Voyant ces derniers jours que les nuées voulaient faire la bringue et que bien des groupes de nuages en avaient gros sur la patate, on s'est dit qu'il valait mieux leur laisser carte blanche. On leur a dit : « Allez-y !, chamaillez-vous !, pissez-vous les uns sur les autres !, tonnez !, inondez !, foutez-nous-en partout mais... Car il y a un mais ! Que tout soit fini, nettoyé, nickel pour le 27 !... »
Et là, je dois dire que c'est impec. Au réveil ce matin, grand ciel bleu, air pur et sec, des flaques qui se dépêchent de s'évaporer, quelques dernières nébulosités qui titubent vers l'horizon...

Pour fêter mon anniversaire, je m'étais promis d'entamer Vue sur l'ossuaire, d'Antoine Volodine. Dans le Narita Express qui me mène à l'aéroport puis dans le hall des arrivées en attendant l'heure, même assis à côté d'un type qui pue l'alcool, je me plonge dans les noires délices de la romånce...

Ma sœur et son ami, appelons-les M.&B., ont voyagé sans problème. Leur premier vol France-Japon. Je les ai filmés pimpants à leur sortie de la douane (M. a un énorme pot de foie gras dans sa valise). Du train pour Tokyo, belle série de cartes postales, que je commente sans excès : rizières inondées et bosquets de pins, alignements de petites maisons préfabriquées, premiers immeubles, le Mont Fuji profilé dans le lointain, puis des gares de plus en plus grosses, des immeubles de plus en plus serrés, des fleuves bordés d'autoroutes et d'usines.

Repos. Explications sur l'usage des choses dans l'appartement. Vers 19h30, sortie pour dîner au restaurant Ootoya, simple, modique et bon. Faire quelques petites courses en arpentant une Kagurazaka toute illuminée. À suivre...

« À supposer que Maria Samarkande réussît à tuer le soldat et à sortir du bâtiment, et ensuite à franchir l'enceinte de la caserne, ce qui, il faut bien le dire, exigeait une conjonction de hasards et de négligences invraisemblables, elle aboutirait dans la rue et elle serait là sans aucune perspective de rejoindre la clandestinité ou de s'abriter chez des proches. Les réseaux clandestins n'existaient pas, c'était une invention littéraire qu'elle-même avait contribué à forger, dans des écrits propagandistes que l'officier de l'Aviation et le référent décortiquaient devant elle ligne à ligne afin d'y traquer des flous et des contresens, et des métaphores qui démontraient qu'elle vacillait idéologiquement depuis longtemps et que, loin de servir avec loyauté la Colonie, la société à qui elle devait tout, elle préparait avec cynisme sa défection. Les filières souterraines appartenaient au domaine des contes, et dans la réalité, loin des féeries romanesques, il y avait seulement deux systèmes totalitaires très semblables, la Colonie et les Nouvelles Terres, et, où que l'on se tournât, des camps : d'isolement, de relégation, de transit, de concentration, sanitaires, d'expérimentation, de bûcherons, de rééducation, d'extermination, de semi-liberté, autogérés, de quarantaine, de vacances.» (Antoine Volodine, Vue sur l'ossuaire, Gallimard, 1998, p. 17-18)