Enfin un jour sans aucune obligation sociale. Un jour à monter soi-même.

« La dureté des temps, des conditions de travail ou l'angoisse du chômage rendent recevable l'excuse de prendre la culture par son versant le plus aisé. Comment ne pas comprendre que l'on puisse manquer d'ambition intellectuelle après une journée d'usine, de bureau ou d'ANPE ? J'ai connu de ces périodes découragées et décourageantes où le journal ou la télévision ont plus d'attrait qu'un livre. Alors, étant au plus bas de moi-même, l'angoisse enlevait toute saveur à ma vie. C'est que j'avais goûté auparavant à des substances intellectuelles prodigieusement roboratives, notamment à ces livres qui obligent le lecteur à poser sur l'existence un regard métamorphosé. Pour les personnes n'ayant jamais connu cette expérience bouleversante, lire un livre n'est rien de plus qu'un moyen de passer le temps ou de se changer les idées. Comment leur suggérer que la littérature possède des pouvoirs bien plus déterminants sans leur donner l'impression qu'on agite de façon grandiloquente des idées théâtrales ? » (Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 112-113)

Travail de bureau en matinée.
Courrier, réponses à des questions d'étudiantes qui ont du mal à écrire leur rapport de fin d'année.
Même pas encore eu le temps de regarder Ce soir ou Jamais de jeudi !...
Sortie.
Marche à deux jusqu'à Jimbocho et Ochanomizu pour profiter du soleil. Déjeuner dans un restaurant italien qui paraît nouveau, La Stagione ; assez petit, pas mauvais, un peu chic, ne saurait donc devenir une cantine à l'instar du Saint-Martin.

En soirée, film Les folles Années du twist (Mahmoud Zemmouri, 1983). Un film dont je crois bien n'avoir jamais entendu parler. Peut-être est-ce à cause de son titre trompeur ? Film algérien, ou franco-algérien, puisqu'à cheval sur les deux périodes (1959-1962), plein de subtilité comique et de détails historiques ayant juste la bonne dimension pour ne pas alourdir l'intrigue, pour ne pas traiter indignement un sujet — la Guerre d'Algérie — encore très largement intouché en 83. Preuve de l'intérêt qu'il suscite spontanément : T. me pose plein de questions sur les Pieds-Noirs, les militaires, la co-présence de la mode yé-yé et des préceptes musulmans... Je réponds comme je peux, pas toujours brillamment.

Librairie Tiers Livre, et pourquoi pas ?
J'y vais, je vois ce qu'il y a, je mets un Bergounioux dans le panier, et quand je veux passer commande, ça bascule tout seul sur mon compte Amazon habituel — avec en effet l'article dans mon panier. Et comme il y avait déjà quelques livres et dévédés dedans depuis quelques semaines, je finalise ma commande. Je peux donc dire que je suis partiellement passé par la librairie Tiers Livre... Une première, quoi !