La revanche de la fougère
Par Berlol, samedi 27 janvier 2007 à 23:03 :: General :: #528 :: rss
Cours à l'Institut
franco-japonais, La
Télévision, pages 16-23, puis 23-39.
Après le discours de la méthode, revendiquant un usage immodéré de la procrastination (16-18), jusqu'à s'abandonner au vice télévisuel (18-19), le narrateur relate par l'énumération anaphorique (« c'était..., c'était...», p. 19-21) la mosaïque visuelle du zapping anesthésiant, avant d'en venir à l'analyse médiologique, discursivement charpentée — que les voisins et leurs satanées plantes interrompront durablement (p. 23-39). On remarquera surtout, alors qu'il est littéralement subjugué par la succession des images, qu'il ne réussit à éteindre le téléviseur qu'au moment où reste à l'écran une image figée, immobile, celle du saut à ski, comme si cette absence de mouvement avait permis au cerveau de reprendre l'initiative... Et déjà, comme à la fin de La Mélancolie de Zidane, une réflexion sur le mouvement et l'immobilité. Dans le défilé des images, on note aussi que le narrateur, sis à Berlin, différencie des images de guerre, avec « des colonnes de prisonniers allemands [...], c'était la libération des camps de la mort, c'était des tas d'ossements sur la terre [...] », que l'on imagine tournées sur caméra fixe, et, un peu plus loin, « l'image tremblait, le caméraman devait courir lui aussi, [...] c'était une dame qui tombait, c'était une dame qui était touchée, [...] elle avait été touchée à la cuisse et elle criait [...] », où l'on reconnaît un journalisme et un type de conflit plus récents, avec caméra légère.
Les scènes chez les voisins, avec eux puis sans eux, permettent d'apercevoir l'inadéquation sociale du narrateur, à l'instar de celui de La Salle de bain ou de Monsieur : il veut bien leur faire plaisir mais il se contrefout de leurs plantes (« quelques minuscules merdaillons de marguerites » (p. 25), les étudiants très étonnés qu'un auteur s'autorise un tel mot-valise, fait de merde et de médaillons...). Et toujours son sérieux contrebalancé par quelque scène où il paraît ridicule, comme lorsqu'il croise quelqu'un dans l'escalier, et qu'il est en pyjama, avec un arrosoir à la main (p. 30-32)...
« Les quelques plantes vertes qui se trouvaient dans la pièce semblaient avoir été laissées à l'abandon depuis le début de l'été, comme livrées à elles-mêmes, les feuilles desséchées, jaunies, poussiéreuses, craquelées par endroit. La fougère, avachie dans son pot, faisait peine à voir, elle retombait sur sa tige dans une triste parodie de saule pleureur, les feuilles flapies, l'épiderme fripé. Elle avait dû souffrir de la chaleur encore plus que les autres. [...] » (Jean-Philippe Toussaint, La Télévision, p. 36)
« Vous avez ici le coin que Yaliane Heifetz appelait le boudoir. Il y trônait un poste de télévision qui ne recevait plus rien depuis soixante ans, en raison de l'interruption des émissions. Là où en ce moment frémissent des fougères colossales, Yaliane Heifetz s'asseyait et elle remuait des souvenirs de jeunesse, des anecdotes vécues au temps où elle dirigeait une agence de lutte internationale contre le capitalisme.» (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 128 — où l'on assiste à la revanche de la fougère.)
Après le Saint-Martin à deux, nous passons
à l'agence de voyages pour commencer à
réfléchir à nos vacances, que l'on
voudrait au soleil et sans rien à faire, au moins pendant
une semaine...
Retour et installation d'ordinateur (désinstallation du précédent plus longue que l'installation du nouveau...) Et ce qui est plus long encore : les paramétrages des abonnements et des logiciels...
Après le discours de la méthode, revendiquant un usage immodéré de la procrastination (16-18), jusqu'à s'abandonner au vice télévisuel (18-19), le narrateur relate par l'énumération anaphorique (« c'était..., c'était...», p. 19-21) la mosaïque visuelle du zapping anesthésiant, avant d'en venir à l'analyse médiologique, discursivement charpentée — que les voisins et leurs satanées plantes interrompront durablement (p. 23-39). On remarquera surtout, alors qu'il est littéralement subjugué par la succession des images, qu'il ne réussit à éteindre le téléviseur qu'au moment où reste à l'écran une image figée, immobile, celle du saut à ski, comme si cette absence de mouvement avait permis au cerveau de reprendre l'initiative... Et déjà, comme à la fin de La Mélancolie de Zidane, une réflexion sur le mouvement et l'immobilité. Dans le défilé des images, on note aussi que le narrateur, sis à Berlin, différencie des images de guerre, avec « des colonnes de prisonniers allemands [...], c'était la libération des camps de la mort, c'était des tas d'ossements sur la terre [...] », que l'on imagine tournées sur caméra fixe, et, un peu plus loin, « l'image tremblait, le caméraman devait courir lui aussi, [...] c'était une dame qui tombait, c'était une dame qui était touchée, [...] elle avait été touchée à la cuisse et elle criait [...] », où l'on reconnaît un journalisme et un type de conflit plus récents, avec caméra légère.
Les scènes chez les voisins, avec eux puis sans eux, permettent d'apercevoir l'inadéquation sociale du narrateur, à l'instar de celui de La Salle de bain ou de Monsieur : il veut bien leur faire plaisir mais il se contrefout de leurs plantes (« quelques minuscules merdaillons de marguerites » (p. 25), les étudiants très étonnés qu'un auteur s'autorise un tel mot-valise, fait de merde et de médaillons...). Et toujours son sérieux contrebalancé par quelque scène où il paraît ridicule, comme lorsqu'il croise quelqu'un dans l'escalier, et qu'il est en pyjama, avec un arrosoir à la main (p. 30-32)...
« Les quelques plantes vertes qui se trouvaient dans la pièce semblaient avoir été laissées à l'abandon depuis le début de l'été, comme livrées à elles-mêmes, les feuilles desséchées, jaunies, poussiéreuses, craquelées par endroit. La fougère, avachie dans son pot, faisait peine à voir, elle retombait sur sa tige dans une triste parodie de saule pleureur, les feuilles flapies, l'épiderme fripé. Elle avait dû souffrir de la chaleur encore plus que les autres. [...] » (Jean-Philippe Toussaint, La Télévision, p. 36)
« Vous avez ici le coin que Yaliane Heifetz appelait le boudoir. Il y trônait un poste de télévision qui ne recevait plus rien depuis soixante ans, en raison de l'interruption des émissions. Là où en ce moment frémissent des fougères colossales, Yaliane Heifetz s'asseyait et elle remuait des souvenirs de jeunesse, des anecdotes vécues au temps où elle dirigeait une agence de lutte internationale contre le capitalisme.» (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 128 — où l'on assiste à la revanche de la fougère.)
Après le Saint-Martin à deux, nous passons
à l'agence de voyages pour commencer à
réfléchir à nos vacances, que l'on
voudrait au soleil et sans rien à faire, au moins pendant
une semaine...Retour et installation d'ordinateur (désinstallation du précédent plus longue que l'installation du nouveau...) Et ce qui est plus long encore : les paramétrages des abonnements et des logiciels...
Commentaires
1. Le samedi 27 janvier 2007 à 23:34, par Manuzik :
Au moins maintenant, avec les "web-applications", il y a des choses qui fonctionnent de suite (puisque la configuration est sauvée en ligne), éventuellement juste un mot de passe dont il faut se souvenir.
2. Le dimanche 28 janvier 2007 à 06:30, par christine :
de la fougère comme cliffhanger ... le suspense est insoutenable ... et nous (moi, en tout cas, qui me suis couchée (tard) et levée (tard) avec) attendons les citations qui feront se rencontrer télévision et fougère dans des citations de Toussaint et Volodine
(ce commentaire pourra éventuellement s'autodétruire quand le billet sera complété)
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