dimanche 17 décembre 2006
Sangliers, phacochères, pécaris, leurs laies et marcassins
Par Berlol, dimanche 17 décembre 2006 à 23:59 :: General
Après
fixation de la nouvelle selle, inquiétude de son étroitesse (comparée à
la pépère précédente)... mais aucune douleur après plus de deux heures
d'utilisation : un miracle, ce changement de selle.L'effet d'une chose n'est pas toujours selon son apparence première.
Il fait presque beau, assez frais, ce qu'il faut pour escapade à deux vers
midi, qui nous mène à Yotsuya, à Akasaka, et, puisqu'on y est presque, à Gaien
et au cimetière où T. devait passer dans quelques jours pour faire le ménage
sur la tombe familiale. Le faisons, comme ça, ce sera fait.
Juste des feuilles mortes entassées dont nous coupons l'élan à devenir humus.
Sur
une ruelle qui borde le cimetière, une pâtisserie-salon de thé nommée
Chocolat Chic. Nous
nous y installons et commandons une soupe de fèves pour T., qui vient avec
pain, huile d'olive et gros sel, une quiche lorraine pour moi, avec petite
salade. Puis des gâteaux, c'est l'essentiel, dont ce Sicile absolument divin —
le biscuit, proche du macaron, accueille quatre couches de crème-coulis :
pistache, framboise, pistache et praliné.
Euh... On va revenir souvent enlever les feuilles mortes, je crois...
Plus sérieusement, nous constatons que tout ce que nous avons fait depuis deux
ans et demi pour le père de T. et qui pouvait faire hésiter, paraître une
charge ou un risque pour nous-mêmes, s'est chaque fois transformé en cadeau
imprévu. Sa bonne étoile — en chocolat — nous protège.
Revenons par Aoyama, Shinanomachi, Akebonobashi et passons derrière
Bouetchou, le bastion de la défense nationale dont le contournement nous oblige
toujours, quel que soit le côté, à un détour.
Dans une ruelle, pas très loin de chez nous, un particulier se fait
construire une maison en forme de cacahuète, avec des hublots, particulièrement originale. Repasserons voir.
Suffit pour
aujourd'hui. Replions et rangeons les vélos.
Bain avec la Dame d'Auxerre...
où j'apprends que religion n'a pas toujours relié, alors que
c'est devenu la tarte à la crème :
« Le corps est le sémaphore premier. Le geste nous y ramène. Pas seulement
celui de la main droite. Aussi la gauche plaquée le long du corps. Les deux
sont du geste où le corps pointe vers le corps, et non vers le dehors, le ciel,
le monde.
et l'allongement même de la main tendue vers la poitrine, main symbolique plus
que main réelle, fait que c'est un geste religieux. Évidemment pas au sens
inventé par Lactance, qui rattache le religieux au lien avec le divin,
religare, mais religieux au sens antique, qui était certainement encore le
sens romain, où religio était relié à relegere, recueillir des
indices, recueillir l'inquiétude.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre
ignorance, la Dame d'Auxerre, p. 51)
Place
à la calligraphie.
N'ayant pas eu de deuil dans
l'année, nous avons droit de participer au réjouissant
rituel des
nengajou (年賀状).
J'ai étudié et commencé à rythmer les traits du caractère du sanglier (inoshishi,
亥, caractère qui se lit aussi i, et qui accepte plusieurs
variantes graphiques de différents lieux et époques). D'abord, pendant une
heure, au crayon puis au pinceau industriel.
Puis T. commence à préparer l'encre sur une pierre traditionnelle qui
appartenait à son père en frottant la barre d'encre rigide pour diluer
lentement. Je prends sa place à la barre car le calligraphe (si peu que je le
sois) doit préparer lui-même son encre, en se concentrant, comme elle, l'encre.
En moins d'une heure, j'enfante de mes mains une cinquantaine d'épais sangliers,
phacochères, pécaris, leurs laies et marcassins qui s'en vont sécher dans la chambre
pendant que nous dînons.
À noter que la Poste japonaise sort de jolis timbres et même une superbe feuille de calligraphies que je vais tâcher de nous procurer. S'il y a des amateurs...