Après fixation de la nouvelle selle, inquiétude de son étroitesse (comparée à la pépère précédente)... mais aucune douleur après plus de deux heures d'utilisation : un miracle, ce changement de selle.
L'effet d'une chose n'est pas toujours selon son apparence première.

Il fait presque beau, assez frais, ce qu'il faut pour escapade à deux vers midi, qui nous mène à Yotsuya, à Akasaka, et, puisqu'on y est presque, à Gaien et au cimetière où T. devait passer dans quelques jours pour faire le ménage sur la tombe familiale. Le faisons, comme ça, ce sera fait.
Juste des feuilles mortes entassées dont nous coupons l'élan à devenir humus.

Sur une ruelle qui borde le cimetière, une pâtisserie-salon de thé nommée Chocolat Chic. Nous nous y installons et commandons une soupe de fèves pour T., qui vient avec pain, huile d'olive et gros sel, une quiche lorraine pour moi, avec petite salade. Puis des gâteaux, c'est l'essentiel, dont ce Sicile absolument divin — le biscuit, proche du macaron, accueille quatre couches de crème-coulis : pistache, framboise, pistache et praliné.
Euh... On va revenir souvent enlever les feuilles mortes, je crois...
Plus sérieusement, nous constatons que tout ce que nous avons fait depuis deux ans et demi pour le père de T. et qui pouvait faire hésiter, paraître une charge ou un risque pour nous-mêmes, s'est chaque fois transformé en cadeau imprévu. Sa bonne étoile — en chocolat — nous protège.

Revenons par Aoyama, Shinanomachi, Akebonobashi et passons derrière Bouetchou, le bastion de la défense nationale dont le contournement nous oblige toujours, quel que soit le côté, à un détour.
Dans une ruelle, pas très loin de chez nous, un particulier se fait construire une maison en forme de cacahuète, avec des hublots, particulièrement originale. Repasserons voir.
Suffit pour aujourd'hui. Replions et rangeons les vélos.

Bain avec la Dame d'Auxerre... où j'apprends que religion n'a pas toujours relié, alors que c'est devenu la tarte à la crème :
« Le corps est le sémaphore premier. Le geste nous y ramène. Pas seulement celui de la main droite. Aussi la gauche plaquée le long du corps. Les deux sont du geste où le corps pointe vers le corps, et non vers le dehors, le ciel, le monde.
et l'allongement même de la main tendue vers la poitrine, main symbolique plus que main réelle, fait que c'est un geste religieux. Évidemment pas au sens inventé par Lactance, qui rattache le religieux au lien avec le divin,
religare, mais religieux au sens antique, qui était certainement encore le sens romain, où religio était relié à relegere, recueillir des indices, recueillir l'inquiétude.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre, p. 51)

Place à la calligraphie.
N'ayant pas eu de deuil dans l'année, nous avons droit de participer au réjouissant rituel des nengajou ().
J'ai étudié et commencé à rythmer les traits du caractère du sanglier (inoshishi, , caractère qui se lit aussi i, et qui accepte plusieurs variantes graphiques de différents lieux et époques). D'abord, pendant une heure, au crayon puis au pinceau industriel.
Puis T. commence à préparer l'encre sur une pierre traditionnelle qui appartenait à son père en frottant la barre d'encre rigide pour diluer lentement. Je prends sa place à la barre car le calligraphe (si peu que je le sois) doit préparer lui-même son encre, en se concentrant, comme elle, l'encre.
En moins d'une heure, j'enfante de mes mains une cinquantaine d'épais sangliers, phacochères, pécaris, leurs laies et marcassins qui s'en vont sécher dans la chambre pendant que nous dînons.

À noter que la Poste japonaise sort de jolis timbres et même une superbe feuille de calligraphies que je vais tâcher de nous procurer. S'il y a des amateurs...