Un cadeau peut en cacher un autre
Par Berlol, vendredi 29 décembre 2006 à 23:59 :: General :: #499 :: rss
Jour anniversaire de ma sœur, M., pour la
première fois de sa vie au Japon. Ça se fête !
D'abord en allant voir, M. & B. et moi, les tours de
Shinjuku — c'est vrai,
hélas, pour la plupart désertées en cette période de fêtes annuelles, voire
fermées comme celles de la mairie de Tokyo... Il fait réellement froid. Ciel
pur, air bleu. Dans le vent, entre les tours, l'impression de chausser des skis
et de s'apprêter à descendre... Envie de ça, aussi... Tropisme du vertical.
Puis en déjeunant avec T. qui nous rejoint au
Tsubame Grill de
Lumine 2, à la
sortie Sud de Shinjuku. Puis T. nous quitte pour continuer ses courses (on ne
sait pas quoi...) tandis que, toujours visitant des quartiers, nous allons
jusqu'à Yamaya où nous achetons du champagne, au cas où...
Retour et sieste — le froid fatigue.
Après le retour de T., nous nous préparons puis allons dîner à six au
Saint-Martin. Il y a nous quatre, plus un ami du centre de sport de T. et sa
fiancée. Effet réel de l'effet virtuel du Journal, lui-même effet
textuel du réel vécu : c'est pour avoir lu
maintes fois sous ma plume que le poulet-frites était excellent, que ma sœur et son ami veulent en prendre — et ne
sont pas déçus.
Attention : un cadeau peut en cacher un autre. Je savais que T. faisait ce matin des courses de son côté à seule fin de trouver un cadeau pour ma sœur (pendant que je les promenais dans Shinjuku). Mais je ne savais pas qu'elle en chercherait également un pour moi, qu'elle irait ensuite le déposer au Saint-Martin pour que je ne le voie pas à la maison avant le dîner. Ce qui fait qu'arrivés au dessert, après que nous avons eu donné son cadeau à ma sœur (un collier avec deux perles en pendentif), j'ai reçu par surprise le cadeau que T. me faisait pour mon anniversaire (une écharpe bien chaude — tout à fait opportune pour le froid qu'il fait depuis ce matin).
Enregistrements de France Culture : Segalen, Beckett et la fiction de Mauvais genres. Et puis, dans un moment de lecture, cette rare pépite de bonheur volodinien. Le soleil ni la mort...
« — Naïa, dis-je. J'ai menti à vos parents depuis quinze ans. Je ne suis pas
critique d'art.
— Pour qui travaillez-vous ? demanda la jeune femme avec violence.
— Je ne sais pas, dis-je.
— Mais vous leur êtes fidèle ? demanda-t-elle. Vous leur serez toujours
fidèle ?
Nous marchâmes encore un peu sur la pelouse, essayant d'identifier quelques
constellations, puis nous vécûmes ensemble, dix-neuf ans, d'une façon que je
n'hésite pas à qualifier d'harmonieuse, en partageant l'essentiel et en évitant
de goûter à la trahison, puis Naïa mourut.
Naïa Andersen s'est éteinte hier, d'un cancer, en tournant vers moi ses yeux
d'or ; elle n'a formulé aucune prière, elle ne m'a as demandé de l'accompagner,
mais je lui ai fait comprendre qu'aujourd'hui j'allais partir, moi aussi.
Nous avons besoin l'un de l'autre. Nous ne formons qu'un seul être. Pour la
rejoindre, un couteau à tortue suffira.» (Antoine Volodine, Vue sur
l'ossuaire, p. 33-34)
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