lundi 18 décembre 2006
Bientôt sous le sceau rouge
Par Berlol, lundi 18 décembre 2006 à 23:37 :: General
J'ai rassemblé mon troupeau de suidés. Ils passeront bientôt sous le sceau rouge de T.
Après déjeuner, achat des 4 blocs-feuillets dentelés (vocabulaire des philatélistes) qui restaient à la grande poste d'Ushigome. Surprise supplémentaire : l'encre des calligraphies est en relief.
« Rodin disait : « Il ne s'agit que de voir ». Non, puisqu'il y a à interpréter l'apparence. Et pour voir une peinture ou une sculpture, il faut traverser les effets du langage sur le visible, l'interposition du culturel entre l'œuvre et le regard. Pour faire apparaître qu'entre l'œuvre et le regard il y a du langage, il suffit de confronter des manières différentes d'en parler. Aussitôt ce qu'on prenait pour de la transparence se trouble, ce qu'on prenait pour l'œuvre apparaît comme une historicité du regard. Reconnaître cette historicité est la seule chose à faire, pour reconnaître l'œuvre, pour s'y reconnaître, pour s'y connaître, pour se connaître.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre, p. 69)
À la pâtisserie, hier, j'ai ramassé un prospectus de musée (Kurita,
à Tochigi) montrant une statue
cuchimilco du
Pérou... Sur le moment, je me suis juste dit que c'était intéressant. Mais cet
après-midi, je me suis rendu compte que je n'aurai pas pris ce prospectus si je
n'étais pas en train de lire la Dame d'Auxerre — qui me fait réfléchir
sur ce que j'ai jusqu'à maintenant pensé de la statuaire. Ai-je jamais vu les
mouvements ou leur absence ? L'entassement des instants de vie ? Ai-je jamais
pu me relever de l'écrasement par les statues équestres et par les statues aux
grands hommes ? — statues pour l'argent et statues pour la terreur...
Pour ce qui est de l'émotion, oui, depuis les statues olmèques vues lors de mon
séjour au Mexique en 1990 ou 1991. Mais pour la prise de conscience...
Voyons ce soir un dévédé loué, The Constant Gardener (F. Meirelles, 2005) qui me fait une très forte impression malgré un début un peu poussif — normal, puisqu'il montre en fait la relative banalité d'une histoire d'amour avant que ça ne se complique d'autres choses. L'enquête sur une opération impliquant diplomates, industrie pharmaceutique et organisations humanitaires dans un monde en voie de globalisation n'est pas sans rappeler Le Cauchemar de Darwin. Mais à la différence de ce dernier, La Constance du jardinier reste une fiction — basée sur des faits vrais — allant vers la poésie des grandes étendues et l'inconsolable tristesse de la perte, alors que le film de Sauper se donne des airs de documentaire, idéologisant sans réussir à convaincre de la véracité des faits qu'il avance.