Y être pour ne rien voir
Par Berlol, jeudi 14 décembre 2006 à 23:59 :: General :: #484 :: rss
Bon,
bah, il est plus d'une heure du matin et je viens de rentrer. Malgré la
pluie, on est allé d'un restaurant à un bar pour discuter jusqu'à plus de
minuit. Et c'est vrai qu'à la fin je portais un toast à Jean-Tilippe
Phoussaint qui nous fit tous bien rire...
J'y reviendrai demain ou quand j'aurai le temps. Juste dire que la
conférence-entretien avec Jean-Philippe Toussaint (soyons un peu sérieux)
s'est bien déroulée, qu'il y avait plus de soixante-dix personnes dans la
salle de l'Alliance française de Nagoya, que personne ne s'est endormi, je
crois, j'avais l'œil, et que l'on a même eu droit à quelques scoops —
outre le fait que c'était la première fois que Toussaint s'exprimait
publiquement sur La Mélancolie de Zidane, que l'Alliance avait fait
venir la librairie Maruzen pour vendre l'édition de Fuir en japonais,
sorti il y a deux ou trois semaines,
que des exemplaires du dernier opuscule envoyés par Minuit étaient aussi
disponibles, que l'auteur a accepté une séance de signature de plus de vingt
minutes, et qu'un collègue, Éric, pour ne pas le nommer, était venu de
Kyoto, inversant le mouvement habituel qui voit les francophones nagoyens aller chercher
pitance culturelle vers la rivière aux canards.
Nous aurons même bientôt en ligne une version audio (deux en fait : l'une, intégrale, avec la traduction consécutive en japonais, et l'autre, en français seulement) et pourquoi pas, un
jour, quand David aura fait transfert, découpage et montage, quelques
séquences vidéo...
Première
photo avec son traducteur-interprète du jour, le professeur Kamada Takayuki
(que j'ai connu doctorant à Waseda il y a treize ou quatorze
ans).
Deuxième photo avec une lectrice au moment de la dédicace de son exemplaire.
Le lendemain...
Il y avait donc deux jeudis dans la journée, un premier, habituel, avec
ses trois cours. Et puis un deuxième, enté sur le premier dès la fin du
séminaire de cinéma, qui nous vit partir dans la voiture de David pour aller
rejoindre Toussaint et Kamada à l'hôtel Rubrum d'Ikeshita, pour ultime
serrage de boulons connivents, puis à quatre revenir sur Motoyama et
l'Alliance, y saluer officiellement son directeur Benoît Olivier, par qui
nous avons aussi eu pour la première fois une vraie affiche de conférence,
avec la photo qui se trouve également dans le tirage limité de l'édition
originale (celle que je suis allé chercher cher Minuit le mois dernier) —
je vais en faire un scan dès que possible...
Tout d'abord, questionné par votre serviteur, également bien placé pour
les photos de profil,
Toussaint s'est expliqué sur la finesse de son livre,
qu'il appelle parfois plaquette. Mais plus justement encore : « geste »
littéraire. La Mélancolie de Zidane est un geste littéraire qui,
dans sa brièveté même, répond à la brièveté du geste de Zidane. Il a
voulu concentrer dans la subjectivité d'un instant les dimensions d'un
paradoxe inédit : qu'il fallait être dans le stade de Berlin et
assister à la finale de la Coupe du monde de football 2006, bien suivre des
yeux le ballon lors de la 107e minute pour ne rien voir de ce qui se passait
alors qu'une seule caméra le filmait, ce « ce » qui se passait, et le diffusait à des centaines de
millions de téléspectateurs — qu'il fallait donc y être pour ne rien voir.
Ceux qui lui feraient reproche de cette brièveté en seront pour leurs frais
et renvoyés avec bienveillance et irrévérence à la marchandise littéraire considérée
seulement par son poids ; il y avait de quoi faire dans ce domaine en
cette rentrée. Qu'on le laisse donc, à l'instar d'un Beckett, d'un Échenoz
et de beaucoup d'autres hommes libres, en réalité, publier sa dizaine de
pages, mais qu'on veuille bien les lire dans leurs diverses
dimensions : celle de l'instant zidanien, celle du sujet Toussaint en
phase avec le ciel berlinois et celle, intertextuelle, qui ramène par exemple
La Salle de bains d'où fuyait déjà le robinet de la mélancolie.
« Est-ce que ça ne l'affadirait pas », s'il était le dernier texte d'un recueil des précédents écrits de Toussaint sur le football, comme c'était préalablement envisagé ?...
À venir, peut-être, sous sa plume lapidaire, un jour : Le Scandale de la brièveté.
« Tout le monde n'a pas eu la chance de ne rien voir...», dit-il. D'ailleurs, Jean-Philippe Toussaint n'a rien vu de la sécession de la Flandre. Il pourra sans doute l'écrire...
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