vendredi 9 novembre 2007
Aller et venir dans l'histoire-géo
Par Berlol, vendredi 9 novembre 2007 à 23:59 :: General
C'est un peu du bric-à-brac critique, cet article de Thierry Hesse que
François nous diffuse ! Comment peut-on aller et
venir dans l'histoire-géo de la critique
littéraire sans recontextualiser les propos de Balzac,
Sarraute, Whitman, Defoe, Ricœur, et al. ?
Et pourquoi seulement ceux-là, d'ailleurs (Gide ou
Robbe-Grillet manquent cruellement au sérieux de la liste,
par exemple). On en arrive à des contresens comiques comme
de croire que « les
expérimentateurs du Nouveau roman marchent encore au
naturalisme » et que cela
mènerait tout droit — étrange
téléologisme — aux « âneries
actuelles de l'autofiction ».
Considérer tous ces propos critiques du seul point de vue
d'aujourd'hui, tordre ou écraser les perspectives
multidimensionnelles c'est, plus que du post-modernisme, exposer
sa boue du
dedans.
Je préfère de loin quand François diffuse de l'Audeguy : « Se souvenir qu'à l'état sauvage les amandes sont immangeables.» (extrait de Petit Éloge de la douceur, Gallimard)
Réveillé à cinq heures, je complète des pages, j'en lis. Et puis je vais enfin au centre de sport. Tout ce stress de travail accumulé, comment pourrais-je m'en débarrasser ? Me nettoyer de ces pensées de l'obéissance, de la dépendance, de la soumission à tous les codes croisés qui nous tiennent ? Quand je n'arrive plus à maintenir mon indépendance mentale au-dessus du maelström social, je me sens vraiment avili. Et parfois je crois que je la maintiens et je sais un peu plus tard que ce n'était pas vrai. La littérature est vraiment le seul rempart. J'ai cru un temps à la musique, mais maintenant ce n'est plus qu'une distraction, à laquelle je recours de moins en moins. J'ai un peu cru aussi au cinéma et je garde une vraie admiration pour sa puissance de vérité mais il est trop impliqué dans les circuits financiers...
En transpirant sur mon vélo statique, je pense à toutes ces aliénations dont je parlerai demain, et je lis Vasset. Et j'y entre, je le suis, je m'y retrouve, je souffle intérieurement comme si je me reposais enfin, exactement dans le temps que le corps se dépense. Nous sommes avec ce livre — ce libre — sur un terrain vague, c'est-à-dire un espace de liberté.
Il semble aussi que Philippe Vasset s'adresse directement à moi. Il passe d'Orléans (p. 69-73), où je me promets d'aller voir ses Groues, au quartier des Gondoles de Choisy-le-roi où j'ai passé une bonne partie de mon adolescence et où mes parents habitent encore. Tout à l'heure, je sauterai la clôture diégétique pour vérifier si le plan colle...
Agrandir le plan
« L'apparente passivité des zones blanches cache une sourde résistance au comblement : là, comme dans les marais, se brouillent les frontières entre le neuf et l'ancien, l'occupé et le vacant. Ainsi, si l'on pénètre, hors des heures de bureau, dans les sièges sociaux qui prolifèrent comme des cristaux aux arêtes acérées le long du Landy et sur l'avenue de Verdun, à Issy-les-Moulineaux, on retrouvera, sous la multiplication des signes d'activité (plannings, téléphones, écrans), la même désaffection qui règne alentour : les tiroirs des bureaux n'ont jamais été ouverts, les salles de réunion sont encombrées de chaises sous film plastique, la moquette s'arrête en plein milieu du couloir, et, au pied des façades immaculées, la terre est retournée et mêlée de morceaux de tuyaux et de fils électriques.» (Philippe Vasset, Un Livre blanc, p. 81-82)
Cela ne m'a pas empêché — tandis que je gravissais des montagnes sur la machine à fortifier le cœur — de percevoir d'étranges signaux provenant du personnel. Allées et venues un peu trop rapides entre l'accueil de l'étage et les toilettes de la salle des machines, mines renfrognées de gens qui cachent quelque chose. Un instant, j'ai cru que quelqu'un avait fait un malaise ou était tombé dans les toilettes. Mais après quelques mouvements plus discrets, coups de téléphone sans réponse, signes d'énervement et réapparition d'une des filles avec un rouleau de papier à la main, je me suis dit que ça devait être moins grave. Il n'y avait tout simplement plus de papier-toilette, peut-être plus de stock et quelqu'un était allé récupérer un rouleau déjà commencé aux toilettes d'un autre étage.
Or, moins d'une heure après, quand j'en ai eu besoin, je n'ai pas trouvé moi non plus de papier dans les toilettes des vestiaires. Je me suis lavé avec de l'eau du fond des toilettes (après avoir tiré une fois la chasse d'eau) et suis allé à la douche. Sans doute qu'une heure avant, une personne d'esprit plus rigide avait appelé et exigé qu'on lui apportât du papier. Et comme le supermarché voisin est fermé jusqu'au 15...
Après le déjeuner avec David chez Downey, je remonte au bureau et finis une grosse commande de mangas en français — pour que nos étudiants fassent aussi du français par ce biais. Grâce à l'indication de Marc Pautrel, je télécharge Sollers chez Mollat, à écouter plus tard.
Dans le train, je réécoute un Jeux d'épreuves de septembre et je somnole.
Puis je retrouve T. qui prépare le dîner. Elle a loué deux dévédés de 24 Heures, je ne sais plus quelle saison, la 6, je crois, épisodes avec des terroristes qui réussissent in extremis à faire exploser une bombe atomique dans Los Angeles. Si si, ça explose. Cela transgresse forcément un tabou — devenu tarte à la crème du cinéma américain : habituellement, un héros réussit toujours à stopper l'engin à 1 seconde de son explosion... et tout finit bien. Cette fois non. Les scénaristes ont dû sciemment vouloir briser ce tabou... Cette série m'est désagréable à proportion qu'elle montre cruement (car elle est très bien faite) la réalité du pouvoir actuel aux États Unis. Il faut la regarder comme une tragédie grecque mais aussi comme un peu autre chose qu'une fiction parce que c'est regarder en face une face — insupportable — de l'Amérique d'aujourd'hui. Est-ce en rapport avec la grève des scénaristes depuis une semaine et le fait que la saison 7 soit compromise ? C'est bien possible.
Je préfère de loin quand François diffuse de l'Audeguy : « Se souvenir qu'à l'état sauvage les amandes sont immangeables.» (extrait de Petit Éloge de la douceur, Gallimard)
Réveillé à cinq heures, je complète des pages, j'en lis. Et puis je vais enfin au centre de sport. Tout ce stress de travail accumulé, comment pourrais-je m'en débarrasser ? Me nettoyer de ces pensées de l'obéissance, de la dépendance, de la soumission à tous les codes croisés qui nous tiennent ? Quand je n'arrive plus à maintenir mon indépendance mentale au-dessus du maelström social, je me sens vraiment avili. Et parfois je crois que je la maintiens et je sais un peu plus tard que ce n'était pas vrai. La littérature est vraiment le seul rempart. J'ai cru un temps à la musique, mais maintenant ce n'est plus qu'une distraction, à laquelle je recours de moins en moins. J'ai un peu cru aussi au cinéma et je garde une vraie admiration pour sa puissance de vérité mais il est trop impliqué dans les circuits financiers...
En transpirant sur mon vélo statique, je pense à toutes ces aliénations dont je parlerai demain, et je lis Vasset. Et j'y entre, je le suis, je m'y retrouve, je souffle intérieurement comme si je me reposais enfin, exactement dans le temps que le corps se dépense. Nous sommes avec ce livre — ce libre — sur un terrain vague, c'est-à-dire un espace de liberté.
Il semble aussi que Philippe Vasset s'adresse directement à moi. Il passe d'Orléans (p. 69-73), où je me promets d'aller voir ses Groues, au quartier des Gondoles de Choisy-le-roi où j'ai passé une bonne partie de mon adolescence et où mes parents habitent encore. Tout à l'heure, je sauterai la clôture diégétique pour vérifier si le plan colle...
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« L'apparente passivité des zones blanches cache une sourde résistance au comblement : là, comme dans les marais, se brouillent les frontières entre le neuf et l'ancien, l'occupé et le vacant. Ainsi, si l'on pénètre, hors des heures de bureau, dans les sièges sociaux qui prolifèrent comme des cristaux aux arêtes acérées le long du Landy et sur l'avenue de Verdun, à Issy-les-Moulineaux, on retrouvera, sous la multiplication des signes d'activité (plannings, téléphones, écrans), la même désaffection qui règne alentour : les tiroirs des bureaux n'ont jamais été ouverts, les salles de réunion sont encombrées de chaises sous film plastique, la moquette s'arrête en plein milieu du couloir, et, au pied des façades immaculées, la terre est retournée et mêlée de morceaux de tuyaux et de fils électriques.» (Philippe Vasset, Un Livre blanc, p. 81-82)
Cela ne m'a pas empêché — tandis que je gravissais des montagnes sur la machine à fortifier le cœur — de percevoir d'étranges signaux provenant du personnel. Allées et venues un peu trop rapides entre l'accueil de l'étage et les toilettes de la salle des machines, mines renfrognées de gens qui cachent quelque chose. Un instant, j'ai cru que quelqu'un avait fait un malaise ou était tombé dans les toilettes. Mais après quelques mouvements plus discrets, coups de téléphone sans réponse, signes d'énervement et réapparition d'une des filles avec un rouleau de papier à la main, je me suis dit que ça devait être moins grave. Il n'y avait tout simplement plus de papier-toilette, peut-être plus de stock et quelqu'un était allé récupérer un rouleau déjà commencé aux toilettes d'un autre étage.
Or, moins d'une heure après, quand j'en ai eu besoin, je n'ai pas trouvé moi non plus de papier dans les toilettes des vestiaires. Je me suis lavé avec de l'eau du fond des toilettes (après avoir tiré une fois la chasse d'eau) et suis allé à la douche. Sans doute qu'une heure avant, une personne d'esprit plus rigide avait appelé et exigé qu'on lui apportât du papier. Et comme le supermarché voisin est fermé jusqu'au 15...
Après le déjeuner avec David chez Downey, je remonte au bureau et finis une grosse commande de mangas en français — pour que nos étudiants fassent aussi du français par ce biais. Grâce à l'indication de Marc Pautrel, je télécharge Sollers chez Mollat, à écouter plus tard.
Dans le train, je réécoute un Jeux d'épreuves de septembre et je somnole.
Puis je retrouve T. qui prépare le dîner. Elle a loué deux dévédés de 24 Heures, je ne sais plus quelle saison, la 6, je crois, épisodes avec des terroristes qui réussissent in extremis à faire exploser une bombe atomique dans Los Angeles. Si si, ça explose. Cela transgresse forcément un tabou — devenu tarte à la crème du cinéma américain : habituellement, un héros réussit toujours à stopper l'engin à 1 seconde de son explosion... et tout finit bien. Cette fois non. Les scénaristes ont dû sciemment vouloir briser ce tabou... Cette série m'est désagréable à proportion qu'elle montre cruement (car elle est très bien faite) la réalité du pouvoir actuel aux États Unis. Il faut la regarder comme une tragédie grecque mais aussi comme un peu autre chose qu'une fiction parce que c'est regarder en face une face — insupportable — de l'Amérique d'aujourd'hui. Est-ce en rapport avec la grève des scénaristes depuis une semaine et le fait que la saison 7 soit compromise ? C'est bien possible.