Lever à 6 heures pour latter les visions...
Comme j'ai déjà bien étudié ce roman, il ne devrait pas être trop difficile d'en expliquer une dizaine d'extraits en détail. J'ai même l'intention de faire encore quelques découvertes. Ça commence d'ailleurs plaisamment : en cherchant qui est cet Abdoujaparov que Toussaint mentionne dès la première page, histoire de bien déranger les intellos qui n'aiment pas le sport. Djamolidine, de son petit nom. Je découvre qu'il a en effet pris part à plusieurs Tours de France, qu'il a gagné l'étape sur les Champs Élysées en 93 et 95, mais qu'il était surtout connu — et craint — pour ses écarts inconsidérés durant les sprints, dont un qui le mena en 91, à moins de 100 mètres de l'arrivée des Champs, droit dans un bidon publicitaire géant, ainsi que pour les six contrôles anti-dopages positifs qui ont mis fin à sa carrière en 97.
Plus sérieusement, on s'intéressera surtout à la stratégie littéraire qui consiste à créer un personnage facétieux et sympathique (capable de comparer un téléviseur avec antenne en V à... une langouste), dont le portrait se trace progressivement en creux, dans les commentaires qu'il porte sur l'unique objet de son ressentiment — la télévision — en attendant que l'on sache pourquoi il se trouve seul dans un appartement à Berlin. L'incipit et les deux pages qui suivent nous donnent mine de rien tout un tempérament, comme on chausserait des lunettes de telle ou telle couleur avant même de regarder quoi que ce soit, de sorte que quand viennent les sujets sérieux (socio, philo, histo, médio, esthétique, etc.) il nous a déjà mis dans sa poche...
Les étudiants, aux deux tiers déjà connus, semblent voir où je veux en venir et l'on peut donc faire à la fois de l'explication de texte, du point de vue de la langue et de la construction narrative, mais aussi de la pragmatique du discours en incluant le jeu avec les univers de référence des lecteurs, notamment la réprobation implicite de l'addiction télévisuelle.
Malgré ma petite forme...

Rapide poulet-frites au Saint-Martin, après quoi je me recouche, donc. Oui, vous lisez bien, je me recouche. Le rhume, les quintes de toux, les levers à 6 ou 7 heures toute la semaine... Tout ça fait que je me recouche jusqu'à 16 heures. Avec la bénédiction de T.
Après quoi, je suis frais comme un gardon. Je mets en service la machine à expresso livrée ce matin — et je m'en fais un bien serré.
Je retourne à l'Institut pour voir si j'y trouve Bikun. Mais non, il n'y est plus et/ou pas encore... J'emprunte J'ai vu tuer Ben Barka (Serge Le Péron, 2005) et je rentre le regarder.
Assurément pas un grand film mais intéressant éclairage sur l'affaire Ben Barka. Josiane Balasko n'est pas très crédible en Marguerite Duras (surtout après Jeanne Moreau), sauf dans la scène au tribunal, dans la troisième partie : là, sa façon de répondre aux questions du juge est vraiment impressionnante — je la voyais. Jean-Pierre Léaud fait un bon Franju — même si je ne connais pas assez le vrai Franju pour dire s'il lui ressemble, il colle assez bien à l'idée que je me faisais de Franju. Quant à Charles Berling en producteur véreux au passé plus que louche, il est antipathique à souhaits, avec tout de même — ce qui n'a rien à voir — une petite tendance à ressembler physiquement à l'idée que je me fais de mon propre père à cette époque-là (1965). Les lunettes et la dégaine, peut-être.

Quand T. revient d'un congrès de dixseptiémistes, consacré aujourd'hui à la Fronde, nous regardons un dévédé d'un Double Je (celui du 27 octobre 2005), pour y voir Kazuo Kiriu parler de Balzac. J'y retrouve le ton passionné non dépourvu de condescendance de Bernard Pivot devant la « folie » que constitue la numérisation intégrale d'une œuvre. Mais passons. Kiriu, très calme, explique notamment comment il a rencontré Balzac, dans un Japon pauvre et se relevant difficilement de la défaite, et pourquoi La Peau de chagrin est son roman préféré. Je m'en souviendrai...