Notre goût — amer des cartouches
Par Berlol, dimanche 21 janvier 2007 à 23:59 :: General :: #522 :: rss
Allez ! Encore une page qui se tourne ! Celle de Bikun sous
notre toit depuis deux semaines. Je l'accompagne jusqu'à la gare d'Iidabashi,
avec valises et sac à dos, chargés de matériel photographique et
informatique... Il restera encore une semaine au Japon avant de rentrer en
France.
En bas de Kagurazaka, nous nous arrêtons (pour qu'il se détende le bras) devant
la boutique fermée de
Fujiya.
Plus de
Peko-chan-yaki, ni de choux à la crème : le
scandale
de l'usage industriel de laits périmés a contraint la firme à tout arrêter,
production et vente. Nous nous interrogeons sur le sort des milliers d'employés
qui ne sont pas responsables... Mais il n'en est question dans aucun article de
presse. L'enquête a montré
d'autres manquements graves aux règles d'hygiène et aux contrôles
bactériologiques. La
démission du PDG et les excuses publiques avec chialerie de regret devant
troupeaux de caméras seront-elles utiles pour conserver les emplois et
réorganiser une production saine ?
Les établis, — une autre planète — chronique radiophonique d'une étonnante page d'histoire (en trois Surpris par la nuit), ou comment de jeunes intellectuels petits-bourgeois se sont convaincus d'aller travailler en usine, et comment ils ont vécu cette expérience, dans les années 60-70, un temps d'idéologies et d'engagements, à tort et à raison.
« Les échanges les plus intéressants auxquels j'assiste ou que j'écoute à
la radio me laissent souvent sur ma faim : il y manque le développement et la
précision que je sais pouvoir trouver dans les livres des participants.»
(Georges Picard, Tout le monde devrait écrire, p. 134)
Pas d'accord pour généraliser, systématiser une opposition conversation contre
texte, émission contre livre — oral contre écrit, finalement. Pas d'accord non
plus pour mettre toutes les émissions dans le même sac : il y a un monde entre
Le
Masque et la Plume, par exemple, et
Jeux d'épreuves, pour rester dans le débat sur l'actualité des livres.
L'une est faite pour spectaculariser l'escrime des chroniqueurs (et les rires
sont là), l'autre pour parler posément des ouvrages.
Si on est misanthrope ou mélancolique au point que seul le commerce des livres
soit supportable, il vaut peut-être mieux (se) l'avouer que de mettre un
paravent dialectique pour accuser ailleurs.
Sortons une partie de l'après-midi pour aller à l'Office Depot d'Ichigaya,
notamment pour acheter des cartouches d'imprimante car T. fait du recto-verso
depuis hier soir. L'imprimante montre d'ailleurs des signes de fatigue, malgré
le magasin arrière spécial. De plus, l'alerte de niveau d'encre a tendance à
venir un peu trop tôt à notre goût — amer des cartouches à 4000 yens... On a
commencé à retirer et remettre la même cartouche, et ça marche... Si on ajoute
à cela le fait que je ne peux plus imprimer depuis deux semaines parce que mon
ordinateur ne trouve pas l'imprimante, ça commence à faire beaucoup pour une
machine neuve !
Par hasard, là, tout à l'heure, vers 23h45, T. me demande de réessayer pour
pouvoir noter le message qui apparaît en bas à droite de mon écran quand ça
refuse d'imprimer, histoire de se plaindre avec de quoi. Je m'exécute et... ça
marche ! Ça imprime ! J'essaie alors avec mes notes de cours, puisque c'est
avec ça que ça plantait la semaine dernière, et ça marche aussi !
À n'y rien comprendre... Je vais me coucher, tiens !
Commentaires
1. Le dimanche 21 janvier 2007 à 10:15, par vinteix :
je ne généraliserais pas non plus, complètement, les propos que tu cites de Picard, mais suis malgré tout globalement d'accord avec lui et, coïncidence, cela rejoint précisément ce que je disais à demi-mots dans le commentaire d'hier à propos de Stiegler chez Taddéi. D'ailleurs, pour prendre ce seul exemple, même si j'aime toujours entendre Stiegler parler (à la radio, télé comme hier ou en conférence), ne serait-ce que pour son ton de voix, sa conviction, ce plaisir ou cet intérêt sont sans commune mesure avec ce que peut m'apporter la lecture de ses livres... et je crois pouvoir dire la même chose de tous les auteurs lus et entendus.
Une conversation, fût-elle passionnante, n'est pas un écrit, qui obéit à d'autres règles, agencement et travail plus en profondeur de la pensée, d'autres rythmes, qui peuvent être d'ailleurs plus lents ou plus rapides, d'autres temporalités... comme le disait à peu près René Char, si l'on pouvait dire ce que l'on écrit, sans doute n'écrirait-on pas.
Néanmoins, toutes les émissions ne sont pas en effet à ranger dans le même sac... mais quant à "la profondeur" du développement des propos, personnellement, il n'y a que le dialogue intime, nocturne, à deux, de "Du jour au lendemain" qui me sied... mais je n'écoute sûrement pas autant d'émissions radiophoniques que toi...
Même les livres d'entretiens (avec des écrivains ou philosophes) sont la plupart du temps réécrits, passent par un travail d'écriture et échappent donc en partie à la simple oralité.
Néanmoins, il y aurait plein d'autres choses à dire... et il y a dans la conversation un échange, vivant et vital, une présence charnelle, une mise en voix, physique, de la pensée, un partage (qu'il soit amoureux ou polémique) que l'écrit n'a pas en partage. Au fond, il n'y a pas tellement matière à opposer. C'est autre chose.
Allez, moi aussi, vais me coucher. Bonne nuit.
2. Le dimanche 21 janvier 2007 à 10:31, par vinteix :
... réveillé... non pas encore... juste pour ajouter que personnellement (je ne sais pas ce qu'il en est pour toi ?), j'ai souvent fait cette expérience que repensant à des conversations, débats ou interventions, dans lesquels j'étais mêlé, après coup, je me disais, pour le dire vite, que j'avais mal exprimé ma pensée... et ce que je voulais dire ou pensais, parfois confusément, s'exprimait toujours mieux, avant ou après, par écrit.
Par contre, le dialogue éclaire parfois d'autres voies, ou d'autres versants, insoupçonnés, et en cela, son ouverture est vitale.
3. Le dimanche 21 janvier 2007 à 15:47, par Berlol :
Oui, globalement d'accord avec toi, bien sûr. Mon refus est celui de systématiser. Donc cette discussion est dans le "souvent" que Picard emploie... Quant à l'esprit de l'escalier, qui de ceux qui aiment l'échange intime ne l'a pas !?
4. Le dimanche 21 janvier 2007 à 17:45, par Manu :
Je me suis fait exactement la même réflexion que toi ce matin. Le président lui, il démissionne, mais je parie qu'il y aura toujours quelqu'un pour l'embaucher. Les employés, eux, c'est sans doute une autre histoire...
Je me demandais aussi ce qu'il était advenu de la boutique de Kagurazaka ; j'ai maintenant la réponse.
Article complémentaire :
www.bulletins-electroniqu...
5. Le dimanche 21 janvier 2007 à 20:54, par Berlol :
Eh oui... On va suivre ça.
Le lien que tu donnes, c'est le premier du billet, sur Fujiya. Pas mal ce BE...
6. Le dimanche 21 janvier 2007 à 21:34, par Manu :
Oups, je pensais avoir vérifié en passant simplement sur les liens... Désolé pour ce doublon.
En plus, le lien "Fujiya" est apparu comme visité après avoir publié mon commentaire... J'aurais dû faire le rapprochement !
7. Le lundi 22 janvier 2007 à 00:26, par Berlol :
T'inquiète ! Y'a pas de mal !...
8. Le lundi 22 janvier 2007 à 02:20, par brigetoun :
bien sur entendre un auteur parler ne remplace pas la lecture de ses livres (cela pour Stiegler quoi que ce soit moins vrai dès qu'il s'agit de philosophie ou d'essai).
et oui l'histoire des établis est vertigineuse. Admiration, et en même temps l'impression d'un gâchis d'une mutilation quand il s'agissait de normaliens, qui en fait renonçaient à la transmission en assimilant la connaisance à un attribut de classe
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