Tristesse et étonnement ce matin en remontant des liens entrants. Je découvre les développements du contentieux Cynthia 3000, suite au soutien que j'ai apporté à l'initiative libraire de François Bon. Je pourrais ne pas en parler car cela ne représente pas grand chose dans le web ou dans la vie, mais un des principes du JLR est de tenir journal des événements littéréticulaires — et c'en est bien un. Et puis ce serait vouloir cacher cela, comme si j'en avais honte... Ou comme si j'avais des intérêts ou territoires à défendre, comme un petit-bourgeois étouffe une affaire de mœurs... Non, regardez, lisez ! C'est même assez comique, dans le fond.
Car il s'agit maintenant d'une belle plante de haine et de mauvaise foi, qui continue au gré des commentaires à produire ses fruits de médisance et d'insulte, lâchés d'une très grande hauteur de vérité et de certitude. Car ceux qui savent, savent qu'ils savent, et n'ont que mépris et invective à l'égard de ceux qui ne savent pas comme eux, d'évidence (que Bon serait mauvais, par exemple). Et voulant la vérité de la critique, ils s'acharnent sur l'objet de leur haine, à grand renfort de Domecq, sans jamais expliquer leurs motivations profondes — par exemple : pourquoi ils ont cessé un jour d'apprécier François Bon, puisqu'ils s'accordent à dire qu'au début c'était bien...

Une fois la surprise passée, je m'aperçois que je ne suis pas blessé. Je me relève, même. Aucun trou de balle dans mon paletot idéal. Un peu de tristesse, oui, encore une fois, par rapport à ce que j'ai déjà appelé des « souvenirs ». Mais surtout, donc, étonnement, effarement même, que de si insignifiantes choses (l'un utilise un programme marchand pour faire connaître et vendre les livres qu'il apprécie, l'autre édite à l'ancienne et vend sur son site — oui, vous remarquez, des deux côtés, on vend quelque chose, quand même...) prennent de telles proportions, un peu comme si on n'avait que ça à faire (ce dont je doute).

Il faut savoir que Cynthia 3000 n'a pas toujours eu ce beau prénom (et ce 3000 qui me fait toujours sourire en pensant à Bran Van 3000), qu'il s'agit du récent tandem éditorial (non masqué) formé de Bartlebooth et Cel (et salué ici à sa naissance). Le Préfet maritime n'est autre qu'Éric Dussert, de l'Alamblog, rencontré le 1er décembre dernier au Colloque des Invalides (où les deux précédents ont également été brièvement croisés). Le Commissaire Baillieu est pour moi un nouvel anonyme, encore sans caractère (un commis). Quant à Anton, c'est sans doute la personne qui signait autrefois Arte dans les commentaires, toujours dans l'anonymat, et qui était un intime du JLR jusqu'au jour du retournement de veste. Bartlebooth, Cel et Arte étaient ici chez eux, y semant d'ailleurs de jolies pagailles, que je ne regrette pas (on dit que c'est une de mes faiblesses), avant de se tourner brusquement contre moi, en juin dernier, à l'occasion d'une énième passe d'armes, déjà au sujet de François Bon.
Mais à part les affirmations tranchantes et les sentences à l'emporte-tête, je n'ai jamais lu sur leurs sites respectifs d'analyse de texte, d'explication détaillée de leur jugement. Comment font-ils ? Comment savent-ils ?

Justement, je me posais aussi la question du pourquoi (le comment, je le vois) — mais je ne reviendrai pas cent ans en arrière en séparant le fond de la forme. Pourquoi un tel acharnement ? Et pourquoi sauraient-ils ces vérités secrètes de la littérature, que j'ignorerais malgré les études de lettres ?... Ou à cause des études, qui m'auraient spécieusement fait croire, comme l'affirme Fienkielkraut, à une possible démocratisation du jugement par l'école, par la pédagogie de la critique, alors qu'il n'y aurait bien sûr qu'une et éternelle vérité, celle de l'élite, du bon goût, du jugement sans réfléchir, qui s'hérite et ne s'apprend pas.
Oh oui, comme les études ont dû me tordre l'esprit ! Et me donner des rêves d'accession ! Y compris par le virtuel ! Oh, les belles places qu'il y avait à prendre dans le monde des lettres ! Je tendais les mains vers elles ! (Sans jamais écrire un seul livre qui se prétendrait littéraire, toutefois, non, pas la peine, avec le virtuel...)
Mais il me faut bien me rendre compte aujourd'hui — merci Anton et Cynthia de m'ouvrir les yeux, de me les arracher, même ! Non, non, y'a pas de mal, je n'en avais plus besoin, de toute façon, j'étais mauvais depuis le début, et je me demande même comment vous avez pu vous prendre à mon illusoire attrait... (Et vous vous le demandez aussi, vous le regrettez même... Mais tant pis, toutes les traces sont là, pas effacées, il suffit d'aller dans l'Index Nominum et de vous y chercher... Ah ! on peut dire que vous vous y êtes bien étalés...)
Oui, il me faut bien me rendre compte, comme dans un texte d'Antoine Volodine ou dans un rêve de Tchouang Tseu, que je suis dans un monde onirique, à dix mille kilomètres ou à dix mille ans, qui n'a rien à voir avec le monde réel — et les signes que vous m'adressez obligeamment n'ont aucune chance de m'atteindre, hélas, trois fois hélas !