregistrements de France Culture avec un retard dans le suivi des programmes qui frise les trois semaines... J'arrive notamment à récupérer le Promeneur retrouvé de Dominique Meens (Surpris par la nuit du 29 novembre) et Cette Fois de Samuel Beckett dans les (Perspectives contemporaines du 28 novembre).

Pendant que T. regarde The Libertine (Rochester, le dernier des libertins, L. Dunmore, 2004), dont je décroche rapidement parce que c'est maintenant de l'anglais châtié sous-titré japonais (non sans avoir reconnu la belle Kelly Reilly, la Wendy de L'Auberge espagnole et des Poupées russes), je parcours les constellations qui m'informent, en y trouvant peu de choses aussi importantes à signaler que l'actualité d'Antoine Volodine chez Remue.net, grâce à un nouveau volume des Écritures contemporaines, dirigé par Dominique Viart, chez Minard.
Volodine est, avec Échenoz, l'un des auteurs contemporains les plus étudiés, à raison. C'est, je crois, inversement proportionnel à son succès public...

Allez, pour la route, vous prendrez bien un petit Can !...