Journée un peu morose dans le monde réel, plombée par les corrections de copies. Sauf le déjeuner avec David, bien sûr, toujours haut en couleur (il se prépare à partir pour Orléans dans une quinzaine de jours avec un collègue et la trentaine d'étudiants sélectionnés, comme il l'a déjà fait il y a deux ans et comme je l'ai fait l'an dernier...).
Heureusement qu'il y a le monde réticulaire ! Avec tous ces commentaires aux billets des trois derniers jours, comme si le sujet du livre et de la lecture revenait aux esprits (en évitant de parler des libraires et des éditeurs — maintenant que je les ai balancés dans les gémonies...). Aussi avec l'enregistrement d'un coup de six épisodes de Lord Jim sur France Culture. Une œuvre littéraire que je n'avais pas lue et que je découvre de cette façon... Est-ce nécessairement moins bien que par la lecture du livre ? Si l'on répond que non, eh bien, cela fait une voie de plus pour la littérature. Retour à l'oral, beau double bind...
Et ce soir, le diptyque formé par deux Ce soir ou Jamais : celui de mardi sur la science, l'écologie, la SF, et celui de mercredi sur les salauds de riches. Je dis diptyque parce que la complémentarité est étonnante.
Je remarque, malgré la qualité évidente de ces deux dernières éditions, que l'émission a tendance à se réduire à un unique grand débat, alors qu'il y avait dans les premiers mois une diversité de formats et de modules : entretien individuel, discussion à deux ou trois, déplacement du Taddeï vers le maquillage, etc. L'occasion de focalisations diverses qui avaient leur raison et qui étaient utiles pour maintenir l'attention, alors que le débat unique, en une seule coulée, peut vite être lassant... Et vient alors la tentation de réduire l'écran et d'aller voir dans la fenêtre de courrier ou de commentaires du blog s'il y a du nouveau...

Entre temps, nouveau saut de chat botté vers la belle T., et fin d'un livre-univers, avec toujours la tristesse de quitter, ici non pas des amis (quoique... Scheidmann, Gompo, Mardirossian...), mais un recoin où la forme de ma pensée s'était lovée... et dont elle se souviendra...
« Les vieilles rampaient en cercle dans les environs, elles étaient démantelées et amnésiques, incapables maintenant de refermer les phalanges ou la bouche sur mes peaux afin d'en ruminer le suc. Sans plus d'émotion ni de nostalgie elles tournaient lentement autour de moi, immortelles, impropres à la prolongation de leur vie mais ne sachant pas comment mourir [...] Malgré sa métamorphose et en dépit de la progression du néant autour de lui, Will Scheidmann avait continué, en effet, à dire chaque jour une histoire, sans doute parce qu'il n'avait rien d'autre à dire ni à faire [...]
Cette nuit-là, ce 16 octobre-là, je lui suggérai de baptiser son prochain tas Des anges mineurs. C'était un titre que j'avais autrefois utilisé pour un romånce, dans d'autres circonstances et dans un autre monde, mais il me semblait que cela s'accordait bien avec cette somme que Scheidmann était en train d'achever, ce dernier tas.» (Antoine Volodine, Des Anges mineurs, p. 201-202)