mercredi 31 janvier 2007
Comme la bougie l'éclairage, ou le cheval le transport
Par Berlol, mercredi 31 janvier 2007 à 23:58 :: General
« Nul ne peut être condamné à la peine de mort.» (Frontispice, marbre, France, 2006)
Au petit déjeuner, c'est une bonne nouvelle. Et il n'y en a pas des masses. Mais j'éteins le poste, il faut que je file surveiller deux examens. Après quoi, j'aurai une réunion. Et plein de paquets de copies à corriger... Avant d'aller au centre de sport, pour essayer de diluer tout cela dans de la sueur, pendant qu'une douce onde volodinienne m'envahira de sa méphitique et apaisante vision d'avenir (bien bien bien au-delà de 2010...).
Douze heures plus tard...
Pierre Hugo est un imbécile. Oui, on peut continuer une œuvre littéraire, reprendre des personnages, et toutes les combinaisons imaginables — un bon nombre d'entre elles ont déjà été relevées et étudiées par Gérard Genette dans son Palimpsestes (1982).
Depuis le début des temps, livre ou pas livre, la littérature se fait sur
les brisées des aînés — notamment dans l'irrespect et la fougue des
cadets. Mais ce n'est pas un héritier qui peut comprendre cela.
Il est déjà bien assez pénible de respecter la mémoire des vrais gens.
Si en plus il faut respecter celle des personnages de fiction !...
« Une Américaine de 65 ans a sauvé la vie de son mari en frappant et repoussant un puma qui s'était attaqué à lui dans un parc naturel de Californie », pouvait-on lire dans Le Monde du 26 janvier. N'était que cela, je n'aurais pas relevé. Mais je les ai vu ce matin dans les infos télévisées, l'homme tout tuméfié, sur un lit d'hôpital, disant que sa femme jouait au tennis et qu'elle frappait fort, et elle, en pleine forme, petite et en quelque sorte banale, disant qu'elle y est allée (contre le puma, avec une planche de hasard) sans réfléchir, simplement parce qu'elle aime son mari, qu'elle n'a que lui, qu'ils sont ensemble depuis cinquante ans, c'est tout.
Cette simplicité de l'amour sans héroïsme, qui se présente surtout quand on ne l'attend pas, m'émeut toujours violemment. Moi non plus, je ne souhaite rien d'autre. Il peut venir, le puma.
Via le Bulletin
des Lettres (dont les pages cafouillent plusieurs heures par jour),
j'accède au programme du colloque public Livre 2010, donc sur L'avenir
du livre (le 22 février, à Sciences-Po — colloque public mais il
faut s'inscrire...). Je serais eux, j'aurais prévu 2020, parce que là, ils
vont à peine l'avoir fini, publié, digéré qu'on va y être.
C'est-à-dire que ce n'est pas tellement l'avenir, 2010. Moi, j'ai déjà
des trucs prévus pour 2011. De plus, c'est de l'avenir du livre
qu'il est question. Ce qui n'est pas la même chose, on l'a bien compris,
que l'avenir de la littérature (sauf pour ceux qui les voient soudés,
comme la bougie l'éclairage, ou le cheval le transport). D'abord parce
qu'il n'y a pas que la littérature à être imprimée dans des livres. Ça,
c'est vrai : il y a aussi la cuisine, les livres médicaux,
économiques, les dictionnaires, et des tas d'autres choses, même si dans
des secteurs cruciaux ou de pointe le numérique a déjà largué le papier,
je pense aux bases de données médicales et aux revues médicales sur
abonnement réticulaire, et des choses techniques et économiques dans ce
genre...
Mais vu les noms des intervenants, il sera quand même plutôt question de
littérature et de sciences humaines. Donc on entretient peut-être une
confusion. Je ne sais pas, je m'interroge... On défend un secteur, une
industrie, et on va dire qu'on défend une culture et des valeurs, aussi,
j'ai l'impression. Et puis le livre, ce n'est que français, c'est bien
connu. Donc il n'y a que des Français. Oh, pardon, il y a un
Allemand ! Et puis Assia Djebar qui pourra parler pour la Francophonie,
peut-être, ou pour l'Académie — avec Fumaroli, ils vont faire une
sacrée paire de visionnaires. Donc c'est quand même un colloque un petit
peu international.
Je me demande tout de même si le colloque n'aurait pas dû être intitulé Défense
du livre, ou Pour sauver (coûte que coûte) le livre.
Bah, on verra ! Enfin, on entendra, plutôt, puisque France Culture
diffusera ça un de ces quatre, à moins qu'un blogueur ne dispose d'un
enregistreur mp3 pour nous le mettre en ligne encore plus vite...