Grand soleil ici dès matin et l'annonce de la neige à Kyoto nous incite à ouvrir grand le compas. Nous irons donc à trois (T. ayant du travail à finir) à l'aventure, avec gants et bonnets.
Au marché d'Ameyoko, près d'Ueno, sur la recommandation de Yukie du Saint-Martin, pour voir et être dans la foule dense des ruelles où l'on vend à la criée et à des prix très cassés — tout doit disparaître avant demain — du thon rouge, du crabe, des œufs de poisson, du poulpe, même de la bonite séchée. Et toujours à côté, les centaines de boutiques de fringues, cuirs, accessoires, dans les couloirs sous les voies du JR Yamanote, où peu d'entrain ce matin.
À Asakusa pour le grand temple bouddhiste mais surtout ses allées de petits commerces traditionnels, babioles, souvenirs, petits gâteaux — royaume d'inoshishi aussi, le sanglier de 2007, omniprésent, et auquel je ne pense jamais, depuis près d'un mois, sans une arrière-pensée pour le récit de Pierre Michon, dans Abbés. Ici aussi grands préparatifs du jour de l'an où les pélerins, par dizaines de milliers, viendront lancer prières et pièces vers les divinités protectrices.
Déjeuner de tempura en haut du grand magasin Matsuya Asakusa, au restaurant Tsunahachi (choisi sur sa bonne mine et dont T. nous dira le plus grand bien). Pour M. & B., c'est la première fois et ça leur plaît. La serveuse, maternelle, vient dire à B. qu'il peut (entendre doit) manger la tête de la (grosse) crevette (kuruma ebi) parce qu'elle a été frite aussi, ce qu'il fait avec un peu de réticence — et, tout de suite après, beaucoup de satisfaction. Leur maniement des baguettes, aussi, s'est beaucoup amélioré depuis trois jours.

Sortis, au coin de la rue, soudain dans l'ouverture de la perspective, prévu, le choc visuel du bâtiment Asahi, de l'autre côté du pont. L'étron doré de Philippe Starck, surmontant l'immeuble, produit toujours son petit effet. Au milieu du pont, nous partageant en trois un gros melon pan acheté tout à l'heure près du temple, la surprise, cette fois pour moi aussi, des mouettes qui viennent se mettre en vol stationnaire à moins d'un mètre au-dessus de nos têtes, prêtes à nous voler du gâteau. L'avalons.
À l'embarcadère, achetons trois billets pour Hinode. Quarante belles minutes de bateau à descendre la Sumida, jusqu'à ce qu'elle se jette dans la baie de Tokyo.
Et, à mi-chemin environ, cette superbe maison individuelle, l'intelligence faite habitation, selon moi. Révélation de celle que j'appellerais Mon rêve ou Sam suffit et regret de n'être pas cet architecte... Photos sur les quais, au pied de l'hôtel Inter Continental avec, à gauche la Sumida d'où nous venons, à droite la baie et l'île d'Odaiba, en face le polder et la gare maritime de Harumi, le tout baigné dans la lumière mordorée d'un soleil sud-ouest à 30 degrés. Une plénitude visuelle rarement atteignable.

Prenons ensuite le monorail de la ligne Yurikamome pour Shimbashi et déambulons cou cassé en arrière entre les tours futuristes que j'ai vu construire au gré de mes passages en shinkansen depuis trois ou quatre ans et où je n'étais encore jamais venu à pied. Jusqu'à Shiodome et retour.
Et cette tour Dentsu, d'un superbe élancement.
Puis l'avenue principale de Ginza maintenant nocturne, autre choc esthétique pour M. & B. — en tout cas pour ma sœur avant qu'elle ne découvre la papeterie Kyukyodo (鳩居堂), qui surpasse toute attente...

Dans le tourbillon de cette symphonie urbaine, une discrète et sombre migraine basse est venue m'habiter, que je contiens jusqu'à ce que, pain acheté chez Dalloyau, nous rentrions au bercail. Un bon bain n'aura pas raison d'elle. Elle restera docile, tout de même, durant le dîner à quatre. Mais je me jetterai sur le lit une bonne heure avant d'avoir l'idée — en réalité, le souvenir et le courage — de faire le geste qui sauve : du thé au jasmin. Effet miraculeux — et toujours incompréhensible — car en trente minutes le mal de tête s'évapore.

Qui n'a rien à voir.
On est encore loin du 6 mars, mais je fixe aussi rendez-vous aux défenseurs de la modération préalable des commentaires de blog...

Je suis contre la peine de mort.
Je suis contre la peine de mort dans mon pays.
Je ne suis pas pour la peine de mort dans un autre pays.
La mort ne rend pas la justice. La peine de mort n'est pas digne d'un pays digne.
Les pays qui appliquent la peine de mort ne sont pas des pays dignes.
De ma considération.

(Liens à venir...)