Hier, réunion et relecture de mémoires... À n'en plus pouvoir écrire quoi que ce soit le soir (n'en déplaise...).
Aujourd'hui, examens, surveillances et... examen oral blanc pour huit étudiantes qui vont passer le DAPF dimanche. Pendant tout ce temps, j'enregistre des épisodes du colloque Butor des 19 et 20 octobre 2006 à la BnF (il ne m'en manque plus qu'un, celui qui passera le 29 — du plaisir acoustique pour bien des shinkansens). Fin (enfin !) de relecture du dernier mémoire, de loin le plus long (mais avec beaucoup de fautes dedans). Il s'agit d'une comparaison de trois adaptations cinématographiques des Misérables. Un très bon travail, avec des dizaines de pages de tableaux comparatifs, séquence par séquence. À un moment, l'étudiante écrit, à propos de Javert : « Pourquoi il n'aide pas Fantine [...] ? Je pense que c'est parce que pour lui, être les laissés-pour-compte de la société est en soi le crime.»

Noir Destin que le mien, aurait pu dire Jean Valjean... Un film de Jean Leclerc, sur le site du Roi Ponpon (écouter aussi la chanson Mon Pays).

« [...] effacez-moi du nombre des nuisibles, comme si j'étais moi-même le patron des patrons ou le commandant en chez des mafias capitalistes, mais surtout elles le punissaient pour le crime contre l'humanité qu'il avait commis en obligeant celle-ci à parcourir une nouvelle fois la voie hideuse de la société marchande et à subir une nouvelle fois le joug des mafieux, des banquiers et des loups fauteurs de guerre, J'ai conscience d'avoir fait reculer l'humanité vers le stade de la barbarie, se lamentait-il, j'ai remis en place le chaos cruel du capitalisme, j'ai abandonné les pauvres entre les mains des riches et de leurs complices, alors que l'humanité était déjà au bord du gouffre et presque éteinte, et alors qu'au moins nous nous étions débarrassés à tout jamais des riches et de leurs complices, et il continuait, En quelques années j'ai gaspillé des siècles de sacrifices libérateurs et de luttes acharnées et de sacrifices tout court.» (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 73)

Et Laurence Parisot qui a Besoin d'air pour péter... les dernières protections sociales.

Jacques Testard : « Ce qui est frappant, c'est que ça arrive au moment où le discours officiel de la science c'est la maîtrise, "on a tout en main", "n'ayez pas peur, ça va s'arranger", et quand il y a un risque de catastrophe, comme avec l'environnement, l'énergie, on nous dit que la science va trouver les moyens de pallier ces problèmes-là, les gens y croient de moins en moins...»
Bernard Stiegler : « Ben moi, je crois que le contexte dans lequel nous vivons est singulier par rapport à tout ce que vous avez évoqué, les grandes peurs, le millénarisme et toutes ces choses-là, parce qu'après deux ou trois siècles de croyance fondamentale dans le pouvoir du progrès, de l'intelligence humaine, de la possibilité de produire un monde meilleur, depuis deux ou trois décennies le signe s'est renversé et la confiance est partie, donc le monde se sent extrêmement fragile, les gens savent que l'angoisse qu'ils portent en eux, ils la trouvent chez les autres, et que c'est très contagieux, c'est aussi contagieux que la peste et c'est aussi empoisonnant que la peste, c'est un danger monumental par rapport à quoi les gens qui manipulent l'opinion sur la grippe aviaire, les politiques qui manipulent l'opinion, le marketing qui manipule l'opinion, tous ces gens qui ont des très grandes responsabilités face à de vraies questions, comme vous l'évoquiez à l'instant, la question de la démographie, la question de ce qu'on appelle la croissance hyperexponentielle, dont on sait très bien que, au niveau d'un certain nombre de fondamentaux, les limites sont très très proches, que, outre ces limites très proches qui sont liées à des... tout le monde à évidemment entendu parler de la fin vraisemblablement inexorable des hydrocarbures et toutes ces choses-là, par exemple... Du pétrole et donc d'un modèle industriel qu'il faut entièrement réinventer. En même temps, nous savons que des possibilités tout à fait nouvelles apparaissent, avec les nanotechnologies, avec la procréatique, etc., mais que ces nouvelles possibilités, elles ne sont pas du tout mises en perspective par une pensée à long terme, par un vrai projet, mais uniquement par une loi du marché à très court terme, et ça tout le monde sent que nous sommes pilotés par le très très court terme alors que nous sommes confrontés à des questions à très long terme, il y a là une espèce de contradiction terrible qui pourrait être une espèce d'explosion, ou d'implosion planétaire, pas forcément liée à la bombe atomique en tant que telle mais à une espèce de contradiction et de destruction de la planète par elle-même, et je crois qu'aujourd'hui le climat, y compris en France qui est quand même assez morose, pour ne pas dire pire, disons en Europe, en général, est très très lié à cette impression-là. Ces mouvements de panique dont on sent tous les jours que, en plus, ils sont exploités. Parce que par exemple le 11 septembre a spéculé sur le mimétisme, sur l'utilisation de l'image, on a tous entendu parler, on a tous analysé le caractère hollywoodien de cette mise en scène diabolique du 11 septembre 2001, qui a été, je l'ai écrit dans ce livre dont vous parliez tout à l'heure, le début du XXIe siècle, le XXIe siècle a démarré avec le 11 septembre 2001, a inscrit ce siècle sous l'angle de la panique. Il faut espérer que l'humanité va se ressaisir, être capable de re-produire une vision à long terme, être capable de devenir un peu plus raisonnable, et ce que je crois c'est que ça nécessite un changement de modèle industriel assez profond.
Jean d'Ormesson : « [...] La science je lui dois beaucoup et nous devons tous beaucoup à la science. Et en même temps la science est un facteur anxiogène...»
Bernard Stiegler : « Et elle est pilotée désormais par le marché. Et par un marché qui investit de plus en plus à court terme. Parce que le marché est maintenant soumis à ce qu'on appelle la financiarisation, avec des fonds d'investissement très spéculatifs qui n'investissent plus sur une entreprise mais uniquement sur un coup financier qu'ils peuvent faire en un ou deux ans à travers ce qu'on appelle les LBO, y compris sur l'industrie pharmaceutique, sur des industries extrêmement sensibles, et on sent bien qu'il y a là un très grand danger, c'est que le développement de la science qui n'est plus simplement une science mais une techno-science, c'est-à-dire un combinat entre l'industrie, la science et la technique, est aujourd'hui surdéterminé par des investissements qui sont faits par qui ? par des fonds de pension qui disent : "Nous voulons des retours à deux chiffres sur deux ans...".»
Petit extrait du Ce soir ou Jamais du 23 janvier, qui est un très bon cru !

Le roman d'une polémique, Nathalie Crom (une régulière des Jeux d'épreuves) dans Télérama... Mais Christine a déjà mieux chroniqué que moi. Quant à Devenirs du roman, je l'ai mis dans mon panier pour une prochaine commande (même si, à l'heure où j'imprime, je ne sais pas ce qu'il y a dedans)...
Et puis — après m'être farci Robert Redeker dans l'émission du 18 (j'ai aimé moyen...) — j'ajoute sur le marbre ma rigolade pour améliorer l'espèce contre son gré.

Ah tiens... Ça me fait souvenir que j'avais un texte avec des grés... Ça fait plus de six mois qu'il est parti dans le trou noir de la rédaction d'une revue. Je me demande bien quand il va sortir...
Ici tout va trop vite, et là tout est trop lent. Jamais content.