Les lunettes et la dégaine, peut-être
Par Berlol, samedi 13 janvier 2007 à 23:59 :: General :: #514 :: rss
Lever à 6 heures pour
latter les visions...
Comme j'ai déjà bien étudié ce roman, il ne devrait pas être trop difficile
d'en expliquer une dizaine d'extraits en détail. J'ai même l'intention de faire
encore quelques découvertes. Ça commence d'ailleurs plaisamment : en cherchant
qui est cet Abdoujaparov que Toussaint mentionne dès la première page, histoire
de bien déranger les intellos qui n'aiment pas le sport. Djamolidine, de son
petit nom. Je découvre qu'il a en effet pris part à plusieurs Tours de France,
qu'il a gagné l'étape sur les Champs Élysées en 93 et 95, mais qu'il était
surtout connu — et craint — pour ses écarts inconsidérés durant les sprints,
dont un qui le mena en
91, à moins de
100 mètres de l'arrivée des Champs, droit dans un bidon publicitaire géant,
ainsi que pour les six contrôles anti-dopages positifs qui ont mis fin à sa
carrière en 97.
Plus sérieusement, on s'intéressera surtout à la stratégie littéraire qui
consiste à créer un personnage facétieux et sympathique (capable de comparer un
téléviseur avec antenne en V à... une langouste), dont le portrait se trace
progressivement en creux, dans les commentaires qu'il porte sur l'unique objet
de son ressentiment — la télévision — en attendant que l'on sache pourquoi il
se trouve seul dans un appartement à Berlin. L'incipit et les deux pages qui
suivent nous donnent
mine de
rien tout un tempérament, comme on chausserait des lunettes de telle ou
telle couleur avant même de regarder quoi que ce soit, de sorte que quand
viennent les sujets sérieux (socio, philo, histo, médio, esthétique, etc.) il
nous a déjà mis dans sa poche...
Les étudiants, aux deux tiers déjà connus, semblent voir où je veux en venir et
l'on peut donc faire à la fois de l'explication de texte, du point de vue de la
langue et de la construction narrative, mais aussi de la pragmatique du
discours en incluant le jeu avec les univers de référence des lecteurs,
notamment la réprobation implicite de l'addiction télévisuelle.
Malgré ma petite forme...
Rapide poulet-frites au Saint-Martin, après quoi je me recouche, donc. Oui, vous
lisez bien, je me recouche. Le rhume, les quintes de toux, les levers à 6 ou 7
heures toute la semaine... Tout ça fait que je me recouche jusqu'à 16 heures.
Avec la bénédiction de T.
Après quoi, je suis frais comme un gardon. Je mets en service la machine à expresso livrée ce matin — et je m'en fais un bien serré.
Je retourne à l'Institut pour voir si j'y trouve Bikun. Mais non, il n'y est plus
et/ou pas encore... J'emprunte
J'ai vu
tuer
Ben Barka (Serge Le Péron,
2005) et je rentre le regarder.
Assurément pas un grand film mais intéressant
éclairage sur l'affaire Ben Barka. Josiane Balasko n'est pas très crédible en
Marguerite Duras (surtout après Jeanne Moreau), sauf dans la scène au tribunal,
dans la troisième partie : là, sa façon de répondre aux questions du juge est
vraiment impressionnante — je la voyais. Jean-Pierre Léaud fait un bon Franju — même si je ne
connais pas assez le vrai Franju pour dire s'il lui ressemble, il colle assez
bien à l'idée que je me faisais de Franju. Quant à Charles Berling en
producteur véreux au passé plus que louche, il est antipathique à souhaits,
avec tout de même — ce qui n'a rien à voir — une petite tendance à ressembler
physiquement à l'idée que je me fais de mon propre père à cette époque-là
(1965). Les lunettes et la dégaine, peut-être.
Quand T. revient d'un congrès de dixseptiémistes, consacré aujourd'hui à la Fronde, nous regardons un dévédé d'un Double Je (celui du 27 octobre 2005), pour y voir Kazuo Kiriu parler de Balzac. J'y retrouve le ton passionné non dépourvu de condescendance de Bernard Pivot devant la « folie » que constitue la numérisation intégrale d'une œuvre. Mais passons. Kiriu, très calme, explique notamment comment il a rencontré Balzac, dans un Japon pauvre et se relevant difficilement de la défaite, et pourquoi La Peau de chagrin est son roman préféré. Je m'en souviendrai...
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.