Bon, bah, il est plus d'une heure du matin et je viens de rentrer. Malgré la pluie, on est allé d'un restaurant à un bar pour discuter jusqu'à plus de minuit. Et c'est vrai qu'à la fin je portais un toast à Jean-Tilippe Phoussaint qui nous fit tous bien rire...

J'y reviendrai demain ou quand j'aurai le temps. Juste dire que la conférence-entretien avec Jean-Philippe Toussaint (soyons un peu sérieux) s'est bien déroulée, qu'il y avait plus de soixante-dix personnes dans la salle de l'Alliance française de Nagoya, que personne ne s'est endormi, je crois, j'avais l'œil, et que l'on a même eu droit à quelques scoops — outre le fait que c'était la première fois que Toussaint s'exprimait publiquement sur La Mélancolie de Zidane, que l'Alliance avait fait venir la librairie Maruzen pour vendre l'édition de Fuir en japonais, sorti il y a deux ou trois semaines, que des exemplaires du dernier opuscule envoyés par Minuit étaient aussi disponibles, que l'auteur a accepté une séance de signature de plus de vingt minutes, et qu'un collègue, Éric, pour ne pas le nommer, était venu de Kyoto, inversant le mouvement habituel qui voit les francophones nagoyens aller chercher pitance culturelle vers la rivière aux canards.
Nous aurons même bientôt en ligne une version audio (deux en fait : l'une, intégrale, avec la traduction consécutive en japonais, et l'autre, en français seulement) et pourquoi pas, un jour, quand David aura fait transfert, découpage et montage, quelques séquences vidéo...

Première photo avec son traducteur-interprète du jour, le professeur Kamada Takayuki (que j'ai connu doctorant à Waseda il y a treize ou quatorze ans).

Deuxième photo avec une lectrice au moment de la dédicace de son exemplaire.

Le lendemain...
Il y avait donc deux jeudis dans la journée, un premier, habituel, avec ses trois cours. Et puis un deuxième, enté sur le premier dès la fin du séminaire de cinéma, qui nous vit partir dans la voiture de David pour aller rejoindre Toussaint et Kamada à l'hôtel Rubrum d'Ikeshita, pour ultime serrage de boulons connivents, puis à quatre revenir sur Motoyama et l'Alliance, y saluer officiellement son directeur Benoît Olivier, par qui nous avons aussi eu pour la première fois une vraie affiche de conférence, avec la photo qui se trouve également dans le tirage limité de l'édition originale (celle que je suis allé chercher cher Minuit le mois dernier) — je vais en faire un scan dès que possible...

Tout d'abord, questionné par votre serviteur, également bien placé pour les photos de profil, Toussaint s'est expliqué sur la finesse de son livre, qu'il appelle parfois plaquette. Mais plus justement encore : « geste » littéraire. La Mélancolie de Zidane est un geste littéraire qui, dans sa brièveté même, répond à la brièveté du geste de Zidane. Il a voulu concentrer dans la subjectivité d'un instant les dimensions d'un paradoxe inédit : qu'il fallait être dans le stade de Berlin et assister à la finale de la Coupe du monde de football 2006, bien suivre des yeux le ballon lors de la 107e minute pour ne rien voir de ce qui se passait alors qu'une seule caméra le filmait, ce « ce » qui se passait, et le diffusait à des centaines de millions de téléspectateurs — qu'il fallait donc y être pour ne rien voir.
Ceux qui lui feraient reproche de cette brièveté en seront pour leurs frais et renvoyés avec bienveillance et irrévérence à la marchandise littéraire considérée seulement par son poids ; il y avait de quoi faire dans ce domaine en cette rentrée. Qu'on le laisse donc, à l'instar d'un Beckett, d'un Échenoz et de beaucoup d'autres hommes libres, en réalité, publier sa dizaine de pages, mais qu'on veuille bien les lire dans leurs diverses dimensions : celle de l'instant zidanien, celle du sujet Toussaint en phase avec le ciel berlinois et celle, intertextuelle, qui ramène par exemple La Salle de bains d'où fuyait déjà le robinet de la mélancolie.

« Est-ce que ça ne l'affadirait pas », s'il était le dernier texte d'un recueil des précédents écrits de Toussaint sur le football, comme c'était préalablement envisagé ?...

À venir, peut-être, sous sa plume lapidaire, un jour : Le Scandale de la brièveté.

« Tout le monde n'a pas eu la chance de ne rien voir...», dit-il. D'ailleurs, Jean-Philippe Toussaint n'a rien vu de la sécession de la Flandre. Il pourra sans doute l'écrire...