mardi 16 janvier 2007
Des apories, des paradoxes, des impasses
Par Berlol, mardi 16 janvier 2007 à 23:59 :: General
Nouvelle phase de son rhume, T. a maintenant la voix d'un adolescent en
pleine mue. De mon côté, la toux m'a laissé dormir ; je serai
peut-être moins vindicatif sur le livre...
Par ailleurs, Sylvain
a raison, le fétichisme guette aussi les objets numériques. Faut voir
comment les téléphones portables sont bichonnés, ou comment certains
customisent leurs interfaces dans les sites communautaires...
N'en reste pas moins que des millions de gens n'habitent pas près d'un
libraire intelligent et ouvert. Et que beaucoup de libraires intelligents et
ouverts dépérissent de la concurrence de grandes surfaces qui vendent les
merdes que la télévision recommande — ce qui était d'ailleurs commencé
bien avant et très indépendamment de l'internet.
Dans le train, je somnole en faisant tourner des paquets d'arguments. Certains
sont plus lourds que le Mont Fuji. Tout est tellement imbriqué !
L'insuffisance de nos sens à capter la complexité fait qu'on n'arrête pas
de faire des amalgames. Et quand on veut les éviter, on tombe sur des
apories, des paradoxes, des impasses.
Je me souviens bien que des libraires à la fin des années 90 voulaient
vendre, vendaient en ligne, j'ai essayé mais les frais de port (au moins pour
le Japon) étaient trop élevés — sans compter le temps qu'ils devaient
passer à faire des cartons.
Dans le même temps, le monde se défait et se refait. Comme les atomes ou les molécules, les gens et les activités se recombinent d'une époque à l'autre — effroi de ceux qui croyaient à de l'immuable, car même l'immuable des sacerdoces, des sinécures et des monopoles est un fantasme.
D'ailleurs, je suis frustré qu'on m'empêche de lire. Des livres,
oui ! J'en ai plein partout et pas le temps d'en lire. À peine deux ou
trois par mois. D'autres sont feuilletés, considérés comme lus ou
repoussés à plus tard. Après la retraite, peut-être.
À la radio, j'ai entendu plusieurs fois le mot « chronophage ».
Il convient. Bien des tâches, qu'elles soient administratives ou
informatiques bouffent du temps. Comme dans la chanson Le
lundi au soleil, on regarde des gens vivre par le carreau, mais
soi-même on ne peut pas.
Il faut faire quelque chose. Encore. Après avoir cessé le Graal du lundi,
quasiment arrêté le ping-pong du dimanche, mis un terme à de vaines
activités associatives, sur quoi est-ce que je peux encore rogner pour le
donner à du livre ? Au temps de mes ordinateurs, bien sûr. C'est
lumineux pour tout le monde. Sauf pour moi. Car d'autres choses me sont
nécessaires : la radio,
les catalogues,
les revues en ligne,
des émissions
de télé, les blogs et les commentaires de ceux qui m'importent (ou
m'exportent), sans oublier de minuscules mais pétillantes
distractions...
Enfin, j'ai réussi à faire mes deux cours, envoyer quelques dizaines de messages de vœux en retard, lire un rapport d'étudiant et dîner. Une fine pluie a commencé son œuvre de silence. Minuit passé, plus une voiture, je vais aller ouvrir un livre...