samedi 30 décembre 2006
Je suis contre la peine de mort
Par Berlol, samedi 30 décembre 2006 à 23:59 :: General
Grand soleil ici dès matin et l'annonce de la
neige à Kyoto nous incite à ouvrir grand le compas. Nous irons donc à trois (T.
ayant du travail à finir) à l'aventure, avec gants et bonnets.
Au marché d'Ameyoko, près d'Ueno, sur la recommandation de Yukie du
Saint-Martin, pour voir et être dans la foule dense des ruelles où l'on vend à
la criée et à des prix très cassés — tout doit disparaître avant demain — du
thon rouge, du crabe, des œufs de poisson, du poulpe, même de la bonite séchée.
Et toujours à côté, les centaines de boutiques de fringues, cuirs, accessoires,
dans les couloirs sous les voies du JR Yamanote, où peu d'entrain ce matin.
À Asakusa pour le grand temple bouddhiste mais surtout ses allées de petits
commerces traditionnels, babioles, souvenirs, petits gâteaux — royaume d'inoshishi
aussi, le sanglier de 2007, omniprésent, et auquel je ne pense jamais, depuis
près d'un mois, sans une arrière-pensée pour le récit de Pierre Michon, dans
Abbés. Ici aussi grands préparatifs du jour de l'an où les pélerins, par
dizaines de milliers, viendront lancer prières et pièces vers les divinités
protectrices.
Déjeuner de tempura en haut du grand magasin Matsuya Asakusa, au
restaurant Tsunahachi (choisi sur sa bonne mine et dont T. nous dira le plus
grand bien). Pour M. & B., c'est la première fois et ça leur plaît. La
serveuse, maternelle, vient dire à B. qu'il peut (entendre doit) manger la tête
de la (grosse) crevette (kuruma ebi) parce qu'elle a été frite aussi, ce
qu'il fait avec un peu de réticence — et, tout de suite après, beaucoup de
satisfaction. Leur maniement des baguettes, aussi, s'est beaucoup amélioré
depuis trois jours.
Sortis, au coin de la rue, soudain dans l'ouverture de la perspective,
prévu, le choc visuel du bâtiment Asahi, de l'autre côté du pont. L'étron doré
de Philippe Starck, surmontant l'immeuble, produit toujours son petit effet. Au
milieu du pont, nous partageant en trois un gros melon pan acheté tout à
l'heure près du temple, la surprise, cette fois pour moi aussi, des mouettes
qui viennent se mettre en vol stationnaire à moins d'un mètre au-dessus de nos
têtes, prêtes à nous voler du gâteau. L'avalons.
À l'embarcadère, achetons trois billets pour Hinode. Quarante belles minutes de
bateau à descendre la Sumida, jusqu'à ce qu'elle se jette dans la baie de
Tokyo.
Et, à mi-chemin environ, cette superbe maison individuelle,
l'intelligence faite habitation, selon moi. Révélation de celle que
j'appellerais Mon rêve ou Sam suffit et regret de n'être pas cet
architecte... Photos sur les quais, au pied de l'hôtel Inter Continental avec,
à gauche la Sumida d'où nous venons, à droite la baie et l'île d'Odaiba, en
face le polder et la gare maritime de Harumi, le tout baigné dans la lumière
mordorée d'un soleil sud-ouest à 30 degrés. Une plénitude visuelle rarement
atteignable.
Prenons ensuite le monorail de la ligne Yurikamome pour Shimbashi et déambulons
cou cassé en arrière entre les tours futuristes que j'ai vu construire au gré
de mes passages en shinkansen depuis trois ou quatre ans et où je n'étais
encore jamais venu à pied. Jusqu'à Shiodome et retour.
Et cette tour Dentsu, d'un superbe élancement.
Puis l'avenue principale de Ginza maintenant nocturne, autre choc esthétique
pour M. & B. — en tout cas pour ma sœur avant qu'elle ne découvre la papeterie
Kyukyodo (鳩居堂), qui surpasse toute attente...
Dans le tourbillon de cette symphonie urbaine, une discrète et sombre migraine basse est venue m'habiter, que je contiens jusqu'à ce que, pain acheté chez Dalloyau, nous rentrions au bercail. Un bon bain n'aura pas raison d'elle. Elle restera docile, tout de même, durant le dîner à quatre. Mais je me jetterai sur le lit une bonne heure avant d'avoir l'idée — en réalité, le souvenir et le courage — de faire le geste qui sauve : du thé au jasmin. Effet miraculeux — et toujours incompréhensible — car en trente minutes le mal de tête s'évapore.
Qui n'a rien à voir.
On est encore loin du 6 mars, mais je fixe aussi rendez-vous aux défenseurs de
la
modération préalable des commentaires de blog...
Je suis contre la peine
de mort.
Je suis contre la peine de mort dans mon pays.
Je ne suis pas pour la peine de mort dans un autre pays.
La mort ne rend pas la justice. La peine de mort n'est pas digne d'un pays
digne.
Les pays qui appliquent la peine de mort ne sont pas des pays dignes.
De ma considération.
(Liens à venir...)