lundi 22 janvier 2007
J'ai le porte-parole des neurones
Par Berlol, lundi 22 janvier 2007 à 23:45 :: General
Déjà minuit et demi. Après lecture et correction de plusieurs
mémoires de quatrième année, j'ai le porte-parole des neurones qui me
communique un préavis de grève.
J'avais ça et
ça à citer, des émissions de radio à signaler (Répliques sur
Derrida, Affinités électives avec Dupin, etc.), je voulais expliquer
comment j'avais inventé une nouvelle sauce pour les pâtes, montrer où j'étais
allé en vélo... Eh bien, ça sera pour demain, enfin cet après-midi. Bref...
Le
lendemain...
« [...] Joint hier par Libération, Laurent Souloumiac, directeur général de France Télévisions Interactive, filiale web du groupe public, plaide coupable. Au moins sur la question du forum de France Europe Express :
"Nous avons deux types de modérations sur nos forums. Certains, qui sont sensibles, sont modérés
a priori. D’autres, qui n’ont jamais posé problème, le sont a
posteriori, c’est-à-dire quand les internautes nous alertent. C’était le cas de celui de France Europe Express". France Télévisions, qui a confié la modération de ses forums à une société extérieure, promet que
"tous les forums vont être désormais modérés a priori." Et pourquoi seulement maintenant ? Le message raciste sur le forum de France Europe Express était là depuis le 4 janvier.
"C’est malheureux à dire, explique Souloumiac, mais modérer a priori, c’est une charge de travail énorme et ça coûte cher."
En revanche, à propos des vidéos de MaTVidéo, Souloumiac défend sa politique de non-modération :
"Selon la loi sur l’économie numérique, un hébergeur n’est pas responsable tant qu’il n’est pas alerté ; en revanche, il est directement responsable s’il ne suit pas les alertes des internautes." Toutefois, il promet que les choses vont changer :
"On va améliorer les filtres pour que des vidéos ne soient pas accessibles directement."
L’affaire a fait grand bruit mardi lors d’un comité d’entreprise de France 2. Pour Maryse Richard, du SNJ de France 2, qui réclame l’arrêt de MaTVidéo,
"Ce site, c’est poubelle, déclare-t-elle à Libération, ce n’est en accord ni avec nos valeurs, ni avec notre éthique, ni avec notre mission de service public."»
(Dans l'article Dérapages sans modération sur le web de France Télévisions.
Propos racistes, happy slapping et sexe émaillent ses sites, par Isabelle Roberts, Mourad
Guichard et Raphaël Garrigos, Écrans, le jeudi 18 janvier 2007.)
Voilà
qui est très intéressant. Un service public qui aimerait ramasser la
branchitude des sites libres (peut-être pour en faire de l'argent ou de la
notoriété) et qui reçoit des assauts de provocations dont le seul but est
de se montrer ou de choquer — voire de niquer le système ! (On avait
déjà vu des blogueurs s'inscrire sur des plates-formes de médias célèbres
en espérant profiter d'une manne de lecteurs, mais là c'est plus grave...)
De l'autre côté, il y a des ronds-d'e-cuir qui ont cru que le web était un
gisement de matières gratuites et renouvelables... Sauf qu'ils ne savaient
pas quelle matière leur remonterait dans les tuyaux !
Oui, les médias et les services ayant des responsabilités institutionnelles
ne peuvent que modérer a priori, quelqu'en soit le coût. Oui, les
individus libres devraient plutôt modérer a posteriori et seulement
pour des cas graves.
« L'endroit est discret, entouré de futaies. En périphérie d'Orléans, à Boigny-sur-Bionne (Loiret) exactement, sur le site industriel de Lexmark. C'est là qu'Amazon a installé son centre de distribution en 2000. Un grand cube blanc d'une surface de 20 000
m². À l'intérieur, cela tient de la caverne d'Ali Baba : c'est surtout l'une des plus grandes médiathèques privées et commerciales de France. Sur des rayonnages métalliques s'étendent, à perte de vue, des livres de toute taille, des CD, des DVD et du petit matériel électronique ou informatique grand public comme des logiciels, des lecteurs MP3, des appareils photo numériques, des jeux vidéo... Pour la quantité de références qui sont rangées dans l'entrepôt, certaines seulement à l'unité, il s'agit d'un nombre à sept chiffres.
Toutes les commandes d'Amazon.fr convergent vers ce lieu, qu'elles viennent de Nouvelle-Calédonie, de Los Angeles ou de Camaret (Finistère). Elles sont immédiatement
"batchées", comme on dit dans le franglais servant de langue vernaculaire aux 180 salariés qui forment l'effectif régulier de l'immense hangar. Dès lors, une course contre le temps s'engage pour assurer
"la satisfaction du client", leitmotiv de l'entreprise fondée en 1994 par Jeff Bezos, que Stéphane Frot (36 ans), jeune responsable du centre de distribution, a parfaitement intégré.
Mardi 16 janvier, c'est sous le refrain de Jean-Jacques Goldman "comme toi, comme toi, (...) elle apprenait les livres..." que les salariés d'Amazon ont entamé leur journée. La moyenne d'âge ne dépasse pas la trentaine. Ils ne sont pas syndiqués.
"Have fun, work hard" : amuse-toi, travaille dur, telle est la devise du patron d'Amazon. Toute la journée, les employés sans uniforme travaillent en musique.
Le lieu est étonnamment calme. Côté réception, les palettes de livres et autres produits culturels sont méthodiquement vidées, puis enregistrées. Tous les distributeurs, que ce soit celui d'Hachette, d'Interforum pour Editis ou la Sodis pour Gallimard, sont situés à moins de 50 km. Chaque article est scanné et vérifié, par codes à barres informatiques. Placés sur des chariots, certains livres vont rejoindre les étagères pour garnir les stocks. D'autres sont traités en priorité afin de compléter les colis du jour. Pour la France métropolitaine, le site marchand garantit en effet que toute commande passée avant 15 heures la veille sera honorée dans les vingt-quatre heures qui suivent, dès lors que l'internaute a eu la garantie que son choix était disponible. Amazon prend à sa charge les frais de livraison et applique la remise de 5 % que la législation permet sur les livres.
Janvier, c'est l'après-coup de chauffe. "On prépare pendant neuf mois les trois derniers mois de l'année", résume Stéphane Frot. Du 1er novembre au 31 décembre, les effectifs grimpent à 450 personnes, grâce au renfort d'intérimaires. De deux équipes travaillant 6 jours sur 7, l'entrepôt passe alors à trois équipes en marche 7 jours sur 7.
"Un Noël réussi conditionne la croissance de l'année suivante", poursuit le directeur du centre. La politique de la maison est de ne divulguer aucun chiffre, mais l'activité de la firme en décembre a vraisemblablement crû de 35 % par rapport à l'an passé. On entend juste la voix de Mylène Farmer qui susurre
Pourvu qu'elle soit douce en fond sonore. Un des prochains temps forts programmés est la sortie en anglais du septième et dernier tome d'Harry Potter, annoncé pour le 7 juillet 2007. Déjà, en précommande sur le site, tout doit être fait pour que les clients soient servis le jour dit. Pas la veille ni le lendemain.
Un des atouts d'Amazon, c'est d'avoir rodé des outils informatiques qui ont été testés et développés en interne pour améliorer la rapidité des temps de réaction. Dans une large mesure, le succès en France correspond au décalque du modèle américain, qui a fait ses preuves. Amazon est aussi très en pointe sur les procédures de vérification et de contrôle. Sur le côté des rayonnages figure le nom des employés qui en assurent plus spécialement la veille : Mounir, Myriam, Alexandre...
Les produits qui tournent vite sont laissés sur palette, dans un endroit très accessible. Là on voit des piles de
Bienveillantes, mais aussi du dernier best-seller de Patricia Cornwell Sans
raison, de L'Aîné, deuxième tome de la trilogie d'Eragon, dont la version filmée est en salles depuis décembre. Mais aussi des piles des BD
Lanfeust ou Thorgal, intercalées entre les coffrets de la série
"24 heures" ou de Mozart.
À la noria des "caristes", dont la fonction est de porter et de ranger les livres sur les étagères, répond la théorie des
"pickeurs" alias preneurs, des "rebineurs", de bin (casier en anglais), chargés de reconstituer à l'aide d'un
"scan" les commandes des clients et des "packeurs" qui emballent les colis. Les gestes sont précis, méthodiques, faits sans hâte ni précipitation.
Ces trois catégories de personnels constituent le gros des effectifs mis au service de l'exécution des commandes, le
cœur du système. Vu la vastitude de l'entrepôt et l'étendue des stocks, les trajets quotidiens faits par les personnels munis d'un chariot peuvent atteindre 5 kilomètres. Au moment de la pause, le haut-parleur diffuse :
"Il jouait du piano debout, c'est peut-être un détail pour vous...", de France Gall. Trois chaînes de convois des colis fonctionnent. La plus récente est sortie de terre juste après l'été.
C'est par le taux de fidélisation de la clientèle qu'Amazon vérifie son niveau d'excellence. Il est a priori bon, mais l'entreprise vise 100 %.
"On n'est pas de la grande distribution", précise Stéphane Frot. Si le modèle économique fonctionne, il sera extensible au-delà des produits culturels. Pour les livres, Amazon se révèle déjà un concurrent redoutable des librairies, associant la compétitivité à la richesse de l'offre.»
(Alain Beuve-Méry, "En remontant le cours d'Amazon jusqu'aux sources du e-commerce",
Le Monde des Livres, article paru le 18/01/2007 dans l'édition du 19 [lien
périssable])
Très bel article, non ? Neutre, descriptif, clair. Un brin impertinent, le Beuve-Méry nouveau, avec ses refrains auxquels je ne peux m'empêcher d'attribuer une valeur narcotique... Enfin, à tout prendre, si j'étais étudiant maintenant, je préférerais être packeur chez Amazon que chez Mac Donald. Peut-être même avec Bac+5, s'il n'y a rien ailleurs...
Allez, c'est déjà assez long comme ça, je sacrifie la sauce des pâtes et la balade en vélo !