Soudain, je me suis souvenu de ce chauffeur de bus qui nous avait ouvert la porte au feu rouge du pont d'Austerlitz. Nous avions pris le 24 après avoir traversé la passerelle Simone-de-Beauvoir et voulions aller à Bastille pour ce merveilleux déjeuner italien rue de Sévigné. J'ai appuyé sur le bouton juste avant l'arrêt qui suit la gare de Lyon mais le chauffeur redémarrait déjà, après avoir été bloqué quelques mètres avant l'arrêt par d'autres véhicules, et se lançait en travers des nombreuses voies pour stopper au feu après lequel il traverserait la Seine. T. s'était levée en même temps que moi et nous restions stupides devant la porte, pensant déjà que nous allions devoir retraverser le pont, à pied ou dans un autre bus, et perdre du temps, arriver en retard. Ce qui n'était pas la fin du monde. Le conducteur nous avait repérés et avait sans doute compris ce qui s'était passé, peut-être en voyant dans son rétroviseur mon air hébété, même pas désagréable, en vérité, surpris et quand même contrarié. Alors, en une fraction de seconde, juste après avoir stoppé son bus et avoir je crois vérifié dans un rétroviseur externe qu'il n'y avait exceptionnellement pas de voitures dans les trois ou quatre voies sur la droite du bus, ni à l'horizon, il nous fit un signe mi-question mi-proposition, auquel, à nouveau surpris, j'acquiesçais. Et la porte s'ouvrit. Je descendis et mis pied à terre en regardant prudemment d'où pouvaient venir les voitures, T. finissant de descendre les deux marches et me tenant la main, quelque peu apeurée car jamais un conducteur de bus japonais n'aurait osé ouvrir de cette façon. Dans la belle lumière de ce jour-là, nous avons traversé les voies désertes, des voitures arrivaient mais encore à une bonne centaine de mètres. Il avait bien calculé notre coup. Je me retournais pour le remercier d'un signe de main et de tête, T. aussi. Le bus redémarrait déjà. Il reçut notre salut et sourit à son tour.
Après, boulevard Bourdon, il faisait presque aussi chaud qu'au début de Bouvard et Pécuchet. Nous étions heureux.

Enfin eu contact par mail avec Jean-Philippe Toussaint, qui est à Kyoto, qui m'écrit que je n'ai rien raté vendredi dernier parce qu'il n'était pas à l'Institut franco-japonais de Tokyo mais... à celui de Yokohama. Au temps pour moi qui, après avoir manqué l'info au moment opportun, en ai tronqué une autre dans l'après-coup... (Faudrait que je me concentre un peu.)
Avons convenu protocole d'accueil pour demain, de l'hôtel à l'Alliance, sans oublier l'after dans une izakaya.
Si ça se présente bien, je vais pouvoir l'introduire (!) sur ce nouveau paradoxe qui voit Zidane sortir du stade seul au monde et cinq mois plus tard entrer en Algérie dans les foules adulantes.

« Une pensée de vanille », c'est l'expression poétique qu'une étudiante a écrite dans une dictée de recette de cuisine. Elle a confondu, comme cela arrive souvent à l'oreille nippone, les en et les in, comme dans marrant et marin.
Si cela m'a aidé à passer cette journée un peu longue, avec cours de lecture d'un tableau de l'INSEE, réunion amicale d'étudiants français et japonais, puis réunion moins amicale des membres de la faculté ?
Oui, sans doute.

Éric Chevillard et Antoine Emaz ont reçu une bourse Thyde Monnier de la SGDL. C'est bien. La SGDL a organisé le 5 décembre une sorte de colloque, fait de trois tables rondes, intitulé La création littéraire à l'heure du numérique. C'est très bien. Avec des journalistes, des éditeurs, des créateurs et des gestionnaires du numérique et pas mal d'adresses web dans le programme au format pdf : Encres vagabondes, Comme un roman (librairie), Le Littéraire.com (SGDL), Chaoïd, Jean-Pierre Balpe, Xavier Malbreil, Patrick Morelli, Romain Protat. Un des débats portait sur les nouveaux droits d'auteur. Ça aurait sans doute plu à Philippe...
Mais pas de page web dédiée (autre que le pdf de la lettre mensuelle). Et surtout... pas de diffusion ! Personne n'a pu se payer un enregistreur mp3 à 66 euros ? Et même pas d'écho depuis ! Pas un de ces messieurs-dames pour en parler quelque part, par exemple dans un blog, une chronique, que sais-je !, un forum !
Sans doute des questions de... droits... sont-elles en jeu.
(Si quelqu'un en a parlé quelque part, qu'il ou elle m'excuse, mais c'est bien caché... Et surtout qu'il ou elle se fasse connaître.)