Comme la bougie l'éclairage, ou le cheval le transport
Par Berlol, mercredi 31 janvier 2007 à 23:58 :: General :: #532 :: rss
« Nul ne peut être condamné à la peine de mort.» (Frontispice, marbre, France, 2006)
Au petit déjeuner, c'est une bonne nouvelle. Et il n'y en a pas des masses. Mais j'éteins le poste, il faut que je file surveiller deux examens. Après quoi, j'aurai une réunion. Et plein de paquets de copies à corriger... Avant d'aller au centre de sport, pour essayer de diluer tout cela dans de la sueur, pendant qu'une douce onde volodinienne m'envahira de sa méphitique et apaisante vision d'avenir (bien bien bien au-delà de 2010...).
Douze heures plus tard...
Pierre Hugo est un imbécile. Oui, on peut continuer une œuvre littéraire, reprendre des personnages, et toutes les combinaisons imaginables — un bon nombre d'entre elles ont déjà été relevées et étudiées par Gérard Genette dans son Palimpsestes (1982).
Depuis le début des temps, livre ou pas livre, la littérature se fait sur
les brisées des aînés — notamment dans l'irrespect et la fougue des
cadets. Mais ce n'est pas un héritier qui peut comprendre cela.
Il est déjà bien assez pénible de respecter la mémoire des vrais gens.
Si en plus il faut respecter celle des personnages de fiction !...
« Une Américaine de 65 ans a sauvé la vie de son mari en frappant et repoussant un puma qui s'était attaqué à lui dans un parc naturel de Californie », pouvait-on lire dans Le Monde du 26 janvier. N'était que cela, je n'aurais pas relevé. Mais je les ai vu ce matin dans les infos télévisées, l'homme tout tuméfié, sur un lit d'hôpital, disant que sa femme jouait au tennis et qu'elle frappait fort, et elle, en pleine forme, petite et en quelque sorte banale, disant qu'elle y est allée (contre le puma, avec une planche de hasard) sans réfléchir, simplement parce qu'elle aime son mari, qu'elle n'a que lui, qu'ils sont ensemble depuis cinquante ans, c'est tout.
Cette simplicité de l'amour sans héroïsme, qui se présente surtout quand on ne l'attend pas, m'émeut toujours violemment. Moi non plus, je ne souhaite rien d'autre. Il peut venir, le puma.
Via le Bulletin
des Lettres (dont les pages cafouillent plusieurs heures par jour),
j'accède au programme du colloque public Livre 2010, donc sur L'avenir
du livre (le 22 février, à Sciences-Po — colloque public mais il
faut s'inscrire...). Je serais eux, j'aurais prévu 2020, parce que là, ils
vont à peine l'avoir fini, publié, digéré qu'on va y être.
C'est-à-dire que ce n'est pas tellement l'avenir, 2010. Moi, j'ai déjà
des trucs prévus pour 2011. De plus, c'est de l'avenir du livre
qu'il est question. Ce qui n'est pas la même chose, on l'a bien compris,
que l'avenir de la littérature (sauf pour ceux qui les voient soudés,
comme la bougie l'éclairage, ou le cheval le transport). D'abord parce
qu'il n'y a pas que la littérature à être imprimée dans des livres. Ça,
c'est vrai : il y a aussi la cuisine, les livres médicaux,
économiques, les dictionnaires, et des tas d'autres choses, même si dans
des secteurs cruciaux ou de pointe le numérique a déjà largué le papier,
je pense aux bases de données médicales et aux revues médicales sur
abonnement réticulaire, et des choses techniques et économiques dans ce
genre...
Mais vu les noms des intervenants, il sera quand même plutôt question de
littérature et de sciences humaines. Donc on entretient peut-être une
confusion. Je ne sais pas, je m'interroge... On défend un secteur, une
industrie, et on va dire qu'on défend une culture et des valeurs, aussi,
j'ai l'impression. Et puis le livre, ce n'est que français, c'est bien
connu. Donc il n'y a que des Français. Oh, pardon, il y a un
Allemand ! Et puis Assia Djebar qui pourra parler pour la Francophonie,
peut-être, ou pour l'Académie — avec Fumaroli, ils vont faire une
sacrée paire de visionnaires. Donc c'est quand même un colloque un petit
peu international.
Je me demande tout de même si le colloque n'aurait pas dû être intitulé Défense
du livre, ou Pour sauver (coûte que coûte) le livre.
Bah, on verra ! Enfin, on entendra, plutôt, puisque France Culture
diffusera ça un de ces quatre, à moins qu'un blogueur ne dispose d'un
enregistreur mp3 pour nous le mettre en ligne encore plus vite...
Commentaires
1. Le mercredi 31 janvier 2007 à 08:11, par à montour :
MP3 dispo, c'est même toi qui m'a expliqué comment m'en servir. Inscription faite. L'avenir du livre parce qu'organisé par CNL, qui depuis 10 ans maintenant répète qu'il "ne peut pas aider la littérature en ligne puisqu'il ne s'agit pas de livre" (sic), le CNL étant comme chacun sait, le centre national du livre.
2. Le mercredi 31 janvier 2007 à 08:31, par Berlol :
Tiens ! c'est qui ?... (C'est que j'ai tellement fait la promo des enregistreurs !...) J'ai une petite idée, quand même... Tu m'aurais écrit trois petits mails il y a trois jours au sujet d'un projet ?... En tout cas, merci d'avance !
3. Le mercredi 31 janvier 2007 à 09:51, par Menear :
Le "problème" de la littérature en ligne (ou plutôt, histoire d'être plus juste, le problème de la littérature en ligne que je connaisse, puisqu'il y a un évident soucis de visibilité sur la toile) c'est qu'elle semble plus "singer" le format livre au lieu d'essayer de s'approprier Internet en tant que nouveau matériau, nouveau support (combien de sites qui présentent leurs proses, bonne ou mauvaise d'ailleurs, là n'est pas la question, en reproduisant des pages virtuelles alors même que le format du site web ne nécessite pas de pages).
).
J'attends le jour ou quelqu'un exploitera vraiment la richesse et la liberté du net dans le cadre d'une création littéraire, c'est comme ça que la littérature en ligne gagnera en créativité et en notoriété. (Une nouvelle fois, je n'exclue pas une possible ignorance de la question de ma part, si ce dont je parle existe déjà, je serai ravis qu'on m'en communique quelques adresses
4. Le mercredi 31 janvier 2007 à 10:33, par vinteix :
encore une fois la comparaison avec la bougie me semble totalement biaisée... on ne parle pas de la même chose... et je suis désolé, je pense comme Borges que le livre n'est PAS DU TOUT un objet comme les autres (quand je retrouverai la référence, je te renvoie à l'une de ses conférences où il parle de l'objet "livre").
D'autre part, en extrapolant, par rapport à l'archaïsme de la bougie, je te renvoie à ce que tu disais par rapport à certains accouchements traditionnels qui se pratiquent au Japon et qui ont, de fait, des vertus largement reconnues !
Je ne pense pas qu'il faille tout sacrifier au tout technologique...
5. Le mercredi 31 janvier 2007 à 14:11, par christine :
pas visible non plus la littérature en ligne : décidément, Menear, il vous faut vraiment des lunettes … (je plaisante et poursuit une conversation engagée ailleurs!)
allez par exemple faire un tour chez Philippe De Jonckheere
www.desordre.net/
dans Le Terrier
www.le-terrier.net/
ou encore cliquez ici ou là dans la base de récits interactifs de Serge Bouchardon
www.utc.fr/~bouchard/reci...
ceci dit je suis totalement d'accord avec vous concernant le manque d'audace de la plupart des sites : je déteste les pdf utilisés massivement pour réintroduire subrepticement des pages de livres dans les écrans plutôt que d'utiliser les potentialités de ceux-ci (fétiche là encore, berlol!)
6. Le mercredi 31 janvier 2007 à 14:30, par Menear :
Ah voilà ce que je cherchais, merci Christine pour ces liens, je n'en connaissais pas la plupart
(soucis de visibilité, je persiste et signe, trouver ce qu'on cherche sur Internet, quand les sites en question n'ont pas un Page Rank démentiel, ce n'est pas évident, malheureusement :S )
7. Le mercredi 31 janvier 2007 à 15:55, par Berlol :
Cris et défenses sur les comparaisons sont de bons indicateurs des résistances à l'œuvre. Cher Vinteix, avec tout le respect que j'ai pour Borgès, je ne le considère ni comme philosophe, ni comme sociologue, ni médiologue. Par ailleurs, je suis d'accord avec tout ce qu'on dit de beau et de merveilleux sur le livre. Mais je parle de changement de paradigme, de succession de générations, de cerveaux autres que le mien — et la plupart des étudiants auxquels je m'adresse depuis quinze ans ignorent royalement (hélas !) le nom de Borgès ! Peux-tu le concevoir, cela ? Je sais que c'est un exercice difficile. La bougie, le cheval, le monocle, le disque vynil, ce sont des éléments d'une analogie globale de l'évolution. Encore une fois, il ne s'agit ni de prescrire ni d'interdire, mais de constater : le livre restera en faveur chez les plus de trente ans et le sera de moins en moins chez les plus jeunes, sans empêcher les niches livresques, les modes rétro, etc.
Bienvenue Menear, vous trouverez beaucoup d'autres adresses dans le Labyrinthe de Christine... Je ne pense pas qu'en matière de littérature, on puisse faire confiance à un "Page Rank", comme vous dites...Je vais reparler des fétiches...
8. Le mercredi 31 janvier 2007 à 16:57, par christine :
un lien pour Pierre Hugo : www.lmffi.com/
(à verser à ton dossier "les temps changent")
... et merci pour la pub
9. Le jeudi 1 février 2007 à 01:06, par brigetoun :
et puis pourquoi diable faudrait il absolument qu'une oeuvre sur internet tienne compte de son support, un des avantages du net ne devrait il pas être la liberté ?
10. Le jeudi 1 février 2007 à 02:23, par vinteix :
En effet, Christine, je pense comme vous que l’ordinateur, comme le livre, n’est pas un objet comme les autres ; et pour reprendre encore (pardon... j’y tiens, hein !) Borges (que malgré tout certains étudiants connaissent encore, même s’ils sont une minorité... et il y aura ), il n’est pas seulement une extension de notre corps, mais aussi de la pensée, de l’imagination, de la mémoire, etc.
En fait, c’est surtout l’image de la bougie qui m’a fait réagir ainsi... car de fait, la bougie, comme le cheval (sauf encore, pour l’instant du moins, dans certaines régions du monde) sont pour nous choses d’un passé obsolète, bien sûr. Mais que je sache, n’écrirait-on plus de livres, ceux du passé et du présent qui existent encore, fussent-ils numérisés, seraient / seront toujours à disposition, en tant qu’objets-livres... à moins de brûler toutes les bibliothèques, non ?
Autre chose, même si cela est assez marginal, il y a certaines éditions de livres, objets-livres, livres précieux, souvent illustrés, qui n’ont de sens, de saveur et de forme qu’en tant que tels, précisément comme objets-livres (je repense, entre autres, à certaines éditions illustrées des textes de Bataille)... un peu comme les tableaux, en peinture. En même temps, je reconnais immédiatement que l’attachement à cette forme de livres peut conduire pour le coup à un certain fétichisme, celui du bibliophile. Mais néanmoins, cette forme de livres existe et existera encore, je pense.
« Fétiche », justement... j’admets volontiers que le livre en est un si l’on considère le mot au sens étymologique (« artificiel »), mais pas au sens magico-religieux ni psychanalytique, ce qui serait dans le premier cas faire du livre un objet sacré, et dans le second cas un objet pervers (même si les livres peuvent parfois être ceci ou cela).
Mais ce ne me semble pas être du fétichisme que de regarder encore l’objet-livre, sans attachement hystérique en effet, comme une chose spécifique : un livre se touche, a une odeur parfois (surtout s’il est ancien), mais surtout peut être annoté, surligné (directement sur l’objet... certains y répugnent, mais enfin, personnellement, cela m’arrive très souvent, pour les essais en tout cas), prêté, offert, susceptible d’une circulation physique... C’est peut-être un peu « vieux jeu », mais cela me semble une réalité concrète d’un objet bien spécifique (sans faire du fétichisme).
Néanmoins, je me rends compte à présent que dans ce que je disais hier en quelques mots, les mots « livre » et « texte » étaient un peu confondus dans mon esprit (tordu).
En y repensant un peu plus, dans le fond, Berlol, Christine, je suis bien d’accord avec vous : pour la défense et même la survie du texte et de la littérature, il est impérieux de penser sérieusement la question des rapports entre le texte et les technologies modernes et la question du livre-objet et des nouveaux supports littéraires, sans s’accrocher hystériquement au SEUL livre-objet. Pour autant, cette réflexion et ce développement des technologies modernes et leur lien avec la littérature ne me semblent pas exclusifs d’une défense malgré tout du livre-objet. Je suis bien d’accord, cher Berlol, avec ce que tu dis du péril à ne pas penser et effectuer dès à présent le changement en question ; mais autant il me semble en effet de notre devoir (notamment auprès de nos jeunes étudiants), oui bien sûr de défendre la littérature, de l’envisager à travers et en liaison avec les nouvelles technologies, de nouveaux supports, mais tout autant de notre devoir de promouvoir en même temps la littérature à travers l’objet-livre. Ceci ne me semble pas être contradictoire ni exclusif et j’aurais tendance à penser que si l’on ne défend pas non plus le livre-objet, encore une fois sans attachement hystérique, la littérature pourrait être encore plus moribonde.
Aussi, si les jeunes Japonais (comme les Français, d’ailleurs... enfin, je crois) lisent de moins en moins de littérature, beaucoup lisent néanmoins pas mal de « mangas », encore sur support papier. Ceci dit par rapport à l’objet... même si ce n’est plus de littérature qu’il s’agit (je dis ceci au risque de me faire des ennemis parmi les amateurs de « mangas », que je connais, de fait, très mal).
J’ai aussi envie de dire, sans être nullement élitiste, et repensant comme G.Picard à la fin de « L’Ethique » de Spinoza, que de toute façon, la littérature (livre ou pas livre) n’est pas chose simple, immédiate... et que même si le livre est moribond, et peut-être la littérature avec, mon côté optimiste me fait dire malgré tout qu’il y aura toujours des gens, fussent-ils une minorité (mais ce n’est pas complètement nouveau) pour lire des livres (de littérature)... et que par conséquent ceux-ci devraient continuer à exister... à moins que le marché ne soit TOTALEMENT la proie du populisme industriel. Mais il y a toujours eu et il y a toujours des résistances, et la littérature elle-même en est une ; ce qui me fait dire qu’elle devrait malgré tout se sauver, et avec elle le livre.
« Mais tout ce qui est précieux est aussi difficile que rare. »
Je repense encore Borges (il y tient, le bougre !... pardonnez-moi, mais c’est environ 5 heures d’entretien avec lui que je viens de visionner... alors ça marque un peu...) disant sa gratitude et surtout son émotion quand il apprit que son premier livre s’était vendu à 47 exemplaires... Petite vision utopique : n’y aurait-il plus que 47 lecteurs de littérature ou de livres, il y aurait tout de même ces 47 là... et tant pis pour la masse... qui est toujours un peu « crétine », non ? (ouh la ! je vais me faire taper sur les doigts, moi !)... même si, je m’empresse de le dire, la bêtise nous menace tous, moi le premier, et n’est pas toujours bien différenciée de l’intelligence.
11. Le jeudi 1 février 2007 à 02:59, par Well :
Que la lumière soif... Et la lumière but.
André Beucler
Pour voir clair, on a simplement besoin de plus d’obscurité...
12. Le jeudi 1 février 2007 à 03:47, par tef :
Question bête à propos de soudure.
En suivant la remarque de Christine. En exploitant pleinement les possibilités offertes par l'informatique pour présenter de la littérature, est-ce que cela n'a pas d'influence sur la littérature elle-même (aspect graphique, multimédia, organisation du récit, brièveté etc.) ?
Pour illustrer, "Tumulte" de F.Bon sur papier ou à l'écran, est-ce tout à fait la même chose ?
Ou encore, de "P.A" de Renaud Camus à "Vaisseaux brûlés" ?
Je laisse la question ouverte puisque je ne suis pas foutu d'y répondre avec précision même s'il me semble que le lien entre contenu/contenant n'est pas sans effet ; et je ne trouve que le lexique pour appuyer mon propos : le mot "livre" désigne à la fois le contenant et le contenu, n'est-ce qu'une coïncidence ?
Berlol a dit : "dans des secteurs cruciaux ou de pointe le numérique a déjà largué le papier, je pense aux bases de données médicales et aux revues médicales sur abonnement réticulaire, et des choses techniques et économiques dans ce genre..."
Je pense aussi et surtout à la presse écrite, et dans l'avenir (sans trop de doute) toutes les publications périodiques.
13. Le jeudi 1 février 2007 à 05:24, par le consul :
en fait on confond trop le contenu, la littérature, avec le contenant. Qu'est ce qui est important, en fait ? parce que si c'est pour avoir encore avoir des livres, mais plus de contenu, quel est l'intérêt ? Mais Menear a raison, la littérature en ligne singe la littérature papier, et ne propose rien de nouveau. alors on peut se demander à quoi bon, si ce n'est offrir une plus large lisibilité. Mais sans contenu j'insiste, je ne vois pas l'intérêt, et ce que je lis sur le net, par exemple, n'est pas génial et je n'ai pas l'impression de découvrir grand chose de nouveau, en tout cas rien que je ne pourrais lire en version papier.
Le débat sur la littérature & l'édition moribondes n'est pas nouveau, lisez Essais sur la rhétorique, le langage, le style, (recueil d'articles publiés entre 1828 et 1850) de thomas de quincey : "La multiplication même des livres confirme toujours plus l'échec de l'objet. Le nombre des lecteurs a augmenté, les moyens de publication sont plus nombreux; mais tout en augmentant dans une proportion plus grande encore, considérés séparément, les livres ne reçoivent plus qu'un quotient individuel de publicité de plus en plus restreint. Le caractère inégalitaire de la publication, fait qu'un très grand nombre de livres ne rencontrent jamais le moindre lecteur. Les livres ne sont dans leur majorité jamais ouverts ;cinq cents exemplaires peuvent être imprimés [...] cinq peut-être seront parcourus sans attention particulière. Les journaux populaires, qui publient une grande quantité d'articles et d'essais mêlés, et les placent dans un nombre de main tout aussi nombreux, doivent [...] duper le public en faisant croire qu'ici du moins tous les articles seront lus. Il n'en est rien. Un ou deux le seront, parce qu'ils sollicitent un intérêt particulier pour leurs sujets. Un seul est lu occasionnellement pour l'habileté avec laquelle il traite d'un sujet. Non, non ; chaque année porte en terre sa propre littérature. Depuis Waterloo, ce sont quelque cinquante mille livres et pamphlets qui se sont ajoutés aux rayons de notre littérature nationale, sans tenir compte des importations étrangères. De ces cinquante mille volumes, deux cents survivront peut-être ; et vingt peut-être dans les deux siècles qui suivront; cinq ou six mille ont peut-être été lus avec indifférence; le reste n'a pas même été ouvert. "
14. Le jeudi 1 février 2007 à 06:37, par Berlol :
J'allais aller dans ce sens de l'élargissement fallacieux... Hypothèse. Peut-être né de la Révolution, en ce qui concerne la France, tout au moins, un rêve d'accession sociale par la culture et la littérature s'achève avec la possibilité, depuis les années 80, d'une accession sociale par le commerce et le marché, en court-circuitant la culture et la littérature, cette dernière de plus en plus réputée ne servir strictement à rien. Et dans le même temps de plus en plus de gens qui veulent écrire et (pour) se faire éditer (Cf. G. Picard), pour la dimension symbolique, assimilable à un luxe précisément parce que ça ne sert à rien. Et dans le tas, de moins en moins de bons écrivains, et cachés par la masse. Et tous ces arbres abattus...
Pour l'écran, je pense comme Tef qu'il faut réfléchir à ce que cela change, en laissant tous les possibles ouverts, y compris le pdf si ça amuse de simuler des pages. Sur "Tumulte", un travail universitaire est en cours, on ne peut pas encore en parler. En revanche les expériences d'écritures soi-disant littéraires à base de programmation ne m'ont pas encore convaincu, sans doute parce que s'il y a d'honorables expérimentateurs il n'y a pas encore de vrais écrivains...
Mais ici encore, liberté et ouverture !
15. Le jeudi 1 février 2007 à 07:59, par vinteix :
Purée (technologique) ! je viens de poster un nouveau long commentaire... invisible... à la trappe ?
16. Le jeudi 1 février 2007 à 08:00, par vinteix :
(Petite parenthèse sarkozienne : ce matin en visite à Rungis, le nouveau copain de Glucksmann, qui ne se manifeste presque plus que par des propos de plus en plus populistes, défendait "la valeur travail" et "la France qui se lève tôt" ! Mais il est vrai que "nous" sommes en campagne... Longtemps je vais me coucher de plus en plus tôt-tard...)
"Pour voir clair, on a simplement besoin de plus d’obscurité..." (Well)
"En aveugle ténèbre entrent ceux qui croient au non-savoir, en ténèbres plus épaisses ceux qui se complaisent au savoir."
Isa Upanishad
Il est vrai que la crise ou la mort annoncée du livre (référence à la citation de Quincey) n'est pas franchement nouvelle... même si malgré tout l'époque actuelle est globalement assez singulière et charnière. Cela me fait un peu penser à la mort, très souvent annoncée, de l'art... ou de la philosophie. Quant au livre dont Blanchot disait qu'il vivait ces dernières heures, je crois bien qu'il parlait davantage du texte (littéraire) que de l'objet-papier...
Personnellement, mais c'est tout à fait subjectif, je suis plutôt content que la littérature ne serve à rien, j'entends "servir" au sens de l'utilité pragmatique (au sens où Bataille opposait l'utilité et la dépense) et soit relativement dégagée de l'ancien rêve de l'accession sociale. Globalement, la littérature "moderne" que je préfère (encore très subjectif, donc) est toujours plus ou moins subversive, en résistance, insubordonnée à quoi que ce soit, dans les marges, plutôt "foyer d'incendie éternel" (Foucault) que construction et historiquement s'origine plus ou moins à peu près à la période de la Révolution française aussi (en même temps donc qu'un certain rêve d'accession sociale), mais en opposition (Sade notamment... je crois me souvenir que Foucault a écrit là-dessus des pages fort intéressantes).
"Liberté et ouverture" : oui, tout à fait. Sans oublier le passé et certaines traditions. J'en reviens aux "mangas" par exemple... les amateurs de "mangas" me semblent très fortement attachés à l'objet-livre et je n'ai pas l'impression qu'ils soient prêts à sacrifier cet objet pour l'écran d'ordinateur. Il y a d'ailleurs tout un agencement des cases et des bulles, de la page elle-même, qui est je crois très très étudié et assez directement attaché à la page-papier.
Par ailleurs, comme plus haut j'opposais très franchement "littérature" et "mangas", R. me faisait remarquer tout à l'heure qu'il existe des versions mangas de récits historiques ou de certains grands textes littéraires (par exemple "Le Dit du Genji") et ce peut être une première approche de certains textes littéraires... via encore un support livre.
Je veux dire que l'opposition entre les jeunes générations et l'objet-livre ne me semble pas non plus si cruciale... en tout cas moins cruciale que leur désintérêt pour la littérature en général. Il s'agit avant tout de les sensibiliser à la lecture. Car le fait est qu'ils lisent de moins en moins... mais ça, c'est une technologie moderne (la télé) qui dans une large mesure en est responsable, non ?
De même, mais j'extrapole un peu, qu'ils écrivent de moins en moins... et dans le cas des Japonais, c'est évidemment un changement encore plus important, puisque les jeunes générations connaissent de plus en plus mal les idéogrammes de leur langue et, s'ils savent encore (pour la majorité) les lire, ne savent souvent plus les écrire (je simplifie, naturellement, mais Berlol et tous ceux qui connaissent un peu le Japon ne me contrediront pas). Les mails ayant remplacé les lettres, les claviers (de téléphones ou d'ordinateurs) ayant remplacé l'écriture à la main, ils oublient de plus en plus la manière d'écrire les kanjis. C'est un fait très important à prendre en considération, notamment dans l'enseignement... et R. (prof de japonais pour les étrangers) me disait justement que depuis des années, elle réfléchit beaucoup à la question des supports et utilise de plus en plus l'ordinateur comme moyen d'apprentissage des kanjis et privilégie davantage leur reconnaissance et leur lecture, le but d'apprentissage étant avant tout la communication orale et la lecture, plus que l'écriture, de manière pragmatique, par rapport à la capacité manuelle à les écrire. Néanmoins, cela la plonge dans de grands questionnements et perplexités quand il s'agit de mettre au point (sur papier) les examens écrits... (Néanmoins, il semble qu'en matière d'enseignement et de didactique, elle ait développé plus que moi et depuis un certain temps certaines "idées berloliennes"... je plaisante.)
17. Le jeudi 1 février 2007 à 08:10, par Berlol :
Eh oui, il y avait le mot "well" dedans ! Pour éviter le spam dans les commentaires, j'ai été obligé d'ajouter de plus en plus de mots d'anglais dans la liste du filtre... En revanche, j'avais enlevé "sex" et n'ai pas été obligé de le remettre (les auteurs de spam évitent de l'employer...)
18. Le jeudi 1 février 2007 à 13:37, par Bikun :
Patrick,
si tu installes le système de captcha, tu n'auras plus aucun spam..
voir: www.atelierphp5.com/un-ca...
Pas très facile à installer mais faisable.
Cela demandera juste un peu plus d'interactivité de la part de l'internaute...
19. Le jeudi 1 février 2007 à 13:43, par christine :
vous avez raison, vinteix, vive la France qui se lève tard !
(Marcel Proust est avec nous, tant pis pour Glucksmann et Loïc Le Meur!)
(et, au fait, j'avoue, moi aussi je suis une perverse fétichiste : j'aime les livres!)
20. Le jeudi 1 février 2007 à 14:19, par Berlol :
Que de comingouttes !
21. Le jeudi 1 février 2007 à 14:46, par christine :
joli mot "captcha" je ne savais pas comment s'appelait ce système un peu pénible parfois (mais bon s'il le faut !)
les mots aussi, c'est important, d'ailleurs, pas que les livres et la littérature (et on peut en être fétichiste)
est-ce que quelqu'un connait quelque chose pour empêcher les trackbacks d'être pourris de spam ? (à part les fermer, ce que j'ai fait)
22. Le vendredi 2 février 2007 à 00:03, par Menear :
Pour les trackbacks et les commentaires, personnellement j'utilise "Spamplemousse", un anti-spam pour dotclear qui fonctionne bien (parfois même un peu trop bien puisqu'il me bloque certains de mes commentaires ^^; ) ;).
23. Le vendredi 2 février 2007 à 01:28, par Berlol :
Oui oui moi pareil (donc surtout Brigetoun dans le filtre et de temps en temps Christine...). Et Bikun le sait. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que je hais les captcha. Qu'on ne me demande pas pourquoi. Je n'en sais rien. Mais rien que l'idée, ça me hérisse. C'est comme ça...
24. Le vendredi 2 février 2007 à 02:03, par Bikun :
Le captcha est peut-être un peu contraignant mais il va sans doute se généraliser (sites administratifs, banquaires...etc).
Combien d'entre nous apprécie le fait de devoir enlever ceinture et chaussures, vider ses poches de tout objet métallique, sortir l'ordinateur portable de son sac (et BA maintenant n'autorise qu'un seul sac/valise en cabine. Oui UN SEUL) lors des contrôles de sécurité à l'aéroport? Personne j'imagine et certainement pas moi qui ai pris 16 avions en 2006. Mais nous n'avons pas trop le choix...
Par contre, le captcha c'est un choix personnel, celui de ne plus se casser la tête avec 50 spams par jour (même avec spamplemousse) au prix d'un petit peu plus d'effort de la part de l'utilisateur.
25. Le vendredi 2 février 2007 à 02:11, par Berlol :
Tu sais, à chaque fois qu'il y a un spam qui passe au travers du filtre, j'ajoute un ou deux mots (d'anglais) dans la liste des mots de Spamplemousse. C'est pour ça que Well était dans le filtre il y a trois jours. C'est très drôle et ça m'évite de me considérer comme un aéroport. (Ça serait plus simple s'il y avait une option pour bloquer tout message en anglais — mais ça, c'est pas très politiquement correct...)
26. Le vendredi 2 février 2007 à 02:18, par Bikun :
Bon, c'est sur, après c'est un choix personnel. Et je ne considère pas mon blog comme un aéroport non plus!
C'est vrai que sur un blog, contrairement à la sécurité dans un aéroport, il n'y a pas de risque de mort d'homme...
27. Le vendredi 2 février 2007 à 06:07, par vinteix :
moi j'ai pris 8 avions entre le 21 décembre et le 7 janvier... pas rencontré de captcha !
mais je préfère les catleyas...
28. Le vendredi 2 février 2007 à 07:34, par Berlol :
T'es en forme, on dirait !...
29. Le vendredi 2 février 2007 à 08:02, par vinteix :
ouais, assez ! même si j'ai l'impression que je suis un peu trop collé à mon écran ces jours-ci... au détriment de lectures plus longues : pages à tourner ! ah ! ah !
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