Le centrifuge qui pète
Par Berlol, vendredi 2 février 2007 à 23:33 :: General :: #534 :: rss
Matinée à finir les corrections de copies. Dont
je suis débarrassé quand, au Saint-Martin,
j'attaque mon jarret d'agneau...
L'après-midi, lecture de rapports.
Avec quelques pauses web et des enregistrements de radio, notamment les deux Surpris par la nuit intitulés « le torchon brûle », rassemblant des témoignages de féministes des années 60-70 et d'après.
Au Café Picouly du 26 janvier, de quoi rassurer mes commentateurs-fauteurs. J'y vois la bande-annonce du film Odette Toulemonde (d'E.-E. Schmitt, qui sortira le 7) avec Catherine Frot, dans laquelle le personnage éponyme déclare : « Je n'écris jamais. Car si j'ai de l'orthographe, je n'ai aucune poésie.» C'est le début de sa lettre à l'écrivain qu'elle adule... Après, je ne sais pas ce qui se passe, évidemment, et vous verrez peut-être le film avant moi...
D'ailleurs, entre auteur et fauteur, il n'y a qu'un courant d'air.
À ajouter au dossier |littérature —livre VS écran—|, ces extraits de Polastron trouvés chez Webobjet. Je ne les copie pas, ils ne m'apprennent rien.
Plus intéressant, à l'évidence, le billet de Jean-Claude Bourdais qui dans un ample mouvement dévoile le sens de son compte à rebours chocolaté. À méditer.
Moi je suis pour le centripète qui fuge, et refuge, et le centrifuge qui pète, et répète, le yin et le yang, quoi...
En page 10 du Monde des Livres, une très belle page sur Jean Cayrol, toujours suite à la sortie du volume de son Œuvre lazaréenne.
Après passage à la médiathèque de l'Institut franco-japonais où j'emprunte le film, qui n'y est pas souvent, dîner en regardant La Marche de l'empereur. Beau, bluffant quant à la technique d'approche des animaux et la résistance au froid de l'équipe du tournage, juste un peu lourd côté commentaires à la première personne — ça en devient presque un film angoissant.
Suis toute la soirée sur Le Fils du Titien... Quand Alfred de Musset, lui-même un peu adepte du jeu et du farniente consent à raconter la vie du fils du Titien, sa bourse magique, sa maîtresse, sa fainéantise à lui aussi et, bien sûr, quand il consent à raconter la rencontre entre son père et Charles-Quint, la fameuse histoire du pinceau pour lequel le pouvoir politique s'abaisse devant le génie artistique... On voit qu'il y a de l'emboîtement aussi chez Toussaint. Qui parlait de minimalisme baroque ?
À compléter...
L'après-midi, lecture de rapports.
Avec quelques pauses web et des enregistrements de radio, notamment les deux Surpris par la nuit intitulés « le torchon brûle », rassemblant des témoignages de féministes des années 60-70 et d'après.
Au Café Picouly du 26 janvier, de quoi rassurer mes commentateurs-fauteurs. J'y vois la bande-annonce du film Odette Toulemonde (d'E.-E. Schmitt, qui sortira le 7) avec Catherine Frot, dans laquelle le personnage éponyme déclare : « Je n'écris jamais. Car si j'ai de l'orthographe, je n'ai aucune poésie.» C'est le début de sa lettre à l'écrivain qu'elle adule... Après, je ne sais pas ce qui se passe, évidemment, et vous verrez peut-être le film avant moi...
D'ailleurs, entre auteur et fauteur, il n'y a qu'un courant d'air.
À ajouter au dossier |littérature —livre VS écran—|, ces extraits de Polastron trouvés chez Webobjet. Je ne les copie pas, ils ne m'apprennent rien.
Plus intéressant, à l'évidence, le billet de Jean-Claude Bourdais qui dans un ample mouvement dévoile le sens de son compte à rebours chocolaté. À méditer.
Moi je suis pour le centripète qui fuge, et refuge, et le centrifuge qui pète, et répète, le yin et le yang, quoi...
En page 10 du Monde des Livres, une très belle page sur Jean Cayrol, toujours suite à la sortie du volume de son Œuvre lazaréenne.
Après passage à la médiathèque de l'Institut franco-japonais où j'emprunte le film, qui n'y est pas souvent, dîner en regardant La Marche de l'empereur. Beau, bluffant quant à la technique d'approche des animaux et la résistance au froid de l'équipe du tournage, juste un peu lourd côté commentaires à la première personne — ça en devient presque un film angoissant.
Suis toute la soirée sur Le Fils du Titien... Quand Alfred de Musset, lui-même un peu adepte du jeu et du farniente consent à raconter la vie du fils du Titien, sa bourse magique, sa maîtresse, sa fainéantise à lui aussi et, bien sûr, quand il consent à raconter la rencontre entre son père et Charles-Quint, la fameuse histoire du pinceau pour lequel le pouvoir politique s'abaisse devant le génie artistique... On voit qu'il y a de l'emboîtement aussi chez Toussaint. Qui parlait de minimalisme baroque ?
À compléter...
Commentaires
1. Le vendredi 2 février 2007 à 08:57, par christine :
"poses web" ? beau lapsus ? dénonciation ironique ? ou coquille (attention au correcteur masqué !) ?
2. Le vendredi 2 février 2007 à 10:40, par vinteix :
J'apprends avec quelques jours de retard la mort de Philippe Lacoue-Labarthe...
J.L. Nancy doit se sentir bien seul...
3. Le vendredi 2 février 2007 à 13:14, par Berlol :
Lapsus injustifiable, en effet (ou trop facile à, justement...), et que je corrige tout de suite. Merci. Pour Lacoue-Labarthe, oui, j'ai su, mais rien à en dire car je ne l'ai pas lu.
4. Le vendredi 2 février 2007 à 14:50, par christine :
... l'émotion après la lecture du billet de JCB, peut-être (que je n'avais pas encore lu lors de mon premier commentaire)
5. Le vendredi 2 février 2007 à 22:16, par vinteix :
En effet, très grande et belle analyse de la blogosphère par JCB (que je salue via ce blog de l'ami Berlol) ; il dit précisément beaucoup de choses que je pensais "en gros"... et qui pour moi sont essentiellement liées à un aveuglement technologique et une illusion de communication (oui, "un nouvel opium", "warholien"), un manque de réflexion et de distance par rapport à l'objet technologique lui-même, ce médium là, souvent utilisé sans pensée, sans analyse réflexive, sans doutes, sans auto-critique... avec une sorte de confiance aveugle ou aveuglée.
Bien sûr, il y a aussi une minorité, des exceptions (dont toi, Berlol) qui osent cette auto-réflexion et sont précisément dans un mouvement-échange en effet centripète-centrifuge.
Il y a aussi certaines victimes que je dirais pathologiques de cette illusion de communication technologique, quand elle n'est pas pensée... On connaît au Japon le phénomène des "otakus"... et aussi celui de ces gens cloîtrés chez eux, appelés "hikikomori", dont l'isolement maladif a certes pour causes des traumatismes divers et indépendants de l'outil technologique lui-même, mais qui s'enfoncent encore plus dans leur isolement et leur retrait dans le virtuel en n'ayant plus que l'Internet comme moyen de communication anonyme.
6. Le samedi 3 février 2007 à 00:50, par vinteix :
En manque de papier... je suis retourné un peu à mes livres et notamment à ce très beau texte de Lacoue-Labarthe, "Phrase" (Christian Bourgois, 2000) où je retrouve ceci, ce mouvement de retournement qui fait écho au geste d'Orphée et à Hölderlin, qu'il n'a cessé d'interroger, avec et contre Heidegger (au passage, quant à ce dernier, plutôt que les chamailleries entre Sollers et Onfray, Lacoue-Labarthe peut-être d'une grande aide pour tenter de comprendre un petit quelque chose) :
"La littérature n'est évidemment pas sa propre fin. Ce dont elle parle, d'où elle arrive, n'est pas. Elle ne peut donc jamais parler de ce dont elle parle. Elle dit toujours autre chose, que nous entendons plus ou moins. En aucune façon ce dont elle parle ne constitue une fin, ou une origine. Rien ne permet par conséquent de la définir. Mais ce n'est pas non plus une "parole vaine", non : il n'y a pas de parole vaine. Peut-être ressemble-t-elle à ces figures égyptiennes qui s'avancent d'un pas toujours égal, la tête retournée en arrière et le regard fixé sur leur invisible provenance. Mais dont on ne sait jamais vers où, ainsi attirées en sens inverse, elles se dirigent. Ni ce dont elles refusent ou sont incapables de soutenir, devant elles, l'approche.
De "quoi", de "qui", nous détournons-nous ?" (Juin 1979, p.23)
et aussi ceci, que je relis en repensant en même temps à la "circonfession" de JCB :
" L'histoire que je voudrais raconter (ou réciter : c'est peut-être malheureusement une sorte de mythe) est donc celle d'un renoncement.
"Renoncer" a voulu dire : annoncer, énoncer. "Phraser", en grec, dit à peu près la même chose. Aujourd'hui toutefois "renoncer" signifie : ne plus vouloir, accepter. Par exemple un destin, ou une fatalité : ce qui est dit.
Admettons par conséquent qu'il faille apprendre à renoncer, lentement; à ne plus vouloir prononcer.
Alors il peut y avoir phrase : toujours la même, jamais elle-même; revenant de loin, nombreuse, saccadée.
Il est inévitable que nul ne soit prophète en sa langue.
(...) Aujourd'hui, dans le saccage général, la désolation est à son comble. Simple constat historique : cette nouveauté n'en est pas une. Ou bien l'est trop. Regardez autour de vous, écoutez surtout.
Il n'empêche que ce qui se passe, et nous passe, demeure l'énigme.
Le commencement tarde toujours. Pourtant il aura suffi d'une main posée sur la nuque (sans la moindre autorité, sans la moindre soumission), d'un laconique "je t'expliquerai", d'une nuit entière (jusqu'à son blanchiment) passée dans l'approximation, le bruit et le silence des voix, le récit limpide de ce que nous ignorions de nous et persistons à ignorer.
Il peut suffire, chaque fois, de moins ; de beaucoup moins. L'approximation est sans terme, mais aussi démunis que nous soyons, nous sommes contraints de le déclarer.
J'appelle aussi bien littérature cette paraphrase infinie." (p.13-14).
7. Le samedi 3 février 2007 à 05:32, par christine :
merci Vinteix pour ces extraits de Philippe Lacoue-Labarthe, que j'avoue ne jamais avoir lu et que vous me donnez très envie de découvrir au plus tôt
(en fait, me dis-je ici comme souvent, vos commentaires sont si réfléchis, si écrits et si documentés que vous tenez quasiment un blog dans la zone de commentaires de Berlol !)
quant à l' "illusion de communication" dont parle JCB à propos des blogs, elle est indiscutable, mais vaut tout autant pour les rencontres de la vraie vie, il me semble...
8. Le samedi 3 février 2007 à 05:58, par vinteix :
De Lacoue-Labarthe, je n'ai lu que ce livre ("Phrase"), entre poésie et philosophie, en effet superbe... plus quelques articles à droite à gauche, notamment sur Hölderlin et Heidegger...
Quant à ce que vous dites de mes commentaires, je vous en remercie, mais le mérite en revient beaucoup au "maître" des lieux, disons plutôt à notre hôte, qui a suffisamment d'intelligence d'esprit et de coeur pour susciter commentaires et dialogues.
Mais loin de moi l'idée ou l'envie "poupée russe" d'implanter mon blog dans le blog de Berlol.
Pour "l'illusion de communication"... vous avez raison, elle existe aussi de fait dans "les rencontres de la vraie vie"... mais l'anonymat (souvent), la distance, l'invisibilité des interlocuteurs via le Net ont tendance, me semble-t-il, à l'aggraver... enfin pas toujours, heureusement, mais souvent...
Il me semble qu'il rentre aussi là-dedans une question de vitesse, qui peut être un leurre : l'illusion que parce que ça va très vite (notamment en matière d'informations, mais pas seulement), l'on peut tout savoir, tout de suite, sans creuser les questions, sans accorder du temps au temps...
(Me rappelle René Char - je cite de mémoire : "On a jeté de la vitesse dans quelque chose qui ne le supportait pas.")
Et puis, "la communication", au-delà d'Internet, vous savez bien que c'est un des mots d'ordre, plutôt creux, de l'époque.
En même temps, c'est aussi une question à creuser, bien sûr...
Je repense en particulier à Blanchot, qui, très tôt ne voyait quasiment plus personne (physiquement), mais n'a cessé, malgré son retrait, d'avoir de fidèles "partenaires invisibles" et de "communiquer" avec eux, par écrit (la correspondance, évidemment pas anonyme). En même temps, son destin personnel est assez singulier, quand même... et sa vie (notamment sentimentale) plutôt triste... même si j'aime (l'oeuvre, cela va sans dire) sa conception exigeante de l'amitié.
9. Le samedi 3 février 2007 à 06:00, par vinteix :
... en plus mes commentaires sont par intermittences... alternance de grandes bouffées et de grands silences...
Mais ces jours-ci, ce sont plutôt des grandes bouffées...
(d'ailleurs, R. me trouve un peu trop collé à l'écran, ces temps-ci)
10. Le samedi 3 février 2007 à 06:36, par christine :
il arrive également que l'anonymat (pas toujours mais parfois) rende les échanges plus authentiques car moins bridés par la nécessité de coller à l'image que les autres ont de vous, les intérêts sociaux, le souci de ne pas blesser, l'envie de plaire, ... et toutes les autres contraintes de la vie sociale
(sur ce je me décolle de l'écran car il fait un temps splendide dehors!)
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