Deuxième cours sur la Télévision de Jean-Philippe Toussaint, pages 10 à 16 (édition Double), soit 5 paragraphes, dont un de 3 lignes.
§.1 : Le narrateur explique ce que c'est que de ne rien faire selon lui — et c'est quand même beaucoup, « contrairement à ce que l'on pourrait imaginer un peu vite » (para-doxal) mais à l'exclusion de ce qu'il est commun d'appeler travail. Digression sur les brasses journalières à la piscine, pour introduire l'esprit zen, « idéalement vide », qui vient se placer juste en dessous de « l'amour physique » dans « l'échelle des plaisirs », la réflexion étant « en dehors » — comprendre au-dessus. Sans vergogne, il exhibe ses sensations post-coïtales, au risque de passer... pour un crétin narcissique.
§.2 : Le paragraphe de trois lignes qui résume le paradoxe de l'occupation à ne rien faire, ce qui empêche de regarder la télévision...
§.3 : Une page de discours rhétorique très concentré, très articulé et très grammaticalisé, comme une page objective d'essai de philosophie ou d'esthétique, sans présence du je, sauf un « dirais-je » dans une parenthèse. Chaque paragraphe semble présenter une nouvelle technique, un peu comme on ferait des gammes au piano. Ici pour construire l'opposition entre l'image de télévision et l'image d'un portrait peint... à la Renaissance (période comme prise au hasard). Il glisse quand même la blagounette du « présentateur mondialement connu dans son pays »...
§.4 : Une seule phrase de 18 lignes. Sujet du verbe : l'illusion (en peinture), avec quatre longs groupes compléments du nom ; verbe : être différente de ; complément du verbe : l'illusion (en télévision), avec un seul groupe complément du nom. La barque est plus chargée d'un côté que de l'autre, l'objectivité perd son assise, le parti pris se dévoile et lâche un dernier mot ravageur : « résultat mécanique d'une technique inhabitée ». D'une paire habité / inhabité qui a fait couler beaucoup d'encre de Hölderlin à Heidegger, et pas mal de victimes collatérales, tant en poésie qu'en philosophie. Le crétin narcissique n'est pas venu sans biscuit...
§.5 : Plus de deux pages, narratives, enfin ! Comme si, passés le prégénérique et le générique, le film commençait ici. Où l'on saura qui il est, pourquoi il est à Berlin, avec qui il vit quand il n'est pas seul, son projet de recherche, combien et pourquoi il s'intéresse à Titien et à Charles Quint, comment il a obtenu une bourse de recherche, de quelle manière sa compagne est partie en vacances avec deux enfants (dont un dans le ventre) et beaucoup de valises — alors que lui ne portait que les billets d'avion... Déjà le crétin narcissique perce de nouveau sous le chercheur, jusqu'à tripoter sa Delon sous son pull et avoir envie de pleurer quand son fils lui dit au revoir. Il va falloir se faire à l'idée qu'il est bi-face, imprévisible, yoyo nous baladant sans cesse du ridicule au sublime.

Vite ! Direct au Saint-Martin (eh oui, encore !) pour y déjeuner, T. et moi, avec Bikun, qui m'attendait connecté dans le hall de l'Institut, Laurent et Bill que j'ai trahis l'an dernier en abandonnant le Graal — et qui ne m'en veulent presque plus. C'est ainsi que les hommes vivent (on actualise mutuellement nos bases de données).

Juste T. et moi au cimetière d'Aoyama pour retirer des fleurs fanées et faire un brin de ménage de la concession. Retour et petite sieste. Courrier, lectures diverses et suivi du contentieux.
Par ailleurs, comme d'ici le 26 janvier j'aurai sans doute oublié, je signale tout de suite cette très impériale page nippo-commémorative dans la Boîte à Images.

Ma journée s'achève devant un des plus beaux plateaux des quatre mois de Ce soir ou Jamais, celui de mercredi 17, avec Bernard Stiegler, Jacques Rigaud, Guy Sorman, Franz-Olivier Giesbert, Frédéric Mitterrand, Pierre Combescot et Jean-François Mariotti. Une seule coulée de discussion sur la politique et les médias, des avis divers mais motivés, divergeants mais sans agressivité, des anecdotes politiques et historiques, de belles considérations sur la trahison. De quoi faire enrager Tesson.