Comme on binerait le dimanche
Par Berlol, lundi 25 décembre 2006 à 22:35 :: General :: #495 :: rss
On devrait s'interdire d'écouter Finkielkraut un jour de Noël,
a fortiori quand il s'agit de
parler des Bienveillantes, le livre que l'on fait
suivre
partout du nombre d'exemplaires vendus. Si j'étais l'auteur et si j'avais du
tact, je ferais interdire cette indécence publicitaire. C'est comme les blogs
qui pètent leur score à tout va. Mais quel rapport peuvent-ils bien voir entre
le nombre de visiteurs et la qualité ? S'il y en avait un, depuis des milliers
d'années, on le saurait.
(Sauf à vouloir dire que c'est le nombre de visiteurs qui fait la valeur —
axiome de base de la démagogie.)
En cas d'injection de Répliques, malgré l'avertissement, l'antidote est ici :
« Triomphe de la littérature moyenne
J'observe toutefois que fleurit un secteur prépondérant de l'édition consacré
aux romans et aux essais « grand public », livres d'une qualité très variable
qui se disputent les meilleures ventes et dont la critique professionnelle fait
son ordinaire. Je serais tenté de nommer ce genre littérature médiatique
dans la mesure où elle constitue l'objet dominant des recensions des grands
journaux et celui, presque exclusif, des émissions littéraires télévisées. Pour
la majorité des citoyens, ce sont ces ouvrages qui représentent la littérature.
Les lecteurs en attendent du divertissement et des émotions, sans qu'il leur
vienne à l'esprit d'aspirer à autre chose de plus fondamental qui touche à
l'essence de l'art et de la vie. La littérature se trouve ainsi assimilée à un
loisir noble, et valorisée en tant que culture vivante. Mais qui imaginerait
qu'aucun de ces livres engage l'auteur et les lecteurs dans une confrontation
existentielle décisive ? En réalité, la masse d'écrits lancés chaque saison en
librairie relève d'une production semi-industrielle d'objets culturels de
loisir qui n'est pas sans intérêt, notamment pour rivaliser avec les secteurs
audiovisuels du divertissement.» (Georges
Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 82-84)
C'est
ce que j'ai trouvé de plus doux — de plus homéopathique. Surtout pour les foies
délicats qui auraient abusé du champagne (ou d'autre chose) dans la nuit.
Ajoutons qu'en sus des journaux, magazines, revues et émissions télévisées,
cette littérature médiatique (que je dirais aussi doxique) qui
doit bien représenter 90 % du marché a maintenant ses blogs spécialisés, des
lycéens rédigeant résumés et fiches de lecture comme on binerait le dimanche
aux apprentis journalistes qui singent les pages littéraires des journaux
nationaux — espérant des piges ?
Aux indoxiqués : « Et ce n'est pas encore le jour de la multiplication des pains ! »
L'événement du jour, c'est que je me rends avec T. à l'université de Tokyo
où elle reçoit solennellement, vers 16h20, son diplôme de docteur ès arts
libéraux. Oui, un jour de Noël ! Je sais, c'est bizarre, mais ici, c'est comme
ça. Ça ne dure guère plus de trois minutes, au demeurant.
Après ça, on passe au Sakuraya de Shibuya, où il y a moins de monde qu'on ne le
craignait, pour l'I-Pod vidéo que T. me réclamait sous le sapin... Demain, la
chasse à la musique mp3 gratuite va commencer pour elle.
Pour ce qui est du champagne, on vient de s'en finir une bouteille, avec quelques brisures de marrons glacés. Après un nabe pas si léger que T. le prétendait, après les tournedos de ce midi et les rillettes du petit déjeuner, va falloir qu'on freine...
Grand jeu-concours : fenêtre condamnée.
Trouvez la date exacte de mise en ligne dans le JLR de la photo originale.
Commentaires
1. Le lundi 25 décembre 2006 à 08:03, par JoseAngel :
Félicitations! Un doctorat, cela ne tombe pas tous les jours de Noël. Faites attention à la crise post-doc, maintenant, cela arrive parfois.
2. Le lundi 25 décembre 2006 à 09:59, par Frédéric :
Je suis d'accord avec Georges Picard.
Quant à savoir pourquoi j'ai tenu à venir ici encombrer, augmenter le score du blog ou écrire même ça dont on peut aisément se passer pour, du haut de son quant-à-soi, se gargariser à part soi, je l'ignore.
Peut-être une histoire de participer anonymement au truc.
3. Le lundi 25 décembre 2006 à 11:18, par trublionne pathétique :
Un scoop : samedi 23, juste après avoir écouté cette émission de Finkielkraut je l'ai vu longuement errer comme une âme en peine dans le rayon DVD de Gibert (Joseph, celui du boulevard). Pas vu pour lesquels il s'est finalement décidé (moi : Alphaville, Les producteurs, Assurance sur la mort et La belle américaine).
4. Le mardi 26 décembre 2006 à 03:43, par Manu :
T. peut essayer Jamendo (à condition d'avoir un client BitTorrent, Opera par exemple).
5. Le mardi 26 décembre 2006 à 14:12, par grapheus tis :
J'avais décidé de rien lire sur ces "Bienveillantes", j'ai entendu des choses à droite et à gauche, louangeuses ou très irritées.
À RÉPLIQUES, Michel Teretschenko m'a beaucoup intéressé, avec des points de vue que ne renierait pas Picard.
Bravo pour T.
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