Une merde de roman
Par Berlol, vendredi 12 janvier 2007 à 23:46 :: General :: #513 :: rss
J'aime bien lire des lettres ouvertes quand elles ont un fond sincère et un objectif précis. C'est le cas je crois de celle que Denis Robert adresse à François Hollande, dans cette affaire dont les médias disent qu'ils parlent trop et dont ils parlent en fait de façon trop spectaculaire, à seule fin d'en éviter le fond
(toujours intouché et protégé).
Ayant entendu parler d'elles au 20-Heures de France 2 d'hier,
que je regardais pendant mon petit déjeuner, ça m'intéresserait beaucoup de lire les livres de Katrin Himmler (Die Bruder Himmler, chez Fischer Verlag, 2005*) et de Ute Scheub (Das falsche Leben. Eine Vatersuche, chez Piper Verlag, 2006**).
Elles sont deux nazi-kinders,
comme on dit, qui ont trouvé dans l'écriture un moyen de se libérer un peu de leur passé familial. Ça m'intéresserait beaucoup plus que de lire une merde de roman de 900 pages...
J'inverse ici à dessein de façon provocante la proposition de Christine Angot, sûr qu'elle serait d'accord pour ce cas. Car il n'en va pas de même — c'est même le contraire — d'un inceste familial qui constitue la conscience d'un sujet de production littéraire ne souhaitant pas (ne) produire (qu')un témoignage, et d'un témoin collatéral d'une catastrophe internationale qui cherche à rendre service et à se libérer du poids de sa famille par la communication de bribes de vécu et de documents.
* Oui, on lit bien 2005. Et pas de traduction à
l'horizon. On se demande même pourquoi France 2 en parle... À paraître en anglais en juillet 2007 sous le titre
The Himmler Brothers, sans doute chez Macmillan.
** Où l'on reparle de Gunter Grass puisque c'est durant une de ses lectures publiques, en 1969, que le père de Ute prit le micro, salua ses camarades et se suicida au cyanure. N'est-ce pas... romanesque, ça !
Pendant qu'on est dans la documentation et avant d'aller au centre de sport, je relève une des rares fois que le blog d'Assouline sert à quelque chose : la reconstitution d'un discours dit de Salamanque de Miguel de Unamuno
(12 octobre 1936) devant les
phalangistes enragés. Il dit notamment :
« Se taire équivaut parfois à mentir, car le silence peut s’interpréter comme un acquiescement. Je ne saurais survivre à un divorce entre ma parole et ma conscience qui ont toujours fait un excellent ménage.»
D'ailleurs, il est mort peu après.
Et encore ceci, de Mauricette Beaussart, pour ceux qui avaient apprécié le lien, il y a quelques mois, sur Christine de Siouxsie...
« En 1977, j’ai vécu pendant six mois à Londres. J’avais une chambre dans le quartier de Hackney et je travaillais comme habilleuse et maquilleuse pour la chanteuse Siouxsie Sioux. C’était moi qui lui faisais son make-up maison juste avant qu’elle entre dans la scène. Évidemment je pourrais ici dire beaucoup de choses peu connues sur cette activité et les confidences que je recevais mais je ne suis pas du genre à étaler ma vie comme de la confiture de rhubarbe sur la tartine d’un blog. Bref, j’ajouterai seulement que c’était aussi moi qui fabriquais des échelles assez grandes pour les bas et les collants de Siouxsie et de ses copines comme Ari Up et Palmolive. Je faisais ça avec une grande habileté parce que j’avais des ongles très abîmés.»
Je croyais pouvoir finir le livre de Georges Picard pendant cette séance
de pédalage, mais je n'y arrive pas, il y en aura encore pour une autre fois.
Depuis le début, son écriture me fait penser à celle de Denis Grozdanovitch,
avec tout ce qu'elle a parfois, je
l'avais dit, d'un peu
lourd, contourné et relativiste, mais qui dans l'ensemble m'avait beaucoup plu,
et, tournant une page (la 104), je trouve son nom comme étant un de ceux dont Picard se
sent proche...
« Théoriquement, avant d'entrer dans un livre, un critique devrait ressembler à un sportif n'entrant sur le stade qu'après s'être échauffé, étiré, décontracté et préparé psychologiquement. Au lieu de quoi, les critiques donnent souvent l'impression de s'élancer à contrecœur et de faire payer à l'auteur leur mauvaise préparation.» (Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 105)
Après déjeuner avec David et travail au bureau, départ en shinkansen. Quintes de toux. Parce que l'air est trop sec. Je mets un masque, qui conserve un peu ma propre humidité et ça va mieux. J'ai même du mal à me réveiller à Tokyo... Quand ce type d'irritation de la gorge m'arrive, une image mentale de la zone se crée, surtout si je somnole. Ça ressemble à ces animations où l'on voit apparaître et progresser la désertification dans une région boisée. J'essaie de respirer à minima, de me ratatiner le bocal, pour que l'air qui passe n'élargisse pas la zone. Un jour, je mourrai d'une apnée antitussive...
Allez, vaille que vaille, la Télévision m'attend !... (Alors qu'on vient de voir l'hilarant From Dusk till Dawn (R. Rodriguez, 1996), avec Clooney et Tarantino...)
Commentaires
1. Le vendredi 12 janvier 2007 à 10:57, par Frédéric :
Super, l'article sur Angot.
Mais, c'est étrange, mais comment l'oublier, et je m'en veux d'aborder le sujet sous cet angle, mais allons-y, oui, elle soutient ouvertement Sarkozy, dites-moi.
Donc, on disait que ses livres étaient de la merde. Ça s'avère.
2. Le vendredi 12 janvier 2007 à 22:45, par Berlol :
Bel amalgame !
3. Le samedi 13 janvier 2007 à 00:54, par brigetoun :
cela indique simplement une attitude face à la vie, qui ne rend pas pour autant ses livres mauvais (ni le contraire).
un peu décourageant ce que vous dites de l'écriture de Georges Picard, ce que j'avais lu à propos de son livre et surtout l'entendre chez Tadéi m'avait donné envie de le lire, mais pour moi ce doit être un plaisir : il est vrai que Finckie trouve que ce plaisir doit s'accompagner d'une souffrance (pas toujours vrai), il est surtout vrai qu'actuellement je ne m'accorde pas d'achat de livre
4. Le samedi 13 janvier 2007 à 03:29, par Mauricette Beaussart :
Monsieur Berlol, je vous ai répondu ici : etoilepointetoile.blogspo...
Mauricette Beaussart qui vous salue de loin.
5. Le samedi 13 janvier 2007 à 13:47, par k :
l'imec, c'était..........chiant comme la mort par moment, et ces secondes, quelques minutes fulgurante, lonsdale..........sansq voix, au propre comme au figuré, j'en suis ressortis.
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