Sashimi de cheval, parachevant le stage
Par Berlol, jeudi 4 janvier 2007 à 23:10 :: General :: #505 :: rss
Courses, sushis et dernières courses. Le tout à Ginza.
Les sushis font partie des expériences complexes et paradoxales qu'offre le
Japon — par exemple à des Français non avertis. Paradoxale parce que tout roule à l'envers,
dans le sushi, ou
parce que tout est déjà collé par des a-prioriz.
Pour un cuisinier occidental, et, partant, pour la plupart des gens de son
pays, la cuisine, c'est ce qui est cuisiné, c'est-à-dire cuit, la cuisson étant
pensée (dans un recoin du cerveau sans algue ni plancton) comme la marque d'une race civilisée, comme on disait autrefois
—
on diraît aujourd'hui d'une espèce civilisée, à la différence des autres
mammifères, par exemple, qui ne se font pas la tambouille.
Le sushi, cru poisson cru au lit de riz (pensé comme du poisson cru, accessoirement
couché sur du riz), ne serait donc pas tout à fait de la cuisine... Il est alors
étonnant pour des Français, peuple qui se croit champion mondial de la
gastronomie, de voir que des Japonais se damnent pour des sushis, ou que certains
sushis, dans des restaurants haut de gamme au Japon, coûtent des fortunes (un
assortiment correct coûte environ 2000 yens (s'il y a moins
cher — et il y a toujours moins cher —, pour 8 ou 10 pièces, moi, je n'en mange
pas, pour des questions de toxicité — ça me donne des boutons), mais certaines
sushi-ya (maison de sushis) proposent de l'extrême qualité à 3000
yens la pièce, ou plus, peut-être, pour du thon
ootoro par exemple). Il est encore
plus étonnant de voir la sorte d'engouement de ces mêmes Français champions de
la gastronomie pour des restaurants de sushis à Paris alors que la marchandise proposée est,
en général, à la fois de faible qualité, peu variée, ne correspondant pas à ce qui
se fait au Japon (le sushi de saumon, par exemple, n'existe quasiment
pas dans les restaurants japonais) et ne respectant pas les divisions
gastronomiques en usage (ainsi, mettre dans une même assiette sushis et
yakitoris revient à servir chez nous du cassoulet avec de la choucroute).
On aura l'excuse de dire qu'on n'a pas le choix et qu'on n'en sait rien...
À Paris, on est d'ailleurs de plus en plus roulé dans la farine — de riz — par
des restaurants qui n'ont de japonais que le nom et dont cuisiniers et patrons
proviennent de tous les autres pays asiatiques, et notamment (à pied) de la
Chine. Comme
schibboleth, je propose de demander au serveur s'il y a du ootoro,
en prononçant le « r » comme un « l », « ootolo » ; et s'il demande
« du quoi ? », ou s'il répète otooro, ou ottoro, ou otorro,
voire otorow, c'est qu'il n'est pas Japonais — ni véritablement
sushi-ya-san...
Ne connaissant que ça en France, l'expérience des vrais sushis au Japon
commence souvent par une réticence (oh là, non, le poisson cru, pas pour moi !)
ou une remarque blasée (oui, bah, on sait ce que c'est, hein !). Après
l'insistance d'une personne qui en sait un peu plus, c'est l'étonnement :
ça fond, c'est doux, ça ne sent pas fort, et bien sûr c'est très bon ! Ce qui ne
veut pas dire que tout le monde aime les sushis, ni que tous ceux qui
aiment les sushis aiment tous les sushis (pour ma part, j'ai
toujours du mal avec l'uni, prononcer ouni, c'est-à-dire
l'oursin).
Et puis il faut expliquer que sushi ne désigne pas du poisson cru avec
du riz mais d'abord une préparation du riz lui-même — cuit, donc, ah oui ! — en
vue d'une certaine conservation (vinaigré, ventilé, etc.), qui peut ensuite se
décliner de bien des manières différentes, dont la plus connue est avec du
poisson cru.
Attention, le vrai sushi-ya-san est aussi un très hygiénique amateur
d'arme blanche. Son épée et sa concentration sont à votre service : il sait
découper à grande vitesse tous les poissons, leur décoller la peau, n'y laisser
ni arête ni viscère, il essuie méticuleusement son couteau et son espace de
coupe entre chaque type de poisson, se lave très régulièrement les mains,
synchronise les préparations en demandant à haute voix aux serveurs et
serveuses de servir les soupes, les à-côtés, les boissons.
(Je précise que ces paragraphes ne s'inspirent pas spécialement des réactions de M.
& B. — la tête de B., quand même, quand je lui ai dit qu'il venait de
manger de l'anguille !...)
Le soir, dernier nabe, au poulet, précédé d'un sashimi de cheval, parachevant le stage intensif de japonité qu'ont subi nos deux cobayes.
Aptitudes au langage.
Alors que ma sœur ne dit exceptionnellement qu'un ou
deux mots en japonais, pour remercier une serveuse ou un vendeur, son ami a,
lui, dès le premier jour, manifesté un évident désir d'apprendre des mots et de
les utiliser, à bon escient et en les prononçant bien, même plusieurs jours
après. Ce qui fait qu'il a
maintenant un petit stock d'une quinzaine d'expressions fort utiles. Nulle
volonté de stigmatiser ma sœur (qui tient d'ailleurs en cela un peu de moi),
mais un questionnement sur ce que sont — entre connexions synaptiques et
fantasmes stimulants — les dispositions à l'apprentissage d'une langue, des
langues, le pourquoi insaisissable de la motivation. J'aimerais savoir, pour mon
travail d'enseignant, comment susciter à coup sûr la curiosité ou
l'envie de savoir...
Commentaires
1. Le lundi 8 janvier 2007 à 18:53, par Manu :
Ça devient difficile à suivre ! Tu ne préviens plus qu'a priori de tes futurs changements dans les billets passés !
)
(Je mets juste un commentaire ici histoire d’attirer l’attention des autres !
2. Le lundi 8 janvier 2007 à 21:31, par Berlol :
Merci pour les autres !... Je crois que ça dépend de l'agrégateur qu'on utilise. Bloglines, par exemple, affiche de nouveau un billet quand il a été modifié (re-posté). Si j'ai bien compris ce que tu m'avais dit, Netvibes ne le fait pas... C'est ça ?
3. Le lundi 8 janvier 2007 à 23:26, par Manu :
J'essaye d'imaginer comment ça fonctionne.
A mon avis, un changement n'est détecté que si le fichier XML qui contient les données du fil a lui-même été modifié. Dans ton cas, puisque le texte transmis par RSS est maintenant tronqué, sans doute qu'aucune mise à jour n'est repérée si les premiers mots restent inchangés.
Il faudrait faire des tests.
Et donc Bloglines là l'affiche comme nouveau ?
4. Le mardi 9 janvier 2007 à 14:24, par christine :
moi je récupère en ce moment les nouveautés via les marques pages dynamiques de firefox, et là les post modifiés ne réapparaissent pas non plus (je n'ai d'ailleurs pas le souvenir que cela ait été différent avec bloglines que j'utilisais auparavant)
... et (oubliant que certains billets étaient restés inachevés) je n'avais pas encore pensé à remonter le temps : j'ai donc failli rater ces développements si précis sur l'art du sushi ... merci Manu !
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