vendredi 15 décembre 2006
Billets de constat ou de dépit, mais peu de colère et peu de vraies explications
Par Berlol, vendredi 15 décembre 2006 à 16:11 :: General
Déjeuner Chez Toto, enfin ! Ouvert depuis quatre ou cinq ans dans le quartier de Shin-Sakae, pas loin du centre, je n'avais jamais réussi à aller dans ce restaurant. La seule fois que j'y suis venu, c'était un mercredi, jour de fermeture. On y vient à quatre, David, Benoît, Éric et moi. Mon carré d'agneau est splendide et rosé juteux, une merveille ! J'y reviendrai (dans l'autre sens).
Benoît déposé près de son Alliance, nous revenons à trois pour faire visiter le campus à Éric, qui nous quitte vers quatre heures pour aller chez son dentiste de Kyoto.
C'est après que je trouve enfin le temps de préparer les deux versions sonores de l'entretien avec Toussaint, l'une, intégrale, avec la traduction consécutive en japonais, et l'autre, en français seulement, avant de filer prendre mon shinkansen pour revenir à T. qui m'attend...
Parce que son ton me sidère et m'émeut, parce qu'elle est dans le milieu une des seules personnes qui en a, au point de dire ce qu'elle pense, de temps en temps, je recopie ce passage de Chloé Delaume, pour que ça circule et parce que c'est ce qui est le plus proche de mon avis et de ma sensibilité. J'ai lu ces jours-ci beaucoup de billets de constat ou de dépit, mais peu de colère et peu de vraies explications...
« La diffusion des petits éditeurs. La Fédération Diffusion, énième joujou de Léo Scheer relégué aux ordures, ça, excusez-moi mes petites poulets, mais fallait quand même s’y attendre. C’est rigolo, quand même, que personne ne m’écoute jamais, alors que depuis 2003 je dis à chacun de faire attention. Que les auteurs aient besoin de se taper eux même l’expérience du broyage et une dépression nerveuse sur mesure, passe encore. Mais que les éditeurs soient naïfs, s’imaginant que la dynamique n’est pas globale dans le cerveau du Docteur Olive, ça m’aura surprise jusqu’au bout.
Je sais pas mais quand même, suffisait de prendre Melville, la façon dont Melville avait été lancée, gérée. Alain Veinstein propose le projet, la maison, les auteurs, le catalogue. C’était donc censé être la sienne, de maison, à l’époque. On lui colle une donzelle comme assistante, une stagiaire d’ELS sans réelle expérience. Puis Veinstein se fait jeter, ça finit aux Prud’hommes et il se fait remplacer par sa propre assistante. Une fois que la fille sait bosser, c’est à son tour de se faire virer. Si ça, franchement, c’était pas un signe fort du gros n’importe quoi interne. Prenons donc les paris, combien de temps il va tenir, le nouveau remplaçant. J’espère qu’il aime les Lexomils. Et qu’on ne me réponde pas que c’est très différent. La Fédération Diffusion, ça tombait sous le sens que ça finirait par le gaver. Pas rentable, beaucoup trop d’emmerdes. Et puis vraiment, avec deux trois représentants pour couvrir toute la France, rien de très étonnant à ne les trouver souvent nulle part, les livres des maisons clientes. L’erreur c’était de croire qu’un homme venu des médias, de Canal + et de TV6 pouvait devenir éditeur, pouvait comprendre l’édition, et surtout pouvait avoir une autre motivation que son imposition d’ego à travers tout Paris. Mais bon, passons.
Bilan 2006. Dépôts de bilan et fermetures. La Chasse au Snark. Al Dante. Comp’Act. Farrago. Lignes. On peut porter le deuil et compter les auteurs existants et à venir qui restent sur le carreau. J’ai dit et je répète : à tout problème sa solution. Et depuis le mois de septembre j’y croyais fermement. La reprise du radeau de la Méduse par Laure Adler : au Seuil se profilaient tout un tas de collections. François Bon devait avoir en charge un espace pour les textes expérimentaux, le comité poésie auquel je participais jusqu’à mardi matin devait, sous le nom Poésie & Cie, publier huit à dix titres par an. Une vitrine large, mêlant des confirmés, des traductions, et au moins un djeunz par session. C’était toujours ça de gagné. Alors je faisais des calculs, puisque Naïve se met à la littérature générale, que è®e s’impose peu à peu, avec le Seuil c’était très chaud, mais pas encore la terre brûlée. Il était possible qu’on s’en sorte. Et puis il restait les maisons du groupe Gallimard en plus, en s’organisant pas trop mal on pouvait peut-être sauver les meubles en gardant le cul sur la commode. C’était sans compter vendredi.
Vendredi, Laure Adler a été foutue dehors. Par Denis Jeambar, l’ancien patron de l’Express qui s’y connaît trop bien en édition, un véritable spécialiste, la preuve c’est Hervé de La Martinière en personne qui l’a nommé PDG du Seuil il y a quelques mois. Pas du tout parce qu’ils sont potes, ni parce que c’est un gros con de droite. Mais parce que la presse et l’édition, il parait que c’est la même chose. La presse papier va tellement bien, ce serait dommage de ne pas s’en inspirer, n’est-ce pas.
La morale de l’histoire, c’est qu’Hervé de La Martinière n’est même pas un sinistre enculé de capitaliste, je crois bien. C’est en fait un pauvre type complètement idiot. Qui avec toutes ses thunes de La Terre vue du ciel et divers bénéfices a voulu se taper une bien jolie danseuse. Une danseuse dont l’esprit, les mouvements et le sourire lui échapperont toujours. Les michetons éconduis sont les plus dangereux. Alors il va la briser, sa danseuse. La démembrer, la violenter, pour lui faire payer son erreur, son erreur à lui, son caprice, son abyssale frustration, sa bite qui en dépit de tous les déboursés ne peut s’introduire nulle part. Hélas, non, cher Hervé, le Seuil ne vous fera pas jouir, jamais. Et je souhaite ardemment que votre queue se nécrose comme l’est déjà en vous toute trace d’intelligence.»